‹ Discours sur l'histoire universelleChapitre 19 sur 55 · IS., XIII, XIV, XXI, XLV, XLVI, XLVII, XLVIII · texte numérisé non relu

IS., XIII, XIV, XXI, XLV, XLVI, XLVII, XLVIII

2 Id., xLiv, XLV. — ^ Jer., xxv, 11, 12; xxix, 10. ^ Dan., 11, iC}. — ' !()., iv, 1 et seq.

19a HISTOIRE UNIVERSELLE.

forte et la plus belle que le soleil eût jamais vue '. C'était là que Dieu l'attendait pour foudroyer son orgueil. Heureux et invulnérable, pour ainsi parler, à la tète de ses armées, et durant tout le cours de ses conquêtes ^, il devait périr dans sa maison, selon Toracle d'ÉzécliieP. Lorsque, admirant sa grandeur et la beauté de Babylone , il s'élève audessus de l'humanité, Dieu le frappe , lui ôte Tesprit, et le range parmi les bétes. 11 revient au temps marqué pai' Daniel ', et reconnaît le Dieu du ciel , qui lui avait fait sentir sa puissance : mais ses successeurs ne profitent pas de son exemple. Les affaires de Babylone se brouillent, et le temps marqué par les prophéties pour le rétablissement de Juda arrive parmi tous ces troubles. Cyrus paraît à la tête des Mèdes et des Perses ^ : tout cède à ce redoutable conquérant. Il s'avance lentement vers les Chaldéens, et sa marche estsouvent interrompue. Les nouvelles de sa venue viennent de loin en loin, comme avait prédit Jérémie ' : enfin il se détermine. Babylone, souvent menacée par les prophètes , et toujours superbe et impénitente, voit arriver son vainqueur qu'elle méprise. Ses richesses , ses hautes murailles , son peuple innombrable, sa prodigieuse enceinte, qui enfermait tout un grand pays, comme l'attestent tous les anciens ', et ses provisions infinies, lui enflent le cœur. Assiégée durant un long temps sans sentir aucune incommodité, elle se rit de ses ennemis et des fossés que Cyrus creusait autour d'elle : on n'y parle que de festins et de réjouissances. Son roi Baltazar, petit-iils de Nabuchodonosor , aussi superbe que lui, mais moins habile, fait une fête solennelle à tous les seigneurs'. Cette fête est célébrée avec des excès inouïs.

* Dan., IV, 20 et scq. — ''• J(m., xwn. — ^ Ëzoch., xxi, 30. '• Dan., IV, :U.

5 Herod., lib. i, c. 177; Xoiioph., CyropaMl., lil). u , m, etc. e Jcr., Ll, 40.

' Herod., lib. I, c. 178, etc.; Xonop-Ii. . rMopcd.. lii», vu: \rist., Polit., lib. m, cap. 3. — * Dan., v.

LA SlïlE DE \A UELIGIOX. 10r>

Baltazar fait apporter les vaisseaux sacrés enlevés du temple de Jérusalem , et mêle la profanation avec le luxe. La colère de Dieu se déclare : une main céleste écrit des paroles terribles sur la muraille de la salle où se faisait le festin ; Daniel en interprète le sens; et ce prophète, qui avait prédit la chute funeste de Taieul, fait voir encore au pelitfils la foudre qui va partir pour l'accabler.

En exécution du décret de Dieu, Cyrus se fait tout à coup une ouverture dansBabylone. L'Euphrate, détourné dans les fossés qu'il lui préparait depuis si long-temps, lui découvre son lit immense : il entre par ce passage imprévu. Ainsi fut livrée, en proie aux Mèdes et aux Perses^ et à Cyrus^ comme avaient dit les prophètes, cette superbe Bahylonc '\ Ainsi périt avec elle le royaume des Chaldéens, qui avait détruit tant d'autres royaumes ^; et ic marteau qui avait brise tout V univers fut brisé lui-même, Jérémie l'avait prédit '. Le Seigneur rompit la verge dont il avait frappé tant de nations. îsaïe l'avait prévu'. Les peuples, accoutumés au joug des rois chaldéens, les voient eux-mêmes sous le joug : Fous voilà ^ dirent-ils \ blessés comme nous; vous êtes devenus semblables à nous ^ vous cjui disiez dans, votre cœur : J' élèverai mon trône au-dessus des astres f et je serai semblable au Très-Haut. C'est ce qu'avait prononcé le même Isaie. Elle tombe, elle tombe, comme l'avait dit ce prophète \ cette grande Babylonc^ et ses idoles sont brisées. Bel est renversé^ et Nabo ^ son grand dieu, d'oû les rois prenaient leur nom, tombe par terre ' : car les Perses leurs ennemis, adorateurs du soleil, ne souffraient point les idoles , ni les rois qu'on avait fait dieux. Mais comment périt cette Babylone? comme les prophètes l'avaient déclaré. Ses eaux furent desséchées^ comtne avait prédit Jérémie \ pour

1 Is., xm, 17; XXI, 2; xlv, xlvi, xlvu; Jer., u, 11, 28.

2 Is., XIV, 10, 17. — ^ Jer., L, 23. — •' Is., xiv, 5, 6. 5 Ibid., 10. — e ij.^ xxT, 9. — ' kl., xLvi, 1.

8 Id., L, 38; Li, U,

H)^) HTSTOIUK l MVKUSKLLF.

donner passage à son vainqueur; enivrée, endormie, trahie par sa propre joie, selon le même prophète, elle se trouva an pouvoir de ses ennemis, et prise comme dans un fUet sans te savoir \ On passe tous ses habitants au fil de Tépée : car les M elles ses vainqueurs, comme avait dit Isaie ^, ne cliev^ chalentniVor^ ni l'argent^ mais la vengeance, mais à assouvir leur haine par la perte d'un peuple cruel , que son orgueil faisait l'ennemi de tous les peuples du monde. Les courriers venaient l'un suj^ l'autre annoncer au roi que l'ennemi entrait dans la ville : Jérémio l'avait ainsi marqué \ Ses astrologues, en qui elle croyait, et qui lui promettaient un empire éternel, ne purent la sauver de son vainqueur. C'est Isaie et Jérémie qui l'annoncent d'un commun accord \ Dans cet effroyable carnage, les Juifs, avertis de loin, échappèrent seuls au glaive du victorieux '. Cyrus, devenu par cette conquête le maître de tout l'Orient, reconnaît dans ce peuple, tant de fois vaincu, je ne sais quoi de divin. Ravi des oracles qui avaient prédit ses victoires, il avoue qu'il doit son empire au Dieu du ciel que les Juifs servaient, et signale la première année de son règne par le rétablissement de son temple et de son peuple '.

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