Demeuré en état, demeuré debout
a écrite étn.it en effet dans le peuple juif tout le fondement de la conduite publique et particulière. C'était en vérité à Esdras une merveilleuse entreprise et bien nouvelle dans le monde, de faire parler en même temps avec Moïse tant d'bummes de caractère et de style différent, et chacun d'une .vaanière uniforme et toujours semblable à elle-même, et faire accroire* tout à coup à tout un peuple que ce sont là les livres anciens qu'il a toujours révérés, et les nouveaux qu'il a vu faire, comme s'il n'avait jamais ouï parler de rien, et que la connaissance du temps présent aussi bien que celle du temps passé fût tout à coup abolie. Tels sont les prodiges qu'il faut croire, quand on ne veut pas croire les miracles du Tout-Puissant, ni recevoir le témoignage par lequel il est constant qu'on a dit à tout un grand peuple qu'il les avait vus de ses yeux.
Mais, si ce peuple est revenu de Babylone dans la terre de ses pères si nouveau^ et si ignorant qu'à peine se souvint-il qu'jl eût été, en sorte qu'il ait reçu sans examiner tout ce qu'Esdras aura voulu lui donner, comment donc voyons-nous dans le livre qu'Esdras a écrit ^, et dans celui de Néhémias, son contemporain, tout ce qu'on y dit des livres divins ? Qui aurait pu les ouïr parler de la loi de Moïse en tant d'endroits, et publiquement, comme d'une chose connue de tout le monde, et que tout le monde aVait entre ses mains ? Eussent-ils osé régler par là les fêtes, les sacrifices, les cérémonies, la forme de l'autel rebâti, les mariages, la police, et en un mot toutes choses, en disant sans cesse que tout se faisait « selon qu'il était écrit* dans la loi de Moïse, serviteur de Dieu » ? Comment voit-on tout le peuple agir naturellement en conséquence de cette loi, comme l'ayant eue toujours présente ? Comment est-ce que tout ce peuple pouvait écouter Aggée, Zacharie et Malachie, qui prophétisaient alors ; qui, comme les autres prophètes leurs prédécesseurs, ne leur prêchaient que « Moïse et la loi que Dieu lui avait donnée
4. Et faire accroire. On dirait aujourd'hui t et de faire accroire » comme suite de « de faire parler ».
2. Nouveau, avec le sens de « novice ». 3. 1 Esdr., m, vu, ix, x; II Esdr., v, vm, rx, x, xn, xm. *. I Esdr., in; Il Esdr,, vra, xra, etc.
en Horeb^ » ; et cela comme une chose coniiie et de tout temps en vigueur dans la nation? Mais comment dit-on dans le même temps, et dans le retour du peuplo^ que tout ce peuple admira l'accomplissement de l'oracle dh Jérémie touchant les soixante-dix ans de captivité^? Ce Jérémie qii'Esdras venait de forger avec tous les autres pruohètes, comment a-t-il tout d'un coup trouvé créance ? Par quel artifice nouveau a-t-on pu persuader à tout un peup';e, et aux vieillards qui avaient vu ce prophète, qu'ils avaienitoujours attendu la délivrance miraculeuse qu'il leur avait annoncée dans ses écrits ? Mais tout cela sera encore supposé : Esdras et Néhémias n'auront point écrit l'histoire de leur temps; quelque autre l'aura faite sous leur nom; et ceux qui ont fabriqué tous les autres livres de l'Ancien Testament auront été si favorisés de la postérité que d'autres faussaires leur en auront supposé à eux-mêmes, pour donner créance à leur imposture.
On aura honte sans doute de tant d'extravagances ; et, au lieu de dire qu'Esdras ait fait tout d'un coup paraître tant de livres si distingués les uns des autres par les caractères du style et du temps, on dira qu'il y aura pu insérer les miracles et les prédictions qui les font passer pour divins : erreur plus grossière encore que la précédente, puisque ces miracles et ces prédictions sont tellement répandus dans tous ces livres, sont tellement inculqués et répétés si souvent, avec tant de tours divers et une si grande variété de fortes figures, en un mot en font tellement tout le corps, qu'il faut n'avoir jamais seulement ouvert ces saints livres pour ne voir pas qu'il est encore plus aisé de les refondre, pour ainsi dire, tout à fait, que d'y insérer les choses que les incrédules sont si fâchés d'y trouver. Et, quand même on leur aurait accordé tout ce qu'ils demandent, le miraculeux et le divin est tellement le fond de ces livres qu'il s'y retrouverait encore malgré qu'on en eût, Qu'Esdras, si on veut, y ait ajouté après coup les prédictions des choses déjà arrivées de son temps, celles qui sont accomplies depuis, par exemple sous Antiochus et les Machabées, et tant d'autres que l'on a vues, qui les aura ajoutées? Dieu