‹ Discours sur l'histoire universelleChapitre 269 sur 339 · Diod , Ub. I, sect. u · texte numérisé non relu

Diod , Ub. I, sect. u

était forte et féconde parmi eux. C'est aussi ce qui leur a fait inventer ou perfectionner la médecine^. Ainsi, toutes les sciences ont été en grand honneur parmi eux. Les inventeurs des choses utiles recevaient, et de leur vivant et après leur mort, de dignes récompenses de leurs travaux. C'est ce qui a consacré les livres de leurs deux Mercures, et les a fait regarder comme des livres divins. Le premier de tous les peuples où on voie des Bibliothèques est celui d'Egypte. Le titre qu'on leur donnait inspirait l'envie d'y entrer et d'en pénétrer les secrets : on les appelait le tréso7' des remèdes de râme^. Elle s'y guérissait de l'ignorance, la plus dangereuse de ses maladies et la source de toutes les autres.

Une des choses qu'on imprimait le plus fortement dans l'esprit des Égyptiens était l'estime et l'amour de leur patrie. Elle était, disaient-ils, le séjour des dieux; ils y avaient régné durant des milliers infinis d'années. Elle était la mère des hommes et des animaux, que la terre d'Egypte, arrosée du Nil, avait enfantés pendant que le reste de la nature était stérile^. Les prêtres qui composaient l'histoire d'Egypte de cette suite immense de siècles, qu'ils ne remplissaient que de fables et des généalogies de leurs dieux, le faisaient pour imprimer dans l'esprit des peuples l'antiquité et la noblesse de leur pays. Au reste, leur vraie histoire était renfermée dans des bornes raisonnables ; mais ils trouvaient beau de se perdre dans un abîme infini de temps qui semblait les approcher de l'éternité.

Cependant l'amour de la patrie avait des fondements plus solides. L'Egypte était, en effet, le plus beau pays de l'univers, le plus abondant* par la nature, le mieux cultivé par l'art, le plus riche, le plus commode et le plus orné par les soins et la magnificence de ses rois.

Il n'y avait rien que de grand dans leurs desseins et dans leurs travaux. Ce qu'ils ont fait du Nil est incroyable. Il pleut rarement en Egypte ; mais ce fleuve, qui l'arrose toute par ses^ débordements réglés, lui apporte les pluies et les neiges des autres pays. Pour multiplier un fleuve si bienfaisant,

Page 1