CHAPITRE XXIX
Moyen facile de remonter à la source de la religion, et d'en trouver la vérité dans son principe.
[Sommaire. Concordance des deux Testaments. Toutes les institutions chrétiennes nous font remonter à Jésus-Christ, et de Jésus-Christ nous remontons, par un enchaînement non interrompu, jusqu'à David et à Moïse.]
Ces choses seront évidentes à qui voudra les considérer avec attention. Mais, comme tous les esprits ne sont pas également capables d'un raisonnement suivi, prenons par la main les plus infirmes, et menons-les doucement jusqu'à l'origine.
Qu'ils considèrent d'un côté les institutions chrétiennes, et de l'autre celles des Juifs : qu'ils en recherchent la source, en
1 C.-à-d. se soustraire à la clarté des preuves par lesquelles Dieu a voulu rendre manifeste la vérité de la religion révélée. — - Les grammaires enseignent communément qu'après l'un et l'autre on doit employer exclusivement le pluriel; il y a cependant des opinions, et surtout des autorités contraires : le singulier semble préférable lorsque, comme dans la phrase citée, on veul faire considérer séparément les deux objets représentés par l'un et l'autre.
commençant par les nôtres, qui leur sont plus familières, et qu'ils regardent attentivement les lois qui règlent nos mœurs : qu'ils regardent nos Ecritures, c'est-à-dire les quatre Evangiles, les Actes des Apôtres, les Epîtres apostoliques, et l'Apocalypse ; nos sacrements, notre sacrifice, notre culte ; et, parmi les sacrements, le Baptême, où ils voient là consécration du chrétien sous l'invocation expresse de la Trinité ; l'Eucharistie, c'est-à-dire un sacrement établi pour conserver la mémoire de la mort de Jésus-Christ, et de la rémission des péchés qui y est attachée : qu'ils joignent à toutes ces choses le gouvernement ecclésiastique, la société de l'Eglise chrétienne en général, les églises particulières, les évêques, les prêtres, les diacres préposés pour les gouverner. Des choses si nouvelles, si singulières, si universelles, ont sans doute une origine. Mais quelle origine peut-on leur donner, sinon Jésus-Christ et ses disciples; puisqu'en remontant par degrés et de siècle en siècle, ou, pour mieux dire, d'année en année, on les trouve ici et non pas nlus haut, et que c'est là que commencent, non-seulement ces institutions, mais encore le nom même de chrétien ? Si nous avons un Baptême, une Eucharistie, avec les circonstances que nous avons vues, c'est Jésus-Christ qui en est l'auteur. C'est lui qui a laissé à ses disciples ces caractères de leur profession, ces mémoriaux de ses œuvres, ces instruments de sa grâce. Nos saints livres se trouvent tous publiés dès le temps des apôtres, ni plus tôt, ni plus tard ; c'est en leur personne que nous trouvons la source de l'épiscopat. Que si, parmi nos évêques il y en a un premier, on voit aussi une primauté parmi les apôtres ; et celui qui est le premier parmi nous est reconnu dès l'origine du christianisme pour le successeur de celui qui étoit déjà le premier sous Jésus-Christ même, c'està-dire de Pierre. J'avance hardiment ces faits, et même le dernier comme constant, parce qu'il ne peut jamais être contesté de bonne foi, non plus que les autres, comme il seroit aisé de le faire voir par ceux mêmes qui, par ignorance ou par esprit de contradiction, ont le plus chicané là-dessus.
Nous voilà donc à l'origine des institutions chrétiennes. Avec la même méthode remontons à l'origine de celles des Juifs. Comme là nous avons trouvé Jésus-Christ, sans qu'on . puisse seulement songer à remonter plus haut; ici, parles mêmes voies et par les mêmes raisons, nous serons obligés de nous arrêter à Moïse, ou de remonter aux origines que Moïse nous a marquées.
