‹ Discours sur l'histoire universelleChapitre 42 sur 339 · NEUVIÈME ÉPOQUE · texte numérisé non relu

NEUVIÈME ÉPOQUE

SCIPION, OU GARTHAGE VAINGUE.

L'an 552 de la fondation de Rome, environ deux cent cinquante ans après celle de la monarchie des Perses, et deux cents ans avant Jésus-Ghrist, Garthage fut assujettie aux Romains. Annibal ne laissait pas sous main de leur susciter des ennemis partout où il pouvait ; mais il ne iit qu'entraîner tous ses amis anciens et nouveaux dans la ruine de sa patrie et dans la sienne. Par les victoires du consul Flaminius (556-198), Philippe, roi de Macédoine, allié des Carthaginois, fut abattu, les rois de Macédoine réduits à l'étroit, et la Grèce affranchie de leur joug (558 — 196). Les Romains entreprirent de faire périr Annibal, qu'ils trouvaient encore redoutable après sa perte. Ge grand capitaine, réduit à se sauver de son pays (559-193), remua l'Orient contre eux et attira leurs armes en Asie. Par ses puissants raisonnements, Antiochus, surnommé le Grand, roi de Syrie, devint jaloux de leur puissance et leur fit la guerre (561-193) ; mais il ne suivit pas en la faisant les conseils d'Annibal qui l'y avait engagé. Battu par mer et par terre, il reçut la loi que lui imposa le consul Lucius Scipion, frère de Scipion l'Africain, et il fut renfermé dans le mont Taurus. Annibal, réfugié chez Prusias, roi de Bithynie, échappa aux Romains par le poison (572 — 182). Ils sont redoutés par toute la terre, et ne veulent plus souffrir d'autre puissance que la leur. Les rois étaient obligés de leur donner leurs enfants pour otages de leur foi. Antiochus, depuis appelé l'Illustre ou Épiphanes, second fils d'Antiochus le Grand, roi de Syrie, demeura longtemps à Rome en cette qualité ; mais, sur la fin du règne de Séleucus Philopator, son frère aîné, il fut rendu (578 — 176), et les Romains voulurent avoir à sa place Démé-

trius Soter, fils du roi, alors âgé de dix ans. Dans ce contretemps, Séleucus mourut, et Antiochus usurpa le royaunide son neveu (579 — 175). Les Romains étaient appliqués aux alTaires de la Macédoine (581 — 173), où Persée inquiétait st'^ voisins et ne voulait plus s'en tenir aux conditions imposées au roi Philippe, son père.

Ce fut alors que commencèrent les persécutions du peuple de Dieu. Antiochus l'Illiistre régnait comme un furieux ; il tourna toute sa fureur contre les Juifs, et entreprit de ruiner le temple, la loi de Moïse et toute la nation (583 — 171). L'autorité des Romains l'empêcha de se rendre maître de lÉgypte. Ils faisaient la guerre à Persée, qui, plus prompt à entreprendre qu'à exécuter, perdait ses alliés par son avarice, et ses armées par sa lâcheté. Vaincu par le consul Paul Emile (586—168), il fut contraint de se livrer entre ses mains. Gentius, roi de riUyrie, son allié, abattu en trente jours par le préteur Anicius, venait d'avoir un sort semblable. Le royaume de Macédoine, qui avait duré sept cents ans, et avait près de deux cents ans donné des maîtres non seulement à la Grèce, mais encore à tout l'Orient, ne fut plus qu'une province romaine. Les fureurs d'Antiochus s'augmentaient contre le peuple de Dieu (587 — 167). On voit paraître alors la résistance de Mathatias, sacrificateur, de la race de Phinées et imitateur de son zèle ; les ordres qu'il donne en mourant pour le salut de son peuple (588—166); les victoires de Judas le Machabée, son tîls, malgré le nombre infini de ses ennemis (589 — 165) ; l'élévation de la famille des Asmonéens, ou des Machabées ; la nouvelle dédicace du temple (590 — 16i) que les gentils avaient profané, le gouvernement de Judas, et la gloire du sacerdoce rétablie; la mort d'Antiochus digne de son impiété et de son orgueil; sa fausse conversion durant sa dernière maladie, et l'implacable colère de Dieu sur ce roi superbe. Son fils Antiochus Eupator encore en bas âge lui succéda, sous la tutelle de Lysias, son gouverneur. Durant cette minorité, Déraétrius Soter, qui était en otage à Rome, crut se pouvoir rétablir; mais il ne put obtenir du sénat d'être renvoyé dans son royaume : la politique romaine aimait mieux un roi enfant.

Sous Antiochus Eupator, la persécution du peuple de Dieu et les victoires de Judas le Machabée continuent (591 — 163). La division se met dans le royaume de Syrie (592 — 162). Démétrius s'échappe de Rome ; les peuples le reconnaissent;

le jeune Antiochus est tué avec Ljsias, son tuteur. Mais les Juifs ne sont pas mieux traités sous Démétrius que sous ses prédécesseurs; il éprouve le même sort; ses généraux sont battus par Judas le Machabée ; et la main du superbe Nicanor, dont il avait si souvent menacé le temple, y est attachée. Mais un peu après, Judas, accablé par la multitude, fut tué en combattant avec une valeur étonnante (593 — 161). Son frère Jonathas succède à sa charge, et soutient sa réputation. Réduit à l'extrémité, son courage ne l'abandonna pas. Les Romains, ravis d'humilier les rois de Syrie, accordèrent aux Juifs leur protection ; et l'alliance que Judas avait envoyé leur demander fut accordée, sans aucun secours toutefois ; mais la gloire du nom romain ne laissait pas d'être un grand support au peuple affligé.

Les troubles de la Syrie croissent tous les jours. Alexandre Balas, qui se vantait d'être fils d'Antiochus l'Illustre, fut mis sur le trône par ceux d'Antioche (600-154). Les rois d'Egypte, perpétuels ennemis de la Syrie, se mêlaient dans ces divisions pour en profiter. Ptolémée Philométor soutint Balas. La guerre fut sanglante : Démétrius Soter y fut tué (604- 150), et ne laissa pour venger sa mort que deux jeunes princes encore en bas âge, Démétrius Nicator et Antiochus Sidétès. Ainsi l'usurpateur demeura paisible, et le roi d'Egypte lui donna sa fille Cléopâtre en mariage. Balas, qui se crut au-dessus de tout, se plongea dans la débauche et s'attira le mépris de tous ses sujets.

En ce temps Philométor jugea le fameux procès que les Samaritains firent aux Juifs (604 — 150)^Ces schismatiques, toujours opposés au peuple de Dieu, ne manquaient point de se joindre à leurs ennemis, et, pour plaire à Antiochus l'Illustre, leur persécuteur, ils avaient-consacré leur temple de Garizim (587 — 167) à Jupiter Hospitalier^. Malgré cette profanation, ces impies ne laissèrent pas de soutenir quelques temps après à Alexandrie, devant Ptolomée Philométor, que ce temple devait l'emporter sur celui de Jérusalem. Les parties contestèrent devant le roi, et s'engagèrent de part^et d'autre, à peine de la^vie, à justifier leurs prétentions'par les termes de la loi de Moïse ^. Les Juifs gagnèrent leur cause et les Samaritains furent punis de mort ^elon la cou-

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