‹ Discours sur l'histoire universelleChapitre 305 sur 339 · Branler, bouger, se remuer · texte numérisé non relu

Branler, bouger, se remuer

naire on ne comptait plus les prisonniers parmi les citoyens, et on les laissait aux ennemis comme des membres retranchés de la république. Vous avez vu dans Florus et dans Cicéron* l'histoire de Régulus qui persuada au sénat, aux dépens de sa propre vie, d'abandonner les prisonniers aux Carthaginois. Dans la guerre d'Annibal et après la perte de la bataille de Cannes, c'est-à-dire dans le temps où Rome épuisée par tant de pertes manquait le plus de soldats, le sénat aima mieux armer contre sa coutume huit mille esclaves, que de racheter huit mille Romains, qui ne lui auraient pas plus coûté que la nouvelle milice qu'il fallut lever 5. Mais, dans la nécessité des affaires^, on établit plus que jamais comme une loi inviolable qu'un soldat romain devait ou vaincre ou mourir.

Par cette maxime * les armées romaines, quoique défaites et rompues, combattaient et se ralliaient jusqu'à la dernière extrémité ; et, comme remarque Salluste ^, il se trouve parmi les Romains plus de gens punis pour avoir combattu sans en avoir ordre que pour avoir lâché pied et quitté son poste : de sorte que le courage avait plus besoin d'être réprimé que la lâcheté n'avait besoin d'être excitée ^.

Ils joignirent à la valeur l'esprit et l'invention. Outre qu'ils étaient par eux-mêmes appliqués et ingénieux, ils savaient profiter admirablement de tout ce qu'ils voyaient dans les autres peuples de commode pour les campements, pour les ordres de bataille, pour le genre même des armes, en un mot pour faciliter tant l'attaque que la défense. Vous avez vu dans Salluste et dans les autres auteurs ce que les Romains ont appris de leurs voisins et de leurs ennemis mêmes. Qui ne sait qu'ils ont appris des Carthaginois l'invention des galères par lesquelles ils les ont battus, et enfin qu'ils ont tiré de toutes les nations qu'ils ont connues de quoi les surmonter toutes ?

En efl'et, il est certain, de leur aveu propre, que les Gaulois les surpassaient en force de corps, et ne leur cédaient

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