‹ Discours sur l'histoire universelleChapitre 317 sur 339 · Polyb., 1., Lxni · texte numérisé non relu

Polyb., 1., Lxni

étaient pas connues. Mais Polybe, que son étroite familiarité avec les Romains faisait entrer si avant dans le secret des alïaires, et qui observait de si près la politique romaine durant les guerres puniques, a été plus équitable que les autres Grecs, et a vu que les conquêtes de Rome étaient la suite d'un dessein bien entendu. Car il voyait les Romains du milieu de la mer Méditerranée porter leurs regards partout aux environs jusqu'aux Espagnes et jusqu'en Syrie ; observer ce qui s'y passait, s'avancer régulièrement et de proche en proche ; s'affermir avant que de s'étendre ; ne se point charger de trop d'affaires ; dissimuler quelque temps, et se déclarer à propos ; attendre qu'Annibal fût vaincu pour désarmer Philippe, roi de Macédoine, qui l'avait favorisé ; après avoir commencé l'affaire, n'être jamais las ni contents jusqu'à ce que tout fût fait ; ne laisser aux Macédoniens aucun moment pour se reconnaître, et, après les avoir vaincus, rendre par un décret public à la Grèce si longtemps captive la liberté à laquelle elle ne pensait plus ; par ce moyen répandre d'un côté la terreur, et de l'autre la vénération de leur nom: c'en était assez pour conclure que les Romains ne s'avançaient pas à la conquête du monde par hasard, mais par conduite *.

C'est ce qu'a vu Polybe dans le temps des progrès de Rome. Denys d'Halicarnasse, qui a écrit après l'établissement de l'empire et du temps d'Auguste, a conclu la même chose-, en reprenant dès leur origine les anciennes institutions de la république romaine, si propres de leur nature à former un peuple invincible et dominant. Vous en avez assez vu pour entrer dans les sentiments de ces sages historiens et poflr condamner Plutarque, qui, toujours trop passionné pour des Grecs, attribue à la seule fortune la grandeur romaine et à la seule vertu celle d'Alexandre ^.

Mais plus ces historiens font voir de dessein dans les conquêtes de Rome, plus ils y montrent d'injustice. Ce vice est inséparable du désir de dominer, qui aussi pour cette raison est justement condamné par les règles de l'Évangile. Mais

1. Cf. Montesquieu, O^-andeur et Décadence des Romains, ch. vi: t De la conduite que les Romains tinrent pour soumettre les peuples B.

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