I Joann., m
A. Apoc, \n, li: xiï, 1, 2, 3, 4,i>, 6.
sa forme primitive; l'amour conjugal n'est plus partagé; une si sainte société n'a plus de fin que celle de la vie; et les enfants ne voient plus chasser leur mère pour mettre à sa place une marâtre. Le célibat est montré comme une imitation de la vie des anges, uniquement occupée de Dieu et des chastes délices de son amour. Les supérieurs apprennent qu'ils sont serviteurs des autres et dévoués à leur bien; les inférieurs reconnaissent l'ordre de Dieu dans les puissances légitimes, lors même qu'elles abusent de leur autorité : cette pensée adoucit les peines de la sujétion, et sous des maîtres fâcheux l'obéissance n'est plus fâcheuse au vrai chrétien.
A ces préceptes il joint des conseils de perfection éminente : renoncer à tout plaisir; vivre dans le corps comme si on était sans corps; quitter tout; donner tout aux pauvres pour ne posséder que Dieu seul; vivre de peu, et presque de rien, et attendre ce peu de la providence divine.
Mais la loi la plus propre à l'Évangile est celle de porter sa croix. La croix est la vraie épreuve de la foi, le vrai fondement de l'espérance, le parfait épurement ^ de la charité, en un mot le chemin du ciel. Jésus-Christ est mort à la croix; il a porté sa croix toute sa vie; c'est à la croix qu'il veut qu'on le suive, et il met la vie éternelle à ce prix. Le premier à qui il promet en particulier le repos du siècle futur est un compagnon de sa croix. « Tu seras, lui dit-il, aujourd'hui avec moi en paradis* ». Aussitôt qu'il fut à la croix, le voile qui couvrait le sanctuaire fut déchiré de haut en bas, et le ciel fut ouvert aux âmes saintes. C'est au sortir de la croix, et des horreurs de son supplice, qu'il parut à ses apôtres, glorieux et vainqueur de la mort, afin qu'ils comprissent que c'est par la croix qu'il devait entrer dans sa gloire, et qu'il ne montrait point d'autre voie à ses enfants.
Ainsi fut donnée au monde en la personne de Jésus-Christ l'image d'une vertu accomplie, qui n'a rien et n'attend rien sur la terre; que les hommes ne récompensent que par de continuelles persécutions ; qui ne cesse de leur faire du bien, et à qui ses propres bienfaits attirent le dernier supplice. Jésus-Christ meurt sans trouver ni reconnaissance dans
i. Épurement, ce mot s'einpIoi$ aujourd'hui au figuré. 8. Luc, xxm, 43.
ceux qu'il oblige, ni fidélité dans ses amis, ni équité dans ses juges. Son innocence, quoique reconnue, ne le sauve pas; son Père même, en qui seul il avait mis son espérance, retire toute les marques de sa protection : le Juste est livré à ses ennemis, et il meurt abandonné' de Dieu et des hommes.
Mais il fallait faire voir à l'homme de bien que dans les plus grandes extrémités il n'a besoin ni d'aucune consolation humaine, ni même d'aucune marque sensible du secours divin; qu'il aime seulement, et qu'il se confie-, assuré que Dieu pense à lui sans lui en donner aucune marque, et qu'une éternelle félicité lui est réservée.
Le plus sage des philosophes, en cherchant l'idée de la vertu, a trouvé que, comme de tous les méchants celui-là serait le plus méchant qui saurait si bien couvrir sa malice qu'il passât pour homme de bien et jouît par ce moyen de tout le crédit que peut donner la vertu, ainsi le plus vertueux devait être sans difficulté celui à qui sa vertu attire par sa perfection la jalousie de tous les hommes, en sorte qu'il n'ait pour lui que sa conscience, et qu'il se voie exposé à toute sorte d'injures, jusqu'à être mis sur la croix, sans que sa vertu lui puisse donner ce faible secours de l'exempter d'un tel supplice ^. Ne semble-t-il pas que Dieu n'ait mis cette merveilleuse idée de vertu dans l'esprit d'un philosophe que pour la rendre effective en la personne de son Fils, et faire voir que le juste a une autre gloire, un autre repos, enfin un autre bonheur que celui qu'on peut avoir sur la terre ?
litablir cette vérité, et la montrer accomplie si visiblement en soi-même aux dépens de sa propre vie, c'était le plus grand ouvrage que pût faire un homme; et Dieu l'a trouvé si grand qu'il Fa réservé à ce Messie tant prorais, à cet honàme qu'il a fait la même personne avec son Fils unique.
En effet, que pouvait-on réserver de plus grand à un
i. Abandonné. C'est le mot de Jésus-Christ sur la croix : « Elit Elil lamina sahacthani », c'est-à-dire: t Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m'avez-vous abandonné»? (Afa»ft., xxvn, 40; Marc, xv, 3i, et Psalm., xxn, 2).