‹ Discours sur l'histoire universelleChapitre 26 sur 339 · Hérod, lib. 1, c. xcvi · texte numérisé non relu

Hérod, lib. 1, c. xcvi

son troisième roi (83 — ^67i), et par le fameux combat des Horaces et des Curiaces, Albe fut vaincue et ruinée ; ses citoyens, incorporés à la ville victorieuse, l'agrandirent et la fortifièrent. Roraulus avait pratiqué le premier ce moyen d'augmenter la ville où il reçut les Sabins et les autres peuples vaincus. Ils oubliaient leur défaite et devenaient des sujets affectionnés. Rome en étendant ses conquêtes, réglait sa milice; et ce fut sous Tullus Hostilius qu'elle commença à apprendre cette belle discipline qui la rendit dans la suite maîtresse de l'univers. Le royaume d'Egypte, affaibli par ses longues divisions, je r^tabli^seet sous Psammitique (84 — 670). Ce prince, qui devait son salut aux Ioniens et aux Cariens, les établit dans l'Egypte fermée jusqu'alors aux étrangers. A cette occasion, les Égyptiens entrèrent en commerce avec les Grecs ; et depuis ce temps aussi l'histoire d'Egypte, jusque-là mêlée de fables pompeuses par l'artifice des prêtres, commence, selon Hérodote * à avoir de la certitude.

Cependant les rois d'Assyrie devenaient de plus en plus redoutables à tout l'Orient. Saosduchin, fils d'Asaraddon, qu'on croit être le Nabuchodonosor du livre de Judith, défit en bataille rangée (97 — 657) Arphaxad, roi de Mèdes, quel qu'il soit. Si ce n'est pas Déjocès lui-même, premier fondateur d'Ecbatane, ce peut être Phraorte ou Aphraarte son fils, qui en éleva les murailles. Enflé de sa victoire, le superbe roi d'Assyrie entreprit de conquérir toute la terre (98 — 656). Dans ce dessein, il passa l'Euphrate et ravagea tout jusqu'en Judée. Les Juifs avaient irrité Dieu, et s'étaient abandonnés à l'idolâtrie à l'exemple de Manassès ; mais ils avaient fait pénitence avec ce prince : Dieu les prit aussi en sa protection. Les conquêtes de Nabuchodonosor et d'Holopherne, son général, furent tout à coup arrêtées par la main d'une femme. Déjocès, quoique battu parles Assyriens, laissa son royaume en état de s'accroître sous ses successeurs. Pendant que Phraorte, son fils, et dyaxare, fils de Phraorte, subjuguaient la Perse et poussaient leurs conquêtes dans l'Asie Mineure jusqu'aux bords de l'Halys, la Judée vit passer le règne détestable d'Amon (111 — 640), fils de Manassès ; et Josias, fils d'Amon, sage dès l'enfance,

i. Hérod., 11b. Il, c. cuv.

travaillait à réparer les désordres causés par l'impiété des rois ses prédécesseurs (H3 — 641).

Rome, qui avait pour roi Ancus Martius, domptait quelques Latins sous sa conduite, et, continuant à se faire des citoyens de ses ennemis, elle les renfermait dans ses murailles. Ceux de Véies, déjà affaiblis par Romulus, firent de nouvelles pertes. Ancus poussa ses conquêtes jusqu'à la mer voisine, et bâtit la ville d'Ostie à l'embouchure du Tibre.

