Tyaneus, de la ville de Tyane, en Gappadoce
l'enfer semblait faire ses derniers efforts pour soutenir son empire ébranlé. C'est pourquoi Jésus-Christ remarque en ce temps, principalement parmi les Juifs, ce nombre prodigieux de faux prophètes. Qui considérera de près ses paroles verra qu'ils devaient se multiplier devant et après la ruine de Jérusalem, mais vers ces temps, et que ce serait alors que la séduction, fortifiée par de faux miracles et par de fausses doctrines, serait tout ensemble si subtile et si puissante que les « élus mêmes, s'il était possible, y seraient trompés *■ ».
Je ne dis pas qu'à la fin des siècles il ne doive encore arriver quelque chose de semblable et de plus dangereux, puisque même nous venons de voir que ce qui se passe dans Jérusalem est la figure manifeste de ces derniers temps ; mais il est certain que Jésus-Christ nous a donné cette séduction comme un des effets sensibles de la colère de Dieu sur les Juifs et comme un des signes de leur perte. L'événement a justifié sa prophétie : tout est ici attesté par des témoignages irréprochables. Nous lisons la prédiction de leurs erreurs dans l'Évangile ; nous en voyons l'accomplissement dans leurs histoires, et surtout dans celle de Josèphe.
Après que Jésus-Christ a prédit ces choses, dans le dessein qu'il avait de tirer les siens des malheurs dont Jérusalem était menacée, il vient aux signes prochains de la dernière désolation de cette ville.
Dieu ne donne pas toujours à ses élus de semblables marques. Dans ces terribles châtiments qui font sentir sa puissance à des nations entières, il frappe souvent le juste avec le coupable: carilja de meilleurs moyens de les séparer que ceux qui paraissent à nos sens. Les mêmes coups qui brisent la paille séparent le bon grain; l'or s'épure dans le même feu où la paille est consumée*, et, sous les mêmes châtiments par lesquels les méchants sont exterminés, les fidèles se purifient. Mais dans la désolation de Jérusalem, afin que l'image du jugement dernier fût plus expresse et la vengeance divine plus marquée sur les incrédules, il ne voulut pas que les Juifs qui avaient reçu l'Évangile fusseni confondus avec les autres, et Jésus-Christ donna à ses dis
i. iMatth., XXIV, 24, Marc, xui,22.
2, Aug., de Civit. Dei, c. vin.
ciples des signes certains auxquels ils pussent connaître quand il serait temps de sortir de cette ville réprouvée. Il se fonda, selon sa coutume, sur les anciennes prophéties, dont il était l'interprète aussi bien que la fin; et, repassant. sur l'endroit où la dernière ruine de Jérusalem fut montrée si clairement à Daniel, il dit ces paroles^ : « Quand vous verrez l'abomination de la désolation que Daniel a prophétisée, que celui qui lit entende; quand vous la verrez établie dans le lieu saint », ou, comme il est porté dans saint Marc, « dans le lieu où elle ne doit pas être, alors que ceux qui sont dans la Judée s'enfuient dans les montagnes ». Saint Luc raconte la même chose en d'autres termes^: « Quand vous verrez les armées entourer Jérusalem, sachez que sa désolation est proche ; alors que ceux qui sont dans la Judée se retirent dans les montagnes ».
Un des évangélistes explique l'autre, et, en conférant ces passages, il nous est aisé d'entendre que cette abomination prédite par Daniel est la même chose que les armées autour de Jérusalem. Les saints Pères l'ont ainsi entendu 3, et la raison nous en convainc.
Le mot d'abomination, dans l'usage delà langue sainte, signifie idole; et qui ne sait que les armées romaines portaient dans leurs enseignes les images de leurs dieux, et de leurs Césars, qui étaient les plus respectés de tous les dieux? Ces enseignes étaient aux soldats un objet de culte; et, parce que les idoles, selon les ordres de Dieu, ne devaient jamais paraître dans la Terre sainte, les enseignes romaines en étaient bannies. Aussi, voyons-nous dans les histoires que, tant qu'il a resté aux Romains tant soit peu de considé^ration pour les Juifs, jamais ils n'ont fait paraître les enseignes romaines dans la Judée. C'est pour cela que Vitellius, quand il passa dans cette province pour porter la guerre en Arabie, fit marcher ses troupes sans enseignes* : car on révérait encore alors la religion judaïque , et on ne voulait point forcer ce peuple à souffrir des choses si contraires à sa loi. Mais, au temps de la dernière guerre judaïque,