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à céder. La Sicile ravie de leurs mains, la Sardaigne injustement enlevée et le tribut augmenté leur tenaient au cœur. Ainsi la faction qui voulait qu'on abandonnât Annibal se trouva faible.
Ce général songeait à tout. De secrètes ambassades l'avaient assuré des Gaulois d'Italie, qui n'étant plus en état de iien entreprendre parleurs propres forces, embrassèrent cette occasion de se relever. Annibal traverse l'Èbre, les Pyrénées, toute la Gaule Transalpine, les Alpes, et tombe comme en un moment sur l'Italie. Les Gaulois ne manquent point de fortifier son armée, et font un dernier effort pour leur liberté. Quatre batailles perdues (536 — 2i8, 537 — 217, ^38 — 216) font croire que Rome allait tomber. La Sicile prend le parti du vainqueur. Hiéronyme, roi de Syracuse, se déclare contre les Romains (539 — 215) : presque toute l'Italie les abandonne, et la dernière ressource de la république semble périr en Espagne avec les deux Scipions (542 — 212). Dans de telles extrémités, Rome dut son salut à trois grands hommes. La constance de Fabius Maximus, qui, se mettant au-dessus des bruits populaires, faisait la guerre en retraite, fut un rempart à sa patrie. Marcellus, qui fit lever le siège de Noie (540 — 214) et prit Syracuse (542 — 212), donnait vigueur aux troupes par ses actions. Mais Rome, qui admirait ces deux grands hommes, crut voir dans le jeune Scipion quelque chose de plus grand. Les merveilleux succès de ses conseils confirmèrent l'opinion qu'on avait qu'il était de race divine et qu'il conversait avec les dieux ^ A l'âge de vingt-quatre ans il entreprend d'aller en Espagne (543 — 211). où son père et son oncle venaient de périr : il attaque Carthage la Neuve (544 — 210) comme s'il eût agi par inspiration, et ses soldats l'emportent d'abord. Tous ceux qui le voient sont gagnés au peuple romain; les Carthaginois lui quittent l'Espagne^ (548 — 206); à son abord en Afrique, les rois se donnent à lui ; Carthage tremble à son tour, et voit ses armées défaites (531 — 203); Annihal, victorieux durant seize ans, est vainement rappelé, et ne peut défendre sa patrie: Scipion y donne la loi (552 — 202) ; le nom d'Africain est sa récompense; le peuple romain, ayant abattu les Gaulois et
4. Conversait amec les dieiuv, avait des relations avec les dieux. 2. Lui quittent l'Espagne^ lui font l'abandon de l'Espagne.
58 PARTIE I, EPOQUE Vm
les Africains ne voit plus rien à craindre et combat dorénavant sans péril.
Au milieu de la première guerre punique, Théodote, gouverneur de la Bactrienne, enleva (504 — 250) mille villes à Antiochus appelé le Dieu, fils d'Antiochus Soter, roi de Syrie. Presque tout l'Orient suivit cet exemple. Les Parthes se révoltèrent sous la conduite d'Arsace, chef de la maison des Arsacides et fondateur d'un empire qui s'étendit peu à peu dans toute la haute Asie.
Des rois de Syrie et ceux d'Egypte, acharnés les uns contre les autres, ne songeaient qu'à se ruiner mutuellement ou par la force ou par la fraude, Damas et son territoire, qu'on appelait la Cœlé-Syrie, ou la Syrie basse, et qui confinait aux deux royaumes, fut le sujet de leurs guerres, et les affaires de l'Asie étaient entièrement séparées de celles de l'Europe.
Durant tous ces temps la philosophie florissait dans la Grèce. La secte des philosophes Italiques et celle des Ioniques la remplissaient de grands hommes, parmi lesquels il se mêla beaucoup d'extravagants à qui la Grèce curieuse ne laissa pas de donner le nom de philosophes. Du temps de Cyrus et de Cambyse, Pythagore commença la secte Italique dans la Grande-Grèce, aux environs de Naples. A peu près dans le même temps Thaïes, milésien, forma la secte Ionique. De là sont sortis ces grands philosophes, Heraclite, Démocrite, Empédocle, Parménides; Anaxagore, qui un peu avant la guerre du Péloponèse, fit voir le monde construit par un esprit éternel; Socrate, qui un peu après ramena la philosophie à l'étude des bonnes mœurs, et fut le père de la philosophie morale; Platon, son disciple, chef de l'Académie; Aristote, disciple de Platon et précepteur d'Alexandre, chef des Péripatéticiens; sous les successseurs d'Alexandre, Zenon, nommé Cittien, d'une ville de l'île de Chypre où il était né, chef des stoïciens; et Épicure, athénien, chef des philosophes qui portent son nom, si toutefois on peut nommer philosophes ceux qui niaient ouvertement la Providence et qui, ignorant ce que c'est que le devoir, définissaient la vertu par le plaisir. On peut compter parmi les plus grands philosophes Hyppocrate, le père de la médecine, qui éclata au milieu des autres dans ces heureux temps de la Grèce. Les Romains avaient dans le même temps une autre espèce de philosophie, qui ne consistait point en disputes ni en
discours, mais dans la frugalité, dans la pauvreté, dans les travaux de la vie rustique et dans ceux de la guerre, où ils faisaient leur gloire de celle de leur patrie et du nom romain, ce qui les rendit enfin maîtres de l'Italie et de Garthage,