‹ Discours sur l'histoire universelleChapitre 241 sur 339 · Il Par., xixvi.M; I. Esdr., i · texte numérisé non relu

Il Par., xixvi.M; I. Esdr., i

aura peut-être donné à Esdras le don de prophétie, afin que l'imposture d'Esdras fût plus vraisemblable ; et on aimera mieux qu'un faussaire soit prophète qu'Isaïe, ou que Jérémie, ou que Daniel ; ou bien chaque siècle aura porté un faussaire heureux, que tout le peuple en aura cru ; et de nouveaux imposteurs, par un zèle admirable de religion, auront sans cesse ajouté aux livres divins, après même que le canon ^ en aura été clos, qu'ils se seront répandus avec les Juifs par toute la terre et qu'on les aura traduits en tant de langues étrangères. N'eùt-ce pas été, à force de vouloir établir la religion, la détruire par les fondements ? Tout un peuple laisse-t-il donc changer si facilement ce qu'il croit être divin, soit qu'il le croie par raison ou par erreur ? Quelqu'un peut-il espérer de persuader aux chrétiens, ou même aux Turcs, d'ajouter un seul chapitre ou à l'Évangile, ou à l'Alcoran ? Mais peut-être que les Juifs étaient plus dociles que les autres peuples, ou qu'ils étaient moins religieux^ à conserver leurs saints livres ? Quels monstres d'opinions se faut-il mettre dans l'esprit quand on veut secouer le joug de l'autorité divine, et ne régler ses sentiments, non plus que ses mœurs, que par sa raison égarée ?

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