Les Juifs avoient comme nous, et ont encore en partie, leurs lois, leurs observances, leurs sacrements, leurs Ecritures, leur gouvernement, leurs pontifes, leur sacerdoce, le service de leur temple. Le sacerdoce étoit établi dans la famille d'Aaron, frère de Moïse. D'Aaron et de ses enfants venoit la distinction des familles sacerdotales; chacun reconnoissoit sa tige, et tout venoit de la source d'Aaron, sans qu'on pût remonter plus haut. La Pâqueniles autres fêtes ne pouvoient venir de moins loin. Dans la Pâque, tout rappeloit à la nuit où le peuple avoit été affranchi de la servitude d'Egypte, et où tout se préparoit à sa sortie. La Pentecôte ramenoit aussi jour pour jour le temps où la loi avoit été donnée, c'est-à-dire la cinquantième journée après la sortie d'Egypte. Un même nombre de jours séparoit encore ces deux solennités. Les tabernacles, ou les tentes de feuillages verts, où de temps immémorial le peuple demeuroit tous les ans sept jours et sept nuits entières, étoient l'image du long campement dans le désert durant quarante ans ; et il n'y avoit parmi les Juifs ni fête, ni sacrement, ni cérémonie qui n'eût été instituée ou confirmée par Moïse, et qui ne portât encore, pour ainsi dire, le nom et le caractère de ce grand législateur.
Ces religieuses observances n'étoient pas toutes de même antiquité. La Circoncision, la défense de manger du sang, le sabbat même, étoient plus anciens que Moïse et que la loi, comme il paroît par l'Exode 1 ; mais le peuple savoit toutes ces dates, et Moïse les avoit marquées. La circoncision menoit à Abraham, à l'origine de la nation, à la promesse de l'alliance*. La défense de manger du sang menoit à Noé et au déluge 3 ; et les révolutions du sabbat, à la création de l'univers, et au septième jour béni de Dieu, où il acheva ce grand ouvrage *. Ainsi tous les grands événements qui pouvoient servir à l'instruction des fidèles, avoient leur mémorial parmi les Juifs ; et ces anciennes observances, mêlées avec celles que Moïse avoit établies, réunissoient dans le peuple de Dieu toute la religion des siècles passés.
Une partie de ces observances ne paroissent plus à présent dans le peuple juif. Le temple n'est plus, et avec lui dévoient cesser les sacrifices, et même le sacerdoce de la loi. On ne connoît plus parmi les Juifs d'enfants d'Aaron, et toutes les familles sont confondues. Mais puisque tout cela étoit encore en son entier lorsque Jésus-Christ est venu, et que constamment il rapportoit tout à Moïse, il n'en faudroit pas davantage
« ftwd., xvi, 23 B. - s Gen., xyii, 11. B. - *Ibid., ix, 4. B. - * Ibid., n, 3. B,
pour demeurer convaincu qu'une chose si établie venoit de bien loin, et de l'origine même de la nation.
Qu'ainsi ne soit, 1 remontons plus haut, et parcourons toutes les dates où l'on nous pourroit arrêter. D'abord on ne peut aller moins loin qu'Esdras. Jésus-Christ a paru dans le second temple, et c'est constamment du temps d'Esdras qu'il a été re bâti. Jésus-Christ n'a cité de livres que ceux que les Juifs avoient mis dans leur Canon ; mais, suivant la tradition constante de la nation, ce Canon a été clos et comme scellé du temps d'Esdras, sans que jamais les Juifs aient rien ajouté depuis; et c'est ce que personne ne révoque en doute. C'est donc ici une double date, une époque, si vous voulez l'appeler ainsi, bien considérable pour leur histoire, et en particulier pour celle de leur Ecriture. Mais il nous a paru plus clair que le jour qu'il n'étoit pas possible de s'arrêter là, puisque là même tout est rapporté à une autre source. Moïse est nommé partout comme celui dont les livres, révérés par tout le peuple, par tous les prophètes, par ceux qui vivoient alors, par ceux qui les avoient précédés, faisoient l'unique fondement de la religion judaïque. Ne regardons pas encore ces prophètes comme des hommes inspirés : qu'ils soient, si l'on veut, des hommes seulement qui avoient paru en divers temps et sous divers rois, et que l'on ait écoutés comme les interprètes de la religion; leur seule succession, jointe à celle de ces rois dont l'histoire est liée avec la leur, nous mène manifestement à la source de Moïse. Malachie, Aggée, Zacharie, Esdras, qui regardent la loi de Moïse comme établie de tout temps, touchent les temps de Daniel, où il paroît clairement qu'elle n'étoit pas moins reconnue. Daniel touche à Jérémie et à Ezéchicl, où Ton ne voit autre chose que Moïse. L'alliance faite sous lui, les commandements qu'il a laissés, les menaces et les punitions pour les avoir transgressés i ; tous parlent de cette loi comme l'ayant goûtée dès leur enfance; et non-seulement ils l'allèguent comme reçue, mais encore ils ne font aucune action, ils ne disent pas un mot qui n'ait avec elle de secrets rapports.
