‹ Discours sur l'histoire universelleChapitre 25 sur 55 · CHAPITRE Xiy · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xiy

Inîcrniption cl rétabllsseniciit de la paiv : dÎNision de ce peuple salni : perséculioii d'Antiochiis : tout cela prédit.

Elle semblait devoir être éternelle, s'ils ne l'eussent eiiKmêmes troublée par leurs dissensions. ïl y avait trois cents ans qu'ils jouissaient de ce repos tant prédit par leurs prophètes, quand l'ambition et les jalousies qui se mil ent parmi eux les pensèrent perdre. Quelques-uns des plus puissants trahiient leiu' peuple pour flatter les rois; ils voulurent se rendre illustres à la manière des Grecs, et préférèrent cette vaine pompe à la gloire solide que leur acquérait parmi leurs citoyens l'observance des lois de leurs ancêtres. Ils célébrèrent des jeux comme les Gentils *. Cette nouveauté éblouit les yeux du peuple, et Tidolàtrie, revêtue de cette magnificence, parut belle à beaucoup de Juifs. A ces changemenis se mêlèrent les disputes pour le souverain sacerdoce, (jui était la dignité principale de la nation. Les ambitieux s'attachaient aux rois de Syrie pour y parvenir, et cette dignité sacrée fut le prix de la llalterie de ces courtisans. Les jalousies et les divisions des particuliers ne tardèrent pas à causer, selon la coutume, de grands malheurs à tout le peuple et à la ville sainte. Alors arriva ce que nous avons remarqué (ju'avait prédit Zacharic": Jnda même combaitit contre Jérusalem , et cette ville fut trahie par ses citoyens. Antiochus l'Illustre, roi de Syrie, conçut le dessein de perdre ce peuple divisé, pour profiter de ses richesses. Ce prince parut alors avec tous les caractères que Daniel avait marqués': ambitieux, avare, artificieux, cruel, insolent ,

1 1 Mach.,i> 12, U»etc..;llMadi., ni.iv. 1, etc.: 11. i:.. 10, etc.

2 Zaclî., XIV, H. Voyez ci-dossns, oli. x.

a Dan., vu, 21; 2:.; viii , '.>, to. 11. r.>, t.\. -.>« . '.>:».

\A MHK \)K L\ IlEUGION. 211

impie, insensé , enflé de ses victoires, et puis irrilô de ses pertes *. Il entre dans Jérusalem en état de tout entreprendre : les factions des Juifs, et non pas ses propres forces ^ l'enhardissaient; et Daniel l'avait ainsi prévu '\ Il exerce des cruautés inouïes : son orgueil l'emporte aux derniers excès, et il vomit des blasphèmes contre le Très-IIautj comme l'avait prédit le même prophètes. En exécution de ces prophéties, Qlà cause des péchés du peuple^ la force lui est donnée contre le sacrifice perpétuel '. 11 profane le temple de Dieu, que les rois ses ancêtres avaient révéré : il le pille, et répare , par les richesses qu'il y trouve, les ruines de son trésor épuisé. Sous prétexte de rendre conformes les mœurs de ses sujets, et en elTet pour assouvir son avarice en pillant toute la Judée, il ordonne aux Juifs d'adorer les mômes dieux que les Grecs : surtout il veut qu on adore Jupiter Olympien, dont il place l'idole dans le temple même ' ; et, plus impie que Nabuchodonosor , il entreprend de détruire les fêtes , la loi de Moïse , les sacrifices, la religion, et tout le peuple. Mais les succès de ce prince avaient leurs bornes marquées par les prophéties. Mathatias s'oppose à ses violences, et réunit les gens de bien. Judas Machabée , son fils, avec une poignée de gens, fait des exploits inouïs, et purifie le temple de Dieu trois ans et demi après sa profanation, comme avait prédit Daniel \ Il poursuit les Iduméens et tous les autres Gentils qui se joignaient à Antiochus'; et leur ayant pris leurs meilleures places , il revient victorieux et humble, tel que l'avait vu Isaïe ', chantant les louanges de Dieu qui avait livré en ses mains les ennemis de son peuple, et encore tout

1 Polyb., lib. XXVI et xxxi in excerp, et apud Ath., lib. x.

2 Dan., VIII, 24. — • Jd., vu, 8, il, 25; viii, 25. '• Id., VIII, 11, 12, 13, 14.

^ I Mach., I, 43, 46, 57 ; II Macli., 6, 1, 2.

« Dan., VII, 25; xii; 7, 11; Jos., yVnt., lib. xii, cil, al. 5.

' Jos., de Belio Jud., Proi., et lib., I, cap. 1*

^ Is., lxiit; I Mach.; iv, 15; v, 3^ 26, 28, 36, 54,

l:>i HISIOIIli; l MMIISKLLK.

loui^e de le^I■^ani:. Il coiiliime ses Nicloins, mali^ré les aimées piocligicuses des capilaines dWiiliocliiis. Daniel n'avait donné que six ans ^ à ce prince injpie pour tourmenter le peuple de Dieu ; et voilà qu'au terme piélix il apprend à Ecbatane les faits héroïques de Judas "'. Il tombe dans une piofonde mélancolie, cl meurt, comme avait prédit le saint j)r0j)!iète , misérable , mais non de main d'homme ' , après avoir reconnu, n^ais trop tard, la puissance du Dieu d'Israël.

