Lêvit., XX
qui était troublé par le sentiment de son crime et regardait la Divinité comme ennemie, crut ne pouvoir l'apaiser par les victimes ordinaires. Il fallut verser le sang humain avec celui des bêtes ; une aveugle frayeur poussait les pères à immoler leurs enfants et à les brûler à leurs dieux au lieu d'encens. Ces sacrifices étaient communs dès le temps de Moïse, et ne faisaient qu'une partie de ces horribles iniquités des Amorrhéens dont Dieu commit la vengeance aux Israélites.
Mais ils n'étaient pas particuliers à ces peuples. On sait que dans tous les peuples du monde, sans en excepter aucun, les hommes ont sacrifié leurs semblables*, et il n'y a point eu d'endroit sur la terre où on n'ait servi de ces tristes et affreuses divinités, dont la haine implacable pour le genre humain exigeait de telles victimes.
Au milieu de tant d'ignorances, l'homme vint à adorer jusqu'à l'œuvre de ses mains. 11 crut pouvoir renfermer l'esprit divin dans des statues, et il oublia si profondément que Dieu l'avait fait qu'il crut à son tour pouvoir faire un Dieu. Qui le pourrait croire, si l'expérience ne nous faisait voir qu'une erreur si stupide et si brutale n'était pas seulement la plus universelle, mais encore la plus enracinée et la plus incorrigible parmi les hommes? Ainsi il faut reconnaître, à la confusion du genre humain, que la première des vérités, celle que le monde prêche, celle dont l'impression est la plus puissante, était la plus éloignée de la vue des hommes. La tradition qui la conservait dans leurs esprits, quoique claire encore et assez présente, si on y eût été attentif, était prête à s'évanouir; des fables prodigieuses et aussi pleines d'impiété que d'extravagance prenaient sa place. Le moment était venu où la vérité, mal gardée dans la mémoire des hommes, ne pouvait plus se conserver sans être écrite ; et, Dieu ayant résolu d'ailleurs de former son peuple à la vertu par des lois plus expresses et en plus grand nombre, il* résolut en même temps de les donner par écrit.
i. Hérod., lib. Il; Caes., de Bello Oall., lib. VI; Diod., lib. 1, V • Plin.. lib. XXX; Athen., lib. XIII ; Porph., de Abstiyi., lib. II ; Jorn., de Reb., Oet., etc.
S. Dieu ayant résolu... il. Répétition du sujet, nécessitée parl'éloignement du mot Dieu.
Moïse fut appelé à cet ouvrage. Ce grand homme recueillit l'histoire des siècles passés : celle d'Adam, celle de Noé, celle d'Abraham, celle d'Isaac, celle de Jacob, celle de Joseph, ou plutôt celle de Dieu même et de ses faits admirables.
Il ne lui fallut pas déterrer de loin les traditions de ses ancêtres. Il naquit cent ans après la mort de Jacob. Les vieillards de son temps avaient pu converser plusieurs années avec ce saint patriarche : la mémoire de Joseph et des merveilles que Dieu avait faites par ce grand ministre des rois d'Egypte était encore récente. La vie de trois ou quatre hommes remontait jusqu'à Noé, qui avait vu les enfants d'Adam et touchait, pour ainsi parler, à l'origine des choses.
Ainsi les traditions anciennes du genre humain et celles de la famille d'Abraham n'étaient pas malaisées à recueillir : la mémoire en était vive * ; et il ne faut pas s'étonner si Moïse dans sa Genèse parle des choses arrivées dans les premiers siècles comme de choses constantes, dont même on voyait encore et dans les peuples voisins et dans la terre de Chanaan des monuments remarquables.
Dans le temps qu'Abraham, Isaac et Jacob avaient habité cette terre, ils y avaient érigé partout des monuments des choses qui leur étaient arrivées. On y montrait encore les lieux où ils avaient habité ; les puits qu'ils avaient creusés dans ces pays secs pour abreuver leur famille et leurs troupeaux ; les montagnes où ils avaient sacrifié à Dieu, et où il leur était apparu ; les pierres qu'ils avaient dressées ou entassées pour servir de mémorial* à la postérité; les tombeaux où reposaient leurs cendres bénites. La mémoire de ces grands hommes était récente, non seulement dans tout le pays, mais encore dans tout l'Orient, où plusieurs nations célèbres n'ont jamais oublié qu'elles venaient de leur race.
Ainsi, quand le peuple hébreu entra dans la Terre promise, tout y célébrait leurs ancêtres ; et les villes, et les montagnes, et les pierres mêmes, y parlaient de ces hommes merveilleux, et des visions étonnantes par lesquelles
l.Nons dirions aujcnrd'hui vivante.