‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 5)Chapitre 98 sur 110 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Les prédictions réduites à trois faits palpables; parabole du Fils de Dieu qui en établit la liaison.

[Sommaire. Trois faits développés précédemment suffisent pour nous éclairer: l.i désolation du peuple juif; Jésus-Christ et l'Évangile; la conversion des Gentils. L'auteur les montre unis dans l'ordre des temps, et surtout dans l'ordre desconseili divins, ce qu'il confirme par la citation d'une parabole évangélique. 11 insiste sur ce point, et continue à développer l'accomplissement des promesses et la suite non interrompue de la religion.]

Et à cause que la discussion des prédictions particulières, quoiqu'en soi pleine de lumière, dépend de heaucoup de faits que tout le monde ne peut pas suivre également, Dieu en a choisi quelques-uns qu'il a rendus sensibles aux plus ignorants. Ces faits illustres1, ces faits éclatants dont tout l'univers est témoin, sont des faits que j'ai tâché jusques ici de vous faire suivre ; c'est-à-dire la désolation du peuple juif et la conversion des Gentils arrivées ensemble, et toutes deux précisément dans le même temps que l'Evangile a été prêché, et que Jésus-Christ a paru.

Ces trois choses, unies dans l'ordre des temps, l'étoient er core beaucoup davantage dans l'ordre des conseils de Dieu.

— i Illustres, au sens latin primitif, clairs, évidents. Ce n-.ol ne s'emploie plus en ce sens, et ne se dit que des personnes.

Vous les avez vues marcher ensemble dans les anciennes prophéties : mais Jésus-Christ, fidèle interprète des prophéties et des volontés de son Père, nous a encore mieux expliqué cette liaison dans son Evangile. Il le fait dans la parabole de la vigne1, si familière aux prophètes. Le père de famille avoit planté cette vigne, c'est-à-dire la religion véritable fondée sur son alliance, et l'avoit donnée à cultiver à des ouvriers, c'està-dire aux Juifs. Pour en recueillir les fruits, il envoie à di verses fois ses serviteurs, qui sont les prophètes. Ces ouvriers infidèles les font mourir. Sa bonté le porte à leur envoyer son propre fils. Ils le traitent encore plus mal que les serviteurs. Â la fin, il leur ôle sa vigne, et la donne à d'autres ouvriers : ii leur ôte la grâce de son alliance pour la donner aux Gentils.

Ces trois choses dévoient donc concourir ensemble, l'envoi du Fils de Dieu, la réprobation des Juifs, et la vocation des Gentils. I1 ne faut plus de commentaire à la parabole que l'événement a interprétée.

Vous avez vu que les Juifs avouent que le royaume de Juda et l'état de leur république a commencé à tomber dans les temps d'Hérode, et lorsque Jésus-Christ est venu au monde. Mais si les altérations qu'ils faisoient à la loi de Dieu leur ont attiré une diminution si visible de leur puissance, leur dernière désolation, qui dure encore, devoit être la punition d'un plus grand crime.

Ce crime est visiblement leur méconnoissance envers leur Messie, qui venoit les instruire et les affranchir. C'est aussi depuis ce temps qu'un joug de fer est sur leur tête ; et ils en seraient accablés, si Dieu ne les réservoit à servir un jour ce Messie qu'ils ont crucifié.

Voilà donc déjà un fait avéré et public ; c'est la ruine totale de l'état du peuple juif dans le temps de Jésus-Christ. La conversion des Gentils, qui devoit arriver dans le même temps, n'est pas moins avérée. En même temps cjue l'ancien culte esi détruit dans Jérusalem avec le temple, l'idolâtrie est attaquée de tous côtés; et les peuples, qui depuis tant de milliers d'années avoient oublié leur Créateur, se réveillent d'un si long assoupissement.

Et afin que tout convienne, les promesses spirituelles sont développées par la prédication de l'Évangile, dans le temps que le peuple juif, qui n'en avoit reçu que de temporelles, réprouvé manifestement pour son incrédulité, et captif par toute la terre,

Maltb., x\i, 33 et sqq. B

n'a plus de grandeur humaine à espérer. Alors le ciel est promis à ceux qui souffrent persécution pour la justice ; ies secrets de la vie future sont prêches, et la vraie béatitude est montrée loin de ce séjour où règne la mort, où abondent le péché et tous les maux.

Si on ne découvre pas ici un dessein toujours soutenu et toujours suivi ; si on n'y voit pas un même ordre des conseils de Dieu, qui prépare dès l'origine du monde ce qu'il achève à la fin des temps, et qui, sous divers états, mais avec une suc* ccsbion toujours constante, perpétue aux yeux de tout l'univers la sainte société où il veut être servi ; on mérite de ne rien voir, et d'être livré à son propre endurcissement, comme au plus juste et au plus rigoureux de tous les supplices.

Et afin que cette suite du peuple de Dieu fut claire aux moins clairvoyants, Dieu la rend sensible et palpable par des faits que persomie ne peut ignorer, s'il ne ferme volontairement les yeux à la vérité. Le Messie est attendu par les Hébreux; il vient, et il appelle les Gentils, comme il avoit été prédit. Le peuple qui le reconnoît comme venu est incorporé au peuple qui l'attendoit, sans qu'il y ait entre deux un seul moment d'interruption : ce peuple est répandu par toute la terre : les Gentils ne cessent de s'y agréger, et cette Eglise que Jésus-Christ a établie sur la pierre, malgré les efforts de l'enfer, n'a jamais été renversée.

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