Roula; tourner en cercle
cette doctrine et les merveilles de la vie future ne furent pas alors universellement développées, et c'était au jour du Messie que cette grande lumière devait paraître à découvert.
Dieu en avait répandu quelques étincelles dans les anciennes Écritures. Salomon avait dit que, « comme le corps retourne à la terre d'où il est sorti, l'esprit retourne à Dieu qui l'a donné* ». Les patriarches et les prophètes ont vécu dans cette espérance, et Daniel avait prédit qu'il viendrait un temps « où ceux qui dorment dans la poussière s'éveilleraient, les uns pour la vie éternelle et les autres pour une éternelle confusion, afin devoir toujours^ ». Mais, en même temps que ces choses lui sont révélées, il lui est ordonné de sceller « le livre, et de le tenir fermé jusqu'au temps ordonné de Dieu^ », afin de nous faire entendre que la pleine découverte de ces vérités était d'une autre saison* et d'un autre siècle.
Encore donc que les Juifs eussent dans leurs Écritures quelques promesses des félicités éternelles, et que vers les temps du Messie où elles devaient être déclarées ils en parlassent beaucoup davantage, comme il paraît par les livres de la Sagesse et des Machabées, toutefois cette vérité faisait si peu un dogme formel et universel de l'ancien peuple que les Saducéens, sans la reconnaître, non seulement étaient admis dans la Synagogue, mais encore élevés au sacerdoce. C'est un des caractères du peuple nouveau, de poser pour fondement de la religion la foi de la vie future, et ce devait être le fruit de la venue du Messie.
C'est pourquoi, non content de nous avoir dit qu'une vie étei^nellement bienheureuse était réservée aux enfants de Dieu, il nous a dit en quoi elle consistait. La vie bienheureuse est d'être avec lui dans la gloire de Dieu son Père; la vie bienheureuse est de voir la gloire qu'il a dans le sein du Père dès l'origine du monde; la vie bienheureuse est que Jésus-Christ soit en nous comme dans ses membres, et que, l'amour éternel que le Père a pour son Fils s'étendant sur
•f. EccL, xu, 7, '2. Dan., xn, 2, 3.
v3. IMd., 4, 4. D'une autre saison, d'un antre temps.
nous, il nous comble des mêmes dons; la vie bienheureuse, en un mot, est de connaître le seul vrai Dieu et Jésus-Christ qu'il a envoyé * ; mais le connaître de cette manière qui s'appelle la claire vue, <f la vue face à face * i et à découvert, la vue qui réforme en nous et y achève l'image de Dieu, selon ce que dit saint Jean', que « nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est ».
Celte vue sera suivie d'un amour immense, d'une joie inexplicable et d'un triomphe sans fin. Un Alléluia étemel et un Amen éternel, dont on entend retentir la céleste Jérusalem*, font voir toutes les misères bannies et tous les désirs satisfaits; il n'y a plus qu'à louer la bonté divine.
Avec de si nouvelles récompenses, il fallait que Jésus- Christ proposât aussi de nouvelles idées de vertu, des pratiques plus parfaites et plus épurées. La fin de la religion, l'àme des vertus et l'abrégé de la loi, c'est la charité. Mais jusqu'à Jésus-Christ on peut dire que la perfection et les effets de cette vertu n'étaient pas entièrement connus. C'est Jésus-Christ proprement qui nous apprend à nous contenter de Dieu seul. Pour étabhr le règne de la charité et nous en découvrir tous les devoirs, il nous propose l'amour de Dieu jusqu'à nous haïr nous-mêmes et persécuter sans relâche le principe de corruption que nous avons tous dans le cœur, il nous propose l'amour du prochain jusqu'à étendre sur tous les hommes cette inclination bienfaisante sans en excepter nos persécuteurs; il nous propose la modération des désirs sensuels, jusqu'à retrancher tout à fait nos propres membres, c'est-à-dire ce qui tient le plus vivement et Iv plus intimement à notre cœur; il nous propose la soumission aux ordres de Dieu jusqu'à nous réjouir des souffrances qu'il nous envoie; il nous propose l'humilité jusqu'à aimer les opprobres pour la gloire de Dieu, et à croire que nulle injure ne nous peut mettre si bas devant les hommes, que nous ne soyions encore plus bas devant Dieu par nos péchés. Sur ce fondement de la charité, il perfectionne tous les états de la vie humaine. C'est par là que le mariage est réduit à
i. Joann., xvn.