Pour soulever une émeute parmi ces ouvriers
Tait s'élever contre l'Église naissante, et faut-il s'étonner de voir les apôtres si souvent battus, lapidés et laissés pour morts au milieu de la populace? Mais un plus grand intérêt va remuer une plus grande machine; l'intérêt de l'État va faire agir le sénat, le peuple romain et les empereurs.
Il y avait déjà longtemps que les ordonnances du sénat défendaient les religions étrangères ^ Les empereurs étaient entrés dans la même politique; et, dans cette belle délibération oîi il s'agissait de réformer les abus du gouvernement, un des principaux règlements que Mécène proposa à Auguste fut d'empêcher les nouveautés dans la religion qui ne manquaient pas de causer de dangereux mouvements ^ dans les Etats, La maxime était véritable : car qu'y a-t-il qui émeuve plus violemment les esprits et les porte à des excès plus étranges? Mais Dieu voulait faire voir que l'établissement de la religion véritable n'excitait pas de tels troubles; et c'est une des merveilles qui montre qu'il agissait dans cet ouvrage. Car qui ne s'étonnerait de voir que, durant trois cents ans entiers que l'Église à eu à souflfrir tout ce que la rage des persécuteurs pouvait inventer de plus cruel, parmi tant de séditions et tant de guerres civiles, parmi tant de conjurations contre la personne des empereurs, il ne se soit jamais trouvé un seul chrétien ni bon ni mauvais? Les chrétiens défient leurs plus grands ennemis d'en nommer un seul; il n'y en eut jamais aucun ^ : tant la doctrine chrétienne inspirait de vénération pour la puissance publique, et tant fut profonde l'impression que fît dans tous les esprits celte parole du Fils de Dieu * : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu».
Cette belle distinction porta dans les esprits une lumière si claire que jamais les chrétiens ne cessèrent de respecter l'image de Dieu dans les princes persécuteurs de ia vérité. Ce caractère de soumission reluit tellement dans toutes leurs apologies qu'elles inspirent encore aujourd'hui à ceux qui les lisent l'amour de l'ordre public, et fait voir
1. Tit. Liv. lib. XXXIX, etc.; Orat. Mxcen. apud Dion., LIT; Tertnl., Apolog., v; Euseb., Hist. eccl., II, 2.