DE CET OUVRAGE
royaume, ce que le royaume est dans^ -l'Europe, et ce que l'Europe est dans l'univers.
Ainsi les histoires particulières représentent la suite des choses qui sont arrivées à un peuple dans tout leur détail : afin de tout entendre, il faut savoir le rapport que chaque histoire peut avoir avec les autres, ce qui se fait par un abrégé où l'on voit comme d'un coup d'oeil tout l'ordre des temps.
Un tel abrégé, Monseigneur, vous propose un grand spectacle. Vous voyez tous les siècles précédents se développer, pour ainsi dire, en peu d'heures devant vous; vous voyez comme les empires se succèdent les uns aux autres, et comme la religion de ces différents états se soutient également depuis le commencement du monde jusqu'à notre temps.
C'est la suite de deux choses, je veux dire celle de la religion et celle des empires, que vous devez imprimer dans votre mémoire; et, comme la religion et le gouvernement politique sont les deux points sur lesquels roulent les choses humaines, voir ce qui regarde ces choses renfermé dans un abrégé, et en découvrir par ce moyen tout l'ordre et toute la suite, c'est comprendre dans sa pensée tout ce qu'il y a de grand parmi les hommes, et tenir, pour ainsi dire, le fil de toutes les affaires de l'univers.
Comme donc, en considérant une carte universelle, vous sortez du pays oîi vous êtes né, et du lieu qui vous renferme, pour parcourir toute la terre habitable, que vous embrassez par la pensée avec toutes ses mers et tous ses pays; ainsi, en considérant l'abrégé chronologique, vous sortez (les bornes étroites de votre âge, et vous vous étendez dans tous les si-'-'cles.
Mais, d j même que, pour aider sa mémoire dans la connaissance des lieux, on retient certaines villes principales autour desquelles on place les autres, chacune selon sa distance ; ainsi, dans l'ordre des siècles, il faut avoir certains temps marqués par quelque grand événement auquel on rapporte tout le reste.
C'est ce qui s'appelle Époque, d'un mot grec qui signifie s'arrêter, parce qu'on s'arrête là, pour considérer comme d'un lieu de repos tout ce qui est arrivé devant ou après, et éviter par ce moyen les anachronismes, c'est-à-dire cette sorte d'erreur qui fait confondre les temps.