Jérémie nous mène au temps du roi Josias, sous lequel il a commencé à prophétiser. La loi de Moïse éîoit donc alors aussi connue et aussi célèbre que les écrits de ce prophète, que tout le peuple lisoit de ses yeux, et que ses prédications que chacun
1 « Qu'ainsi ne soit. » A supposer môme que celte preuve n l suffise pas.— 8 Jercrr.,. xî, i, etc. ; Bar., n, 2 ; Ezech , xi, 12 ; xvm, xxu, rail, e!? ; Aio- Izch , ;v, h . B.
écoutoit de ses oreilles. En effet, en quoi est-ce que îa piété de ce prince est recommandable dans l'histoire sainte, si ce n'est pour avoir détruit dès son enfance tous les temples et tous les autels que cette loi défendoit ; pour avoir célébré avec un soin particulier les fêtes qu'elle commandoit, par exemple celle de Pâque, avec toutes les observances qu'on trouve encore écrites de mot à mot dans laloi1 ; enfin pour avoir tremblé avec tout son peuple à la vue des transgressions qu'eux et leurs pères aboient commises contre cette loi, et contre Dieu qui en étoit Fauteur 2 ? Mais il n'en faut pas demeurer là. Ezéchias, son aïeul, avoit célébré une Pàque aussi solennelle, et avec les mômes cérémonies, et avec la môme attention à suivre la loi de Moïse. ïsaïe ne cessoit de la prêcher avec les autres prophètes, non-seulement sous le règne d'Ezéchias, mais encore durant un long temps sous les règnes de ses prédécesseurs. Ce fut en vertu de cette loi, qu'Ozias, le bisaïeul d'Ezéchias, étant devenu lépreux, fut non-seulement chassé du temple, mais encore séparé du peuple avec toutes les précautions que cette loi avoit prescrites3. Un exemple si mémorable en la personne d'un roi, et d'un si grand roi, marque la loi trop présente et trop connue de tout le peuple, pour ne venir pas de plus haut. Il n'est pas moins aisé de remonter par Amasias, par Josaphat, par Asa, par Abia, par Roboam, à Salomon père du dernier, qui recommande si hautement la loi de ses pères par ces paroles des Proverbes4 : « Garde, mon fils, les préceptes de ton père; « n'oublie pas la loi de ta mère. Attache les commandements « de cette loi à ton cœur ; fais-en un collier autour de ton cou: ;< quand tu marcheras, qu'ils te suivent ; qu'ils te gardent dans « ton sommeil ; et incontinent après ton réveil entretiens-toi a avec eux ; parce que le commandement est un flambeau, et (C la loi une lumière, et la voie de la vie une correction et une « instruction salutaire. » En quoi il ne fait que répéter ce que son père David avoit chanté5 : « La loi du Seigneur est « sans tache ; elle convertit les âmes : le témoignage du Sei- « gneur est sincère, et rend sages les petits enfants : les jusce tices du Seigneur sont droites, et réjouissent les cœurs : ses « préceptes sont pleins de lumière, ils éclairent les yeux. » Et tout cela, qu'est-ce autre chose que la répétition et l'exécution de ce que disoit la loi elle-même 6 : « Que les préceptes
1 // Parai., xxxv. B. — 2 IV Reg., xxn, xxm ; II Tarai, xxxiv. B. — 3/F Reg., xv, 5; II Parai., xxvi, 19, etc.; Lcvit., xni ; Num.7v, 2.B. — * Prov.. VI, 20, 21, 22, 23. B. — 5 P$al., xviu, 8, 9. B. — 6 Dent., VI, 6, 7, 8, 9. *
« que je te donnerai aujourd'hui soient dans ton cœur : ra* « conte-les à tes enfants, et ne cesse de les méditer, soit que « tu demeures dans ta maison, ou que tu marches dans les « chemins, quand tu te couches le soir, ou le matin quand « tu te lèves. Tu les lieras à ta main comme un signe; ils se- « ront mis et se remueront dans des rouleaux devant tes yeux, ce et tu les écriras à l'entrée sur la porte de ta maison. » Et on voudrait qu'une loi qui devoit être si familière, et si fort entre les mains de tout le monde, pût venir par des voies cachées, ou qu'on pût jamais l'ouhlier, et que ce fût une illusion qu'on eût faite à tout le peuple, crue de lui persuader que c'étoit la loi de ses pères, sans qu'il en eût vu de tout temps des monuments incontestables !
