Abondant, fertile
320 PARTIE m, CHAPITRE III
l'Egypte était traversée d'une infinité de canaux d'une longueur et d'une largeur incroyable *. Le Nil portait partout la fécondité avec ses eaux salutaires, unissait les villes entre elles et la Grande Mer* avec la mer Rouge, entretenait le commerce au dedans et au dehors du royaume, et le fortifiait contre l'ennemi, de sorte qu'il était tout ensemble et le nourricier et le défenseur de l'Egypte. On lui abandonnait la campagne ; mais les villes, rehaussées avec des travaux immenses et sélevant comme des îles ^ au milieu des eaux, regardaient avec joie de cette hauteur toute la plaine inondée et tout ensemble fertilisée parle Nil. Lorsqu'il s'enflait outre mesure, de grands lacs creusés par les rois tendaient leur sein aux eaux répandues. Ils avaient leurs décharges préparées : de grandes écluses les ouvraient ou les fermaient selon le besoin, et les eaux, ayant leur retraite, ne séjournaient sur les terres qu'autant qu'il fallait pour les engraisser.
Tel était l'usage de ce grand lac, qu'on appelait le lac de Myris ou de Mœris ; c'était le nom du roi qui l'avait fait faire *. On est étonné quand on lit, ce qui néanmoins est certain, qu'il avait de tour environ cent quatre-vingts de nos lieues ^. Pour ne point perdre trop de bonnes terres en le creusant, on l'avait étendu principalement du côté de la Libye. La pêche en valait au prince des sommes immenses; et ainsi, quand la terre ne produisait rien, on en tirait des trésors en la couvrant d'eaux. Deux pyramides, dont chacune portait sur un trône deux statues colossales, l'une de Myris et l'autre de sa femme, s'élevaient de trois cents pieds au milieu du lac, et occupaient sous les eaux ub pareil espace. Ainsi elles faisaient voir qu'on les avait érigées avant que le creux eût été rempli, et montraient qu'un lac de cette étendue avait été fait de main d'homme sous un seul prince.