En ce temps le royaume de Babylone fut envahi par Nabopolassar (128 — 626). Ce traître, que Chinaladan, autrement Sarac, avait fait général de ses armées contre Gyaxare, roi des Mèdes, se joignit avec Astyage, fils de Cyaxare, prit Chinaladan dans Ninive, détruisit celte grande ville si longtemps maîtresse de l'Orient, et se mit sur le trône de son maître. Sous un prince si ambitieux Babylone s'enorgueillit. La Judée, dont l'impiété croissait sans mesure, avait tout à craindre. Le saint roi Josias (130 — 624) suspendit pour un peu de temps, par son humilité profonde, le châtiment que son peuple avait mérité; mais le mal s'augmenta sous ses enfants (144 — 610). Xabuchodonosor II, plus terrible que son père Nabopolassar, lui succéda (147 — 607). Ce prince, nourri dans l'orgueil et toujours exercé à la guerre, fit des conquêtes prodigieuses en Orient et en Occident; et Babylone menaçait toute la terre de la mettre en servitude. Ses menaces eurent bientôt leur effet à l'égard du peuple de Dieu. Jérusalem fut abandonnée à ce superbe vainqueur, qui la prit par trois fois : la première au commencement de son règne et à la quatrième année du règne de Joakim, d'où commencent les soixante-dix ans de la captivité de Babylone, marqués par le prophète Jérémie ^ ; la seconde sous Jéchonias, ou Joachim, fils de Joakim (155 — 599); et la dernière sous Sédécias, où la ville fut renversée de fond en comble, le temple réduit en cendres, et le roi mené captif à Babylone avec Saraïa, souverain pontife, et la meilleure partie du peuple (156 — 898). Les plus illustres de ces captifs furent les prophètes Ézéchiel et Daniel. On compte aussi parmi eux les trois jeunes hommes que Nabuchodonosor ne put forcer à adorer sa statue, ni les consumer par les

i. Jérém., XXV, 11, 12; xxix, 10.

flammes *. La Grèce était florissante, et ses sept sages se rendaient illustres. Quelque temps avant la dernière désolation de Jérusalem, Solon, l'un de ces sept sages, donnait des lois aux Athéniens (160 — 594) et établissait la liberté sur la justice; les Phocéens d'Ionie menaient à Marseille leur première colonie. Tarquin l'Ancien, roi de Rome, après avoir subjugué une partie de la Toscane et orné la ville de Rome par des ouvrages magnifiques, acheva son règne (176 — 578). De son temps, les Gaulois, conduits par Bellovèse, occupèrent, dans l'Italie, tous les environs du Pô, pendant que Ségovèse, son frère (188 — 566), mena bien avant dans la Germanie un autre essaim de la nation. Servius Tullius, successeur de Tarquin, établit le cens ou le dénombrement des citoyens distribués dans certaines classes, par où cette grande ville se trouva réglée comme une famille particulière.

Nabuchodonosor embellissait Babylone, qui s'était enrichie des dépouilles de Jérusalem et de l'Orient. Elle n'en jouit pas longtemps. Ce roi, qui l'avait ornée avec tant de magnificence, vit en mourant (192^ — 562) la perte prochaine de cette superbe ville ^. Son fils Evilmérodac, que ses débauches rendaient odieux, ne dura guère, et fut tué (194 — 560) par Nériglissor, son beau-frère, qui usurpa le royaume, Pisistrate usurpa aussi dans Athènes l'autorité souveraine, qu'il sut conserver trente ans durant parmi beaucoup de vicissitudes, et qu'il laissa même à ses enfants. Nériglissor ne put souffrir la puissance des Mèdes, qui s'agrandissaient en Orient, et leur déclara la guerre. Pendant qu'Astyage, fils de Cyaxare I, se préparait à la résistance, il mourut et laissa cette guerre à soutenir à Cyaxare II, son fils, appelé par Daniel Darius le Mède. Celui-ci nomma (195 — 559) pour général de son armée Cyrus, fils de Mandane sa sœur et de Cambyse, roi de Perse, sujet à l'empire des Mèdes. La réputation de Cyrus, qui s'était signalé en diverses guerres sous Astyage, son grand-père, réunit la plupart des rois d'Orient

1. Construction irrégulière, dont il n'est pas rare de trouver des exemples, non seulement dans Bossuet, mais aussi dans les autres grands écrivains du xvu» siècle. Pour n'en citer qu'un, Racine dit, dans sesRemarques sur l'Odyssée : « C'est une herbe que Mercure arrache de la terre et en montre la nature à Ulysse ».

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