Polyb,, X, XXIX
5. Le vrai sei^vice, les occasions où l'on pouvait vraiment servir lEtat.
3(32 PARTIE lll, CHAPITRE VI
observer la profonde politique du sénat romain. Aie prendre dans les boas temps de la république, il n'y eut jamais d'assemblée où les affaires fussent traitées plus mûrement, ni avec plus de secret, ni avec une plus longue prévoyance, ni dans un plus grand concours * et avec un plus grand zèle pour le bien public.
Le Saint-Esprit n'a pas dédaigné de marquer ceci dans le livre des Machabées ^, ni de louer la haute prudence et les conseils vigoureux de cette sage compagnie où personne ne se donnait de l'autorité que par la raison, et dont tous les membres conspiraient à l'utilité publique sans partialité et sans jalousie.
Pour le secret, Tite-Live nou8 en donne un exemple illustre ^. Pendant qu'on méditait la guerre contre Persée, Eumènes, roi de Pergame, ennemi de ce prince, vint à Rome pour se liguer contre lui avec le sénat. Il y fit ses propositions en pleine assemblée, et l'affaire fut résolue par les suffrages d'une compagnie composée de trois cents hommes. Qui croirait que le secret eût été * gardé, et qu'on n'ait jamais rien su de la délibération que quatre ans après, quand la guerre fut achevée ? Mais ce qu'il y a de plus surprenant est que Persée avait à Rome ses ambassadeurs pour observer Eumènes. Toutes les villes de Grèce et d'Asie, qui craignaient d'être enveloppées dans cette querelle, avaient aussi envoyé les leurs, et tous ensemble tâchaient à découvrir une afiaire d'une telle conséquence. Au milieu de tant d'habiles négociateurs le sénat fut impénétrable. Pour (aire garder le secret, on n'eut jamais besoin de supplices, ni de défendre le commerce avec les étrangers' sousdes peines rigoureuses. Le secret se recommandait comme tout seul, et par sa propre importance.
C'est une chose surprenante dans la conduite de Rome, d'y voir le peuple regarder presque toujours le sénat avec jalousie, et néanmoins lui déférer tout dans les grandes
i. Dans u)i plus grand concours, avec un plus grand nombre de personnes concourant ensemble.