Se dilate, s'élargit
ce qui était marqué par les prophéties. Ce temple avait eu la gloire qui lui était promise, quand le désiré des nations y était venu. La Jérusalem visible avait fait ce qui lui restait à faire, puisque l'Église y avait pris sa naissance, et que de là elle étendait tous les jours ses branches par toute la terre. La Judée n'est plus rien à Dieu ni à la religion, non plus que les Juifs; et il est juste qu'en punition de leur endurcissement leurs ruines soient dispersées par toute la terre.
C'est ce qui leur devait arriver au temps du Messie selon Jacob, selon Daniel, selon Zacharie, et selon tous les prophètes *|; mais, comme ils doivent revenir un jour à ce Messie qu'ils ont méconnu, et que le Dieu d'Abraham n'a pas encore épuisé ses miséricordes sur la race quoique infidèle de ce patriarche, il a trouvé un moyen, dont il n'y a dans le monde que ce seul exemple, de conserver les Juifs hors de leur pays et dans leur ruine plus longtemps même que les peuples qui les ont vaincus. On ne voit plus aucun reste ni des anciens Assyriens, ni des anciens Mèdes, ni des anciens Perses, ni des anciens Grecs, ni même des anciens Romains. La trace s'en est perdue, et ils se sont confondus avec d'autres peuples. Les Juifs, qui ont été la proie de ces anciennes nations si célèbres dans les histoires, leur ont survécu, et Dieu en les conservant nous tient en attente de ce qu'il veut faire encore des malheureux restes d'un peuple autrefois si favorisé. Cependant leur endurcissement sert au salut des gentils, et leur donne cet avantage de trouver en des mains non suspectes les Écritures qui ont prédit Jésus-Christ et ses mystères. Nous voyons entre autres choses, dans ces Ecritures -, et l'aveuglement et les malheurs des Juifs qui les conservent si soigneusement. Ainsi nous profitons de leur disgrâce ; leur infidélité fait un des fondements de notre foi; ils nous apprennent à craindre Dieu, et nous sont un spectacle éternel des jugements qu'il exerce sur ses enfants ingrats, afin que nous apprenions à ne nous point glorifier des grâces faites à nos pères.
Un mystère si merveilleux et si utile à l'instruction du genre humain mérite bien d'être considéré. Mais nous n'avons pas besoin des discours humains pour l'entendre :
1. Osée, m, 4, 5 ; Is., ux, 20, 21 ; Zach., xi, 13, 16, 17 ; Rom., xi, etc.
2. Is., VI, LU, mi, LXV; Dan., ix; Matth., xm; Joann., xu; A.ct., £xvni ; Rom., XI.
le Saint-Esprit a pris soin de nous l'expliquer par la bouche de saint Paul, et je vous prie d'écouter ce que cet apôtre en a écrit aux Romains *.
Après avoir parlé du petit nombre de Juifs qui avait reçu l'Évangile et de l'aveuglement des autres, il entre dans une profonde considération de ce que doit devenir un peuple honoré de tant de grâces, et nous découvre tout ensemble le profit que nous tirons de leur chute et les fruits que produira un jour leur conversion, c Les Juifs sont-ils donc tombés, dit-il*, pour ne se relever jamais? A Dieu ne plaise. Mais leur chute a donné occasion au salut des gentils, afin que le salut des gentils leur causât une émulation » qui les fit rentrer en eux-mêmes. « Que si leur chute a été la richesse des gentils » qui se sont convertis en si grand nombre, « quelle grâce ne verrons-nous pas reluire quand ils retourneront avec plénitude ! Si leur réprobation a été la réconciliation du monde, leur rappel ne sera-t-il pas une résurrection de mort à vie ? Que si les prémices tirées de ce peuple sont saintes, la masse l'est aussi; si la racine est sainte, les rameaux le sont aussi; et, si quelques-unes des branches ont été retranchées, et que toi, gentil, qui n'étais qu'un olivier sauvage, tu aies été enté parmi les branches qui sont demeurées sur l'olivier franc, en sorte que tu participes au suc découlé de sa racine, garde-toi de t'élever contre les branches naturelles. Que si tu t'élèves, songe que ce n'est pas toi qui portes la racine, mais que c'est la racine qui te porte. Tu diras peut-être : c Les branches naturelles ont « été coupées afin que je fusse enté en leur place ». Il est vrai, l'incrédulité a causé ce retranchement, et c'est ta foi qui te soutient. Prends donc garde de ne t'enfler pas, mais demeure dans la crainte : car, si Dieu n'a pas épargné les branches naturelles, tu dois craindre qu'il ne t'épargne encore moins ».
Qui ne tremblerait en écoutant ces paroles de l'Apôtre? Pouvons-nous n'être pas épouvantés de la vengeance qui éclate depuis tant de siècles si terriblement sur les Juifs, puisque saint Paul nous avertit de la part de Dieu que notre ingratitude nous peut attirer un semblable traitement? Mais écoutons la suite de ce grand mystère. L'Apôtre continue à