II. LE DