‹ Discours sur l'histoire universelleChapitre 46 sur 339 · Nie. Daiuasc, apud Jos., Ant.Jud., Ub. XUI, c. xvi · texte numérisé non relu

Nie. Daiuasc, apud Jos., Ant.Jud., Ub. XUI, c. xvi

SCIPION &ô

mais, loin de désespérer de ses affaires, il crut que son prisonnier lui servirait à les rétablir et à envahir la Syrie. Dans cette conjecture, Démétrius éprouva un sort bizarre. Il fut souvent relâché, et autant de fois retenu, suivant que l'espérance ou la crainte prévalaient dans l'esprit de son beaupère; enfin un moment heureux où Phraate ne vit de ressource que dans la diversion qu'il voulait faire en Syrie par son moyen le mit tout à fait en liberté. A ce moment le sort tourna (624 — 130) : Sidétès, qui ne pouvait soutenir ses effroyables dépenses que par des rapines insupportables, fut accablé tout d'un coup par un soulèvement général des peuples, et périt avec son armée tant de fois victorieuse. Ce fut en vain que Phraate fit courir après Démétrius ; il n'était plus temps; ce prince était rentré dans son royaume. Sa femme Cléopâtre, qui ne voulait que régner, retourna bientôt avec lui. et Rodogune fut oubliée.

Hyrcan profita du temps : il pritSichem aux Samaritains, et renversa de fond en comble le temple de Garizim, deux cents ans après qu'il avait été bâti par Sanabalat. Sa ruine n'empêcha pas les Samaritains de continuer leur culte sur cette montagne, et les deux peuples demeurèrent irréconciliables. L'année d'après toute l'Idumée, unie par les victoires d'Hyrcan au royaume de Judée, reçut la loi de Moïse avec la circoncision (625 — 129). Les Romains continuèrent leur protection à Hyrcan, et lui firent rendre (626 — 128) les villes que les Syriens lui avaient ôtées.

L'orgueil et les violences de Démétrius Nicator ne laissèrent pas la Syrie longtemps tranquille. Les peuples se révoltèrent. Pour entretenir leur révolte, l'Egypte ennemie leur donna un roi (629 — 125) : ce fut Alexandre Zebina, fils de Balas. Démétrius fut battu, et Cléopâtre, qui crut régner plus absolument sous ses enfants que sous son mari, le fit périr. Elle ne traita pas mieux son fils aîné Séleucus, qui voulait régner malgré elle (630 — 124). Son second fils Antiochus, appelé Grypus, avait défait les rebelles et revenait victorieux : Cléopâtre lui présenta en cérémonie la coupe empoisonnée, que son fils, averti de ses desseins pernicieux, lui fit avaler (633 — 121). Elle laissa en mourant une semence éternelle de divisions entre les enfants qu'elle avait eus des deux frères Démétrius Nicator et Antiochus Sidétès. La Syrie, ainsi agitée, ne fut plus en état de troubler les Juifs. Jean Hyrcan prit Samarie (645 — 109), et ne put convertir

les Samaritains. Cinq ans après il mourut (650 — 104) : la Judée demeura paisible à ses deux enfants, Aristobule et Alexandre Jannée, qui régnèrent l'un après l'autre (651 — 103) sans être incommodés des rois de Syrie.

Les Romains laissaient ce riche royaume se consumer par lui-même, et s'étendaient du côté de l'Occident. Durant les guerres de Démétrius Nicator et de Zebina (629 — 125), ils commencèrent à s'étendre au delà des Alpes ; et Sextius, vainqueur des Gaulois nommés Saliens (630 — 124), établit dans la ville d'Aix une colonie qui porte encore son nom. Les Gaulois se défendaient mal. Fabius dompta les Allobroges (631 — 123) et tous les peuples voisins ; et la même année (633 — 121) que Grypus fit boire à sa mère le poison qu'elle lui avait préparé, la Gaule Narbonnaise réduite en province reçut le nom de province romaine. Ainsi l'empire romain s'agrandissait et occupait peu à peu toutes les terres et toutes les mers du monde connu. Mais, autant que la face de la république paraissait belle au dehors par les conquêtes, autant était-elle défigurée par l'ambition désordonnée de ses citoyens et par ses guerres intestines. Les plus illustres des Romains devinrent les plus pernicieux au bien public. Les deux Gracques, en flattant le peuple, commencèrent des divisions qui ne finirent qu'avec la république. Caïus, frère de Tibérius, ne put souffrir qu'on eût faitmoulir un si grand homme d'une manière tragique. Animé à la vengeance par des mouvements qu'on crut inspirés par l'ombre de Tibérius, il arma tous les citoyens les uns contre les autres ; et, à la veille de tout détruire, il périt d'une mort semblable à celle qu'il voulait venger. L'argent faisait tout à Rome. Jugurtha, roi de Numidie, souillé du meurtre de ses frères (635, 640, 641), que le peuple romain protégeait, se défendit plus longtemps par ses largesses que par ses armes; et Marins, qui acheva de le vaincre (648 — 106), ne put parvenir au commandement qu'en animant le peuple contre la noblesse.

Les esclaves armèrent encore une fois dans la Sicile (651 — 103), et leur seconde révolte ne coûta pas moina de sang aux Romains que la première. Marins battit (652 — 102) les Teutons, les Cimbres et les autres peuples du Nord qui pénétraient dans les Gaules, dans l'Espagne et dans l'Italio. Les victoires qu'il en remporta furent une occasion de proposer de nouveaux partages de terre (654 — 100): Mctellus,

qui s'y opposait, fut contraint de céder au temps, et les divisions ne furent éteintes que par le sang de Saturninus, tribun du peuple. Pendant que Rome protégeait (660 — 94; 665 — 88) la Cappadoce contre Mithridale, roi de Pont, et qu'un si grand ennemi cédait aux forces romaines avec la Grèce qui était entrée dans ses intérêts (668 — 86), l'Italie, exercée aux armes par tant de guerres soutenues ou contre les Romains, ou avec eux, mit leur empire en péril par une révolte universelle (663 — 91). Rome se vit déchirée dans les mêmes temps par les fureurs de Marins et de Sylla (666, 667 et suiv.), dont l'un avait fait trembler le Midi et le Nord, et l'autre était vainqueur de la Grèce et de l'Asie. Sylla, qu'on nommait l'Heureux, le fut trop contre sa patrie, que sa dictature tyrannique mit en servitude (672 — 82). Il put bien quitter volontairement la souveraine puissance (675 — 79) ; mais il ne put empêcher l'effet du mauvais exemple. Chacun voulut dominer. Sertorius, zélé partisan de Marins, se cantonna dans TEspagne (680— 74) et se ligua avec Mithridate (68t — 73). Contre un si grand capitaine, la force fut inutile, et Pompée ne put réduire ce parti qu'en y mettant la division. Il n'y eut pas jusqu'à Spartacus, gladiateur, qui ne crut pouvoir aspirer au commandement. Cet esclave ne lit pas moins de peine * aux préteurs et aux consuls que Mithridate en faisait à Lucullus (683 — 71). La guerre des gladiateurs devint redoutable à la puissance romaine : Grassus avait peine à la finir, et il fallut envoyer contre eux le grand Pompée.

Lucullus prenait le dessus en Orient (686 — 68). Les Romains passèrent l'Euphrate ; mais leur général, invincible contre l'ennemi, ne put tenir dans le devoir ses propres soldats. Mithridate, souvent battu sans jamais perdre courage, se relevait; et le bonheur de Pompée semblait nécessaire à terminer cette guerre. Il venait de purger les mers des pirates qui les infestaient (687 — 67) depuis la Syrie jusqu'aux colonnes d'Hercule, quand il fut envoyé contre Mithridate. ^Sa gloire parut alors élevée au comble. Il achevait de soumettre ce vaillant roi, l'Arménie où il s'était réfugié, Tlbérie et l'Albanie qui le soutenaient (689 — 65), la Syrie déchirée par ses factions, la Judée (691-63) où la division des Asmonéens ne laissa à Hyrcan II, fils d'Alexandre Jannée, qu'une

i.Neflipas moins de peine, ne donna pas moins de maL

ombre de puissance, et enfin tout l'Orient ;mais il n'eût paâ eu où triompher de tant d'ennemis sans le consul Cicéron, qui sauvait la ville des feux que lui préparait Calilina suivi de la plus illustre noblesse de Rome. Ce redoutable parti fut ruiné par l'éloquence de Cicéron plutôt que par les armes de C. Antonius, son collègue.

La liberté du peuple romain n'en fut pas plus assurée. Pompée régnait dans le Sénat, et son grand nom le rendait maître absolu de toutes les délibérations. Jules César, en domptant les Gaules (696 et suiv. — 58), fit à sa patrie la plus utile conquête qu'elle eût jamais faite. Un si grand ser- Tice le mit en état d'établir sa domination dans son pays. Il Toulut premièrement égaler, et ensuite surpasser Pompée.

Les immenses richesses de Crassus lui firent croire qu'il pourrait partager la gloire de ces deux grands hommes, comme il partageait leur autorité. Il entreprit témérairement (700— 54) la guerre contre les Parthes, funeste à lui et à sa patrie (701 — 53). Les Arsacides vainqueurs insultèrent par de cruelles railleries à l'ambition des Romains et à l'avarice insatiable de leur général. Mais la honte du nom romain ne fut pas le plus mauvais effet de la défaite de Crassus. Sa puissance contrebalançait celle de Pompée et celle de César, qu'il tenait unis comme malgré eux. Par sa mort, la digue qui les retenait fut rompue. Les deux rivaux, qui avaient en main toutes les forces delà république, décidèrent leur querelle à Pharsale (705 — 49) par une bataille sanglante. César victorieux parut en un moment par tout l'univers, en Egypte (706 — 48), en Asie (707—47), en Mauritanie (708 — 46), en Espagne (709 — 45). Vainqueur de tous côtés, il fut reconnu comme maître (710 — 44) à Rome et dans tout l'empire. liiutus et Cassius crurent affranchir leurs citoyens en le tuant comme un tyran malgré sa clémence.

Rome retomba (711—43) entre les mains de Marc-Antoine, de Lépide et du jeune César Octavien, petit-neveu de Jules César et son fils par adoption, trois insupportables tyrans dont le triumvirat et les proscriptions font encore horreur en les lisant. Mais elles furent trop violentes pour durer longtemps. Ces trois hommes partagent l'empire. César garde l'Italie, et, changeant incontinent en douceur ses premières cruautés, il fait croire qu'il y a été entraîné par ses collègues. Les restes de la république périssent avec

firutus et Cassius (712 — 42). Antoine et César, après avoir ruiné Lépide (713 — 36), se tournent l'un contre l'autre (722—32). Toute la puissance romaine se met sur la mer. César gagne la bataille Actiaque (723 — 31); les forces de lÉgypte et de l'Orient, qu'Antoine menait avec lui, sont dissipées ; tous ses amis l'abandonnent, et même sa Gléopàtre pour laquelle il s'était perdu. Hérode iduméen, qui lui devait tout, est contraint de se donner au vainqueur (724 — 30), et se maintient par ce moyen dans la possession du royaume de Judée, que la faiblesse du vieux Hyrcan avait fait perdre entièrement aux Asmonéens. Tout cède à la fortune de César : Alexandrie lui ouvre ses portes ; l'Egypte devient une province romaine ; Cléopàtre, qui désespère de la pouvoir conserver, se tue elle-même après Antoine ; Rome tend les bras à César, qui demeure, sous le nom d'Auguste (727 — 27) et sous le titre d'empereur, seul maître de tout l'empire. Il dompte (730 — 24) vers les Pyrénées les Cantabres et les Asturiens révoltés ; l'Ethiopie lui demande la paix (732 — 22) ; les Parthes épouvantés lui j-envoient (734 — 20) les étendards pris sur Crassus avec tous les prisonniers romains ; les Indes recherchent son alliance ; ses armes se font sentir aux Rhètes ou Grisons, que leurs montagnes ne peuvent défendre (739 — 15) ; la Pannonie le reconnaît (742—12) ; la Germanie le redoute (747 — 7), et le Weser reçoit ses lois. Victorieux par mer et par terre, il ferme le temple de Janus. Tout l'univers vit en paix sous sa puissance, et Jésus-Christ vient au monde (753, 754).

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