Enfin, puisque nous en sommes à David et à Salomon, leur ouvrage le plus mémorable, celui dont le souvenir ne s'étoit jamais effacé dans la nation, c'étoit le temple. Mais qu'ont fait après tout ces deux grands rois, lorsqu'ils ont préparé et construit cet édifice incomparable? qu'ont-ils fait que d'exécuter la loi de Moïse, qui ordonnoit de choisir un lieu où l'on célébrât le service de toute la nation1, où s'offrissent les sacrifices que Moïse avoit prescrits, où l'on retirât l'arche qu'il avoit construite dans le désert, dans lequel enfin on mit en grand le tabernacle que Moïse avoit fait bâtir pour être le modèle du temple futur? de sorte qu'il n'y a pas un seul moment où Moïse et sa loi n'ait été vivante ; et la tradition de ce célèbre législateur remonte de règne en règne, et presque d'année en année, jusqu'à lui-même.
Avouons que la tradition de Moïse est trop manifeste et trop suivie pour donner le moindre soupçon de fausseté, et que les temps dont est composée cette succession se touchent de trop près pour laisser la moindre jointure et le moindre vide où la supposition pût être placée. Mais pourquoi nommer ici la supposition? il n'y faudrait pas seulement penser, pour peu qu'on eût de bon sens. Tout est rempli, tout est gouverné, tout est, pour ainsi dire, éclairé de la loi et des livres de Moïse. On ne peut les avoir oubliés un seul moment ; et il n'y aurait rien de moins soutenable que de vouloir s'imaginer que l'exemplaire qui en fut trouvé dans le temple par Helcias, souverain pontife *, à la dix-huitième année de Josias, et apporté à ce prince,
l Deut., xh, 5; xit, 23; xv, 20; xvi, 2, etc. B. — * IV Hea , xxu, i0« Il Parai., xxxiv, 14. B.
fût le seul qui restât alors. Car qui auroit détruit les autres? Que seroient devenues les Bibles d'Osée, d'Isaïe, d'Amos, de Michée et des autres, qui éerivoient immédiatement devant ce temps, et de tous ceux qui les avoient suivis dans la pratique delà piété? Où est-ce que Jérémie auroit appris F Ecriture sainte, lui qui commença à prophétiser avant cette découverte, et dès la treizième aimée de Josias ? Les prophètes se sont bien plaints que Ton transgressoit la loi de Moïse, mais non pas qu'on en eût perdu jusqu'aux livres. On ne lit point, ni qu" Achaz, ni que Manassès, ni qu'Amon, ni qu'aucun de ces rois impies qui ont précédé Josias, aient tâché de les supprimer. Il y auroit eu autant de folie et d'impossibilité que d'impiété dans cette entreprise, et la mémoire d'un tel attentat ne se seroit jamais effacée : et, quand ils auroient tenté la suppression de ce divin livre dans le royaume de Juda, leur pouvoir ne s'étendoit pas sur 'les terres du royaume d'Israël, où il s'est trouvé conservé. On voit donc bien que ce livre, que le souverain pontife fit apporter à Josias, ne peut avoir été autre chose qu'un exemplaire phis correct et plus authentique, fait sous les rois précédents et déposé dans le temple, ou plutôt, sans hésiter, l'original de Moïse, que ce sage législateur avoit « ordonné « qu'on mît à côté de l'arche en témoignage contre tout le peu- « pie *. C'est ce qu'insinuent ces paroles de l'histoire sainte : a Le pontife Hclcias trouva dans le temple le livre de la loi de « Dieu par la main de Moïse2. » Et, de quelque sorte qu'on entende ces paroles, il est bien certain que rien n'étoit plus capable de réveiller le peuple endormi, et de ranimer son zèle à la lecture de la loi, peut-être alors trop négligée, qu'un original de cette importance laissé dans le sanctuaire par les soins et par l'ordre de Moïse, en témoignage contre les révoltes et les transgressions du peuple, sans qu'il soit besoin de se figurer la chose du monde la plus impossible, c'est-à-dire la loi de Dieu oubliée ou réduite à un exemplaire. Au contraire, on voit clairement que la découverte de ce livre n'apprend rien de nouveau au peuple, et ne fait que l'exciter à prêter une oreille plus attentive à une voix qui lui étoit déjà connue. C'est ce qui fait dire au roi : « Allez et priez le Seigneur pour moi et pour « les restes d'Israël et de Juda, afin que la colère de Dieu ne « s'élève point contre nous au sujet des paroles écrites dans ce « livre, puisqu'il est arrivé de si grands maux à nous et à nos « pères, Dour ne les avoir point observées 3. »
