SEPTIÈME ÉPOQUE
ROxMULUS, OU ROME FONDÉE.
Cette ville qui devait être la maîtresse de l'univers, et dans la suite le siège principal de la religion, fut fondée sur la fin de la troisième année de la VI* olympiade, 430 ans environ après la prise de Troie, de laquelle les Romains croyaient que leurs ancêtres étaient sortis, et 753 ans devant Jésus- Christ (3250 — 754). Romulus, nourri durement avec les bergers et toujours dans les exercices de la guerre, consacra cette ville au dieu de la guerre, qu'on croyait son père. Vers les temps de la naissance de Rome arriva, par la mollesse de Sardanapale, la chute du premier empire des Assyriens (6 — 748*). Les Mèdes, peuple belliqueux, animés par les discours d'Aibace, leur gouverneur, donnèrent à tous les sujets de ce prince efféminé l'exemple de le mépriser. Tout se révolta contre lui, et il périt enfin dans sa ville capitale, où il se vit contraint à se brûler lui-même avec ses femmes, ses eunuques et ses richesses. Des ruines de cet empire on voit sortir trois grands royaumes. Arbace ou Orbace, que quelques-uns appellent Pharnace, affranchit les Mèdes, qui, après une assez longue anarchie, eurent des rois très puissants. Outre cela, incontinent après Sardanapale (7 — 747), on voit paraître un second royaume des Assyriens, dont Ninive demeura la capitale, et un royaume de Babylone. Ces deux derniers royaumes ne sont pas inconnus aux auteurs profanes, et sont célèbres dans l'histoire sainte. Le second royaume de Ninive est fondé par Thilgath ou Theglalh fils de Phalasar, appelé pour cette raison Theglathphalasar, à qui on donne aussi le nom de Ninus le Jeune. Baladan, que les Grecs nomment Bélésis, établit le royaume de Babylone, où il est connu sous le nom de Nabonassar. De là, l'ère de Nabonassar, célèbre chez Ptolomée* et les anciens astronomes, qui comptaient leurs années par le règne de ce prince.
1. Désormais le premier nombre indique l'an de Rome, et le second Vamiée avant Jésus-Christ. (Note de l'éditeur).
2. Ploloméc, ou Ptolomée, célèbre astronome grec. La date de sa naissance est inconnue. Ses travaux astronomiques OQt commencé en 128 après J.-C, et ont duré nuarante ans.
Il est bon d'avertir ici que ce mot d'ère signifie un dénombrement d'années commencé à un certain point que quelque grand événement fait remarquer.
Achaz, roi de Juda, impie et méchant, pressé par Razin, roi de Syrie, et par Phacée, fils de Roméiias, roi d'Israël, au lieu de recourir à Dieu qui lui susciiait ces ennemis pour le punir, appela (14 — 740) Tlieglathphalasar, premier roi d'Assyrie ou de Ninive, qui réduisit à l'extrémité le royaume d'Israël et détruisit tout à fait celui de Syrie ; mais en même temps il ravageait celui de Juda qui avait imploré son assistance.
Ainsi les rois d'Assyrie apprirent le chemin de la terre sainte, et en résolurent la conquête. Us commencèrent par le royaume d'Israël, que Salmanasar, fils et successeur de Theglathphalasar, détruisit entièrement (33 — 721). Osée, roi disraël, s'était fié au secours de Sabacon, autrement nommé Sua ou SoUs, roi d'Ethiopie, qui avait envahi l'Egypte. Mais ce puissant conquérant ne put le tirer des mains de Salmanasar. Les dix tribus, où le culte de Dieu s'était éteint, furent transportées à Ninive, et, dispersées parmi les gentils, s'y perdirent tellement qu'on ne put plus en découvrir aucune trace. Il en resta quelques-uns, qui" furent mêlés parmi les Juifs et firent une petite partie du royaume de Juda.
En ce temps arriva la mort de Romulus (39 — 715). Il fut toujours en guerre et toujours victorieux; mais au milieu des guerres il jeta les fondements de la religion et des lois. Une longue paix donna moyen à Numa, son successeur (40 — 714), d'achever l'ouvrage. Il forma la religion, et adoucit les mœurs farouches du peuple romain. De son temps les colonies venues de Gorinthe et de quelques autres villes de Grèce fondèrent Syracuse en Sicile, Crotone, Tarente, et peut-être quelques autres villes dans cette partie de l'Italie à qui de plus anciennes colonies grecques répandues dans tous le pays avaient déjà donné le nom de Grande-Grèce.
Cependant Ézéchias, le plus pieux et le plus juste de tous les rois après David, régnait en Judée. Sennachérib, fils et successeur de Salmanasar, l'assiégea dans Jérusalem avec une armée immense : elle périt en une nuit par la main d'unange (44 — 710). Ézéchias, délivré d'une manière si admirable, servit Dieu, avec tout son peuple, plus fidèlement
que jamais. Mais, après la mort de ce prince (56 — 698) et sous son fils Manassès, le peuple ingrat oublia Dieu, et les désordres s'y multiplièrent. L'état populaire se formait alors parmi les Athéniens, et ils commencèrent à choisir les archontes annuels, dont le premier fut Créon (67 — 687).
Pendant que l'impiété s'augmentait dans le royaume de Juda, la puissance des rois d'Assyrie, qui devaient en être les vengeurs, s'accrut sous Asaraddon, fils de Sennachérib. 11 réunit (73 — 681) le royaume de Babylone à celui de Ninive, et égala dans la grande Asie la puissance des premiers Assyriens (77 — 677). Sous son règne* les Cuthéens, peuples d'Assyrie, depuis appelés Samaritains, furent envoyés pour habiter Samarie*. Ceux-ci joignirent le culte de Dieu avec celui des idoles, et obtinrent d'Asaraddon un prêtre israélite qui leur apprit le service du Dieu du pays, c'est-à-dire les observances de la loi de Moïse ^. Dieu ne voulut pas que son nom fût entièrement aboli dans une terre qu'il avait donnée à son peuple, et il y laissa sa loi en témoignage. Mais leur prêtre ne leur donna que les livres de Moïse, que les dix tribus révoltées avaient retenus dans leur schisme. Les écritures composées depuis par les prophètes, qui sacrifiaient dans le temple, étaient détestées parmi eux ; et c'est pourquoi les Samaritains ne reçoivent encore aujourd'hui que le Pentateuque.
Pendant qu'Asaraddon et les Assyriens s'établissaient si puissamment dans la grande Asie, les Mèdes commençaient aussi à se rendre considérables. Déjocès, leur premier roi, que quelques-uns prennent pour l'Arphaxad nommé dans le livre de Judith, fonda la superbe ville d'Ecbatane, et jeta les fondements d'un grand empire. Ils l'avaient mis sur h trône pour couronner ses vertus et mettre fin aux désordres que l'anarchie causait parmi eux*. Conduits par un si grand roi, ils se soutenaient contre leurs voisins mais ils ne s'étendaient pas.
Rome s'accroissait, mais faiblement. Sous Tullus Hostilius,
1. C'est avant ces trois mots que commence, dans toutes les éditions qui prétendent reproduire le texte de 1700, la première des longues additions faites au texte déflnitif de Bossuet.