Je n'ai plus besoin de vous raconter de quelle s rte ses successeurs poursuivirent la guerre contre la Judée , ni la mort de Judas, son libérateur, ni les victoires de ses dvKw frères Jonatbas et Simon, successivement souverains pontifes, dont la valeui" rétablit la gloire ancienne du peuple de Dieu. Ces trois grands hommes virent les rois de Syrie et tous les peuples voisins conjurés contre eux; et ce qui était le plus déplorable, ils virent à diverses fois ceux de Juda même armés contre leur patrie et contre Jérusalem : chose inouïe jusqu'alors, mais, comme on a dit, expressément marquée par les prophètes '. Au milieu de tant de maux, la confiance qu'ils eurent en Dieu les rendit intrépides et invincibles. Le peuple fut toujours heureux sous leur con- .']uite; et enfin du temps de Simon, alTranchi du joug des Gentils, il se soumit à lui et à ses enfants, du consenlenuMil des rois de Syrie.

Mais l'acte jiar lequel le peuple de Dieu transporte à Simon toute la puissance j)ublique, et lui accoide les droits royaux, est rentai'quable. Le décret porte (|u'/7 m jouira

lui et sa poslèrilc, jascfiùi ce (/d'il ncnnc un fidèle el réi ilalde prophète .

Le peuple, accoutumé dès son oiigine à un gouvernemeni divin, et sachant que, depuis le temps que David avait éle

1 Dnii., vui, 11. — - 1 Mnih., vi; Il M;ioli., i\. — -^ Dan,, vui. !2:.. '' Zîich., \iv, 1 {; 1 Marli.. i. ri; ix, m, '2(>, 'il , 'i'i: wi ; li M.icji., IV, i'i cl s(',|. — ' 1 Macli., \iv, il.

LA SlITE l)K LA RKLKiTOY 2ir>

mis sur le trône par ordre de Dieu, la souveraine puissance appartenait à sa maison, à qui elle devait être à la fin rendue, au temps du Messie, quoique d'une manière plus mystéi'ieuse et plus haute qu'on ne l'attendait, mit expressément cette restriction ai pouvoir qu'il donna à ses pontifes, et continua de vivre sous eux dans l'espérance de ce Christ tant de fois promis.

(7est ainsi que ce royaume absolument libre usa de son droit, et pourvut à son gouvernennent. La postérité de Jacob, par la tribu de Juda et par les lestes qui se rangèrent sous ses étendards, se conserva en corps d'état, et jouit indéj)endamment et paisiblement de la terre qui lui avait été assignée.

La religion judaïque eut un grand éclat, et reçut de nouvelles marques de la protection divine. Jérusalem, assiégée et réduite à l'extrémilépar Antiochus Sidètes, roi de Syrie, fut délivrée de ce siège d'une manière admirable. Ce prince fut touché d'abord de voir un peuple affamé plus occupé de sa religion que de son malheur, et leur accorda une trêve de sept jours en faveur de la semaine sacrée de la fête des Tabernacles '. Loin d'inquiéter les assiégés durant ce saint temps, il leur envoyait avec une magnificence royale des victimes pour les immoler dans leur temple, sans se mettre en peine que c'était en même temps leur fournir des vivres dans leur extrême besoin. Selon la docte rejnarque des chronologistes ', les Juifs venaient alors de célébrer Tannée sabbatique ou de repos, c'est-à-dire, la septième année, où , comme parle Moïse \ la terre, qu'on ne semait point, devait se reposer de son travail ordinaire. Tout manquait dans la Judée, et le roi de Syrie pouvait d'un seul coup peidre tout un peuple qu'on lui fiiisait regarder comme toujours

' Joseph., Antiq., lih. xin, cap. 16, ai. 8; Plut., \popht. Hog. rt Inipor. Diod., lib. XXXIV, in cxcerptis Photii, Riblioth.. p. 1150. ^ AnnaL,tom. ii, ad an. 3870.

* E.vod., xxni, 10, 11; Levit.. xxv, i.

2Ui HTSTOTRE T NÏVERSELLE.

ennemi et toujours rebelle. Dieu, pour garantir ses enfants d'une perte si inévitable, n'envoya pas comme autrefois ses anges exterminateurs; mais ce qui n'est pas moins merveilleux, quoique d'une autre manière, il toucha le cœur du roi, qui, admirant la piété des Israélites, que nul péril n'avait détournés des observances les plus incommodes de leur religion, leur accorda la vie et la paix. Les prophètes avaient prédit que ce ne serait plus par des prodiges semblables à ceux des temps passés que Dieu sauverait son peuple, mais par la conduite d'une providence plus douce, qui toutefois ne laisserait pas d'être également efficace, et, à la longue, aussi sensible. Par un effet de celte conduite, Jean Hircan, dont la valeur s'était signalée dans les armées d'Antiochus, après la mort de ce prince, reprit l'empire de son pays.

Sous lui les Juifs s'agrandissent par des conquêtes considérables. Ils soumettent Samarie * (Ézéchiel et Jérémie l'avaient prédit) : ils domptent les ïduméens, les Philistins et les Ammonites , leurs pei'pétucls enncMiiis ", et ces peuples embrassent leur religion (Zacharie l'avait marqué) \ Enfin, malgré la haine el la jalousie dos peuples qui les environnent, sous l'autorité de leurs [)ontifes, qui deviennent enlin leurs rois, ils fondent le nouveau royaume des Asmonéens ou des Machabées, plus étendu que jamais, si on excepte les temps de David et de Salomon.

Voilà en quelle manière le j)ouple de Dieu subsista toujours parmi tant de changements ; et ce peuple , tantôt châtié, et tantôt consolé dans ses disgrAces, par les différents traitements qu'il reçoit selon ses mérites, rend un témoignage public à la Providence qui régit le monde.

1 Ezech., XVI.

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