1 Deut., xxxi, 26. B. — » II Parai., xxxiv, 14. B. — 3 /;,;
Après cela, il ne faut plus se donner la peine d'examiner en particulier tout ce qu'ont imaginé les incrédules, les faux, savants, les faux critiques, sur la supposition des livres de Moïse. Les mêmes impossibilités qu'on y trouvera, en quelque temps que ce soit, par exemple, dans celui d'Esdras, régnent partout. On trouvera toujours également dans le peuple une répugnance invincible à regarder comme ancien ce dont il n'aura jamais entendu parler, et comme venu de Moïse et déjà connu et établi, ce qui viendra de leur être mis tout nouvellement entre les mains.
Il faut encore se souvenir de ce qu'on ne peut jamais assez remarquer, des dix tribus séparées. C'est la date la pi us remarquable dans l'histoire de la nation, puisque c'est lorsqu'il se forma un nouveau royaume, et que celui de David et de Salomon fut divisé en deux. Mais, puisque les livres de Moïse sont demeurés dans les deux partis ennemis comme un héritage commun, ils venoient par conséquent des pères communs avant la séparation ; par conséquent aussi ils venoient de Salomon, de David, de Samuel qui F avoit sacré; d'Héli, sous qui Samuel, encore enfant, avait appris le culte de Dieu et l'observance de la loi ; de cette loi que David célébroit dans ses Psaumes chantés de tout le monde, et Salomon dans ses Sentences que tout le peuple avoit entre les mains. De cette sorte, si haut qu'on remonte, on trouve toujours la loi de Moïse établie, célèbre, universellement reconnue, et on ne peut se reposer qu'en Moïse même ; comme dans les archives chrétiennes, on ne peut se reposer que dans les temps de Jésus-Christ et des apôtres.
Mais là que trouverons-nous ? que trouverons-nous dans ces deux points fixes de Moïse et de Jésus-Christ? sinon, comme nous l'avons déjà vu, des miracles visibles et incontestables, en témoignage de la mission de l'un et de l'autre. D'un côté, les plaies de l'Egypte, le passage de la mer Rouge, la loi donnée sur le mont Sinaï, la terre entr'ouverte, et toutes les autres merveilles dont on disoit à tout le peuple qu'il avoit été luimême le témoin ; et de l'autre, des guérisons sans nombre, des résurrections de morts, et celle de Jésus-Christ même attestée par ceux qui l'avoient vue, et soutenue jusqu'à la mort, c'està-dire tout ce qu'on pouvoit souhaiter pour assurer la vérité d'un fait ; puisque Dieu même, je ne craindrai pas de le dire, ne pouvoit rien faire de plus clair pour établir la certitude du fait, que de le réduire au témoignage des sens, ni une épreuve plus forte pour établir la sincérité des témoins que celle d'une cruelle mort.
Mais après qu'en remontant des deux côtés, je veux dire du côté des juifs et de celui des chrétiens, on a trouvé une origine si certainement miraculeuse et divine, il restoit encore, pour achever l'ouvrage, de faire voir la liaison de deux institutions si manifestement venues de Dieu. Car il faut qu'il y ait un rapport entre ses œuvres, que tout soit d'un même dessein, et que la loi chrétienne, qui se trouve la dernière, se trouve attachée à l'autre. C'est aussi ce qui ne peut être nié. On ne doute pas que les Juifs n'aient attendu et n'attendent encore un Christ ; et les prédictions dont ils sont les porteurs ne permettent pas de douter que ce Christ promis aux Juifs ne soit celui que nous croyons.