‹ Discours sur l'histoire universelleChapitre 193 sur 339 · Jos., Ant., XVIII, c. V · texte numérisé non relu

Jos., Ant., XVIII, c. V

on peut bien croire que les Romains n'épargnèrent pas un peuple qu'ils voulaient exterminer. Ainsi, quand Jérusalem fut assiégée, elle était environnée d'autant d'idoles qu'il y avait d'enseignes romaines ; et l'abomination ne parut jamais tant où elle ne devait pas être, c'est-à-dire dans la Terre sainte et autour du temple.

Est-ce donc là, dira-t-on, ce grand signe que Jésus-Christ devait donner? Etait-il temps de s'enfuir quand Titus assiégea Jérusalem, et qu'il en ferma de si près les avenues qu'il n'y avait plus moyen de s'échapper? C'est ici qu'est la merveille de la prophétie. Jérusalem a été assiégée deux fois en ces temps : la première, par Cestius, gouverneur de Syrie, l'an 68 de Notre-Seigneur * ; la seconde, par Tifus, quatre ans après, c'est-à-dire l'an 72*. Au dernier siège, il n'y avait plus moyen de se sauver. Titus faisait cette guerre avec trop d'ardeur : il surprit toute la nation renfermée dans Jérusalem durant la fête de Pâque, sans que personne échappât; et cette effroyable circonvallation qu'il fit autour de la ville ne laissait plus d'espérance à ses habitants. Mais il n'y avait rien de semblable dans le siège de Cestius : il était campé à cinquante stades, c'est-à-dire à six milles de Jérusalem^. Son armée se répandait tout autour, mais sans y faire de tranchées ; et il faisait la guerre si négligemment qu'il manqua l'occasion de prendre la ville, dont la terreur, les séditions et même ses intelligences lui ouvraient les portes. Dans ce temps loin que la retraite fût impossible, l'histoire marque expressément que plusieurs juifs se retirèrent*. C'était donc alors qu'il fallait sortir; c'était le signal que le Fils de Dieu donnait aux siens. Aussi a-t-il distingué très nettement les deux sièges : l'un oij « la ville serait entourée de fossés et de forts ^» ; alors il n'y aurait plus que la mort pour tous ceux qui y étaient enfermés; l'autre, où elle serait seulement « enceinte de l'armée^ » et plutôt investie qu'assiégée dans les formes; c'est alors « qa'il fallait fuir et se retirer dans les montagnes »

Page 1