Plut., lib. de Fort. Alex, et de Fort. Rom
la seule philosophie suffit pour nous faire entendre que la force nous est donnée pour conserver notre bien, et non pas pour usurper celui d'autrui. Cicéron l'a reconnu, et les règles qu'il a données pour faire la guerre * sont une manifeste condamnation de la conduite des Romains.
Il est vrai qu'ils parurent assez équitables au commencement de leur république. Il semblait qu'ils voulaient euxmêmes modérer leur humeur guerrière en la resserrant dans les bornes que l'équité prescrivait. Qu'y a-t-il de plus beau ni de plus saint ^ que le collège des Féciaux, soit que Numa en soit le fondateur, comme le dit Denys d'Halicarnasse ^ ou que ce soit Ancus Martius, comme le veut Tite- Li\e * ? Ce conseil était établi pour juger si une guerrre était juste : avant que le sénat la proposât ou que le peuple la résolût, cet examen d'équité précédait toujours. Quand la justice de la guerre était reconnue, le sénat prenait ses mesures pour l'entreprendre ; mais on envoyait avant toutes choses redemander dans les formes à l'usurpateur les choses injustement ravies, et on n'en venait aux extrémités qu'après avoir épuisé les voies de douceur. Sainte institution s'il en fut jamais, et qui fait honte aux chrétiens, à qui un Dieu venu au monde pour pacifier toutes choses n'a pu inspirer la charité et la paix. Mais que servent les meilleures institutions, quand enfin elles dégénèrent en pures cérémonies? La douceur de vaincre et de dominer corrompit bientôt dans les Romains ce que l'équité naturelle leur avait donné de droiture. Les délibérations des Féciaux ne furent plus parmi eux qu'une formalité inutile ; et, encore qu'ils exerçassent envers leurs plus grands ennemis des actions de grande équité, et même de grande clémence, l'ambition ne permettait pas à la justice de régner dans leurs conseils.
Au reste leurs injustices étaient d'autant plus dangereuses qu'ils savaient mieux les couvrir du prétexte spécieux de l'équité, et qu'ils mettaient sous le joug insensiblement les rois et les nations sous couleur de les protéger et de les défendre.
Ajoutons encore qu'ils étaient cruels à ceux qui leur ré-
1 Cic, de O/T; IH-