Socr., apud Plat., dial. 11, de Rcp
Dieu venant sur la terre ? et qu'y pouvait-il faire de plus digne de lui, que d'y montrer la vertu dans toute sa pureté, et le bonheur éternel où la conduisent les maux les plus extrêmes ?
Mais, si nous venons à considérer ce qu'il y a de plus haut et de plus intime dans le mystère de la croix, quel esprit humain le pourra comprendre ? Là nous sont montrées des vertus que le seul Homme-Dieu pouvait pratiquer. Quel autre pouvait comme lui, se mettre à la place de toutes les victimes anciennes, les abolir en leur substituant une victime d'une dignité et d'un mérite infini, et faire que désormafs il n'y eût plus que lui seul à offrir à Dieu? Tel est l'acte de religion que Jésus-Christ exerce à la croix. Le Père éternel pouvait-il trouver ou parmi les anges, ou parmi les hommes, une obéissance égale à celle que lui rend son Fils bien-aimé, lorsque, rien ne lui pouvant arracher la vie, il la donna volontairement pour lui complaire? Que dirai-je de la parfaite union de tous ses désirs avec la divine volonté, et de l'amour par lequel il se tient uni « à Dieu qui était en lui, se réconciliant le monde ^ » ? Dans cette union incompréhensible, il embrasse tout le genre humain; il pacifie le ciel et la terre ; il se plonge avec une ardeur immense dans ce déluge de sang oîi « il devait être baptisé » avec tous les siens, et fait sortir de ses plaies « le feu» de l'amour divin « qui devait embraser toute la terre ^ ». Mais voici ce qui passe toute intelligence ; la justice pratiquée par ce Dieu-Homme qui se laisse condamner par le monde, afin que le monde demeure éternellement condamné par l'énorme iniquité de ce jugement. « Maintenant le monde est jugé, et le prince de ce monde va être chassé», comme le prononce Jésus-Christ lui même^. L'enfer, qui avait subjugué le monde, le va perdre; en attaquant l'innocent, il sera contraint de lâcher les coupables qu'il tenait captifs; la malheureuse «obligation» par laquelle nous étions livrés aux anges rebelles « est anéantie » : Jésus-Christ l'a « attachée à sa croix*», pour y être effacée de son sang; l'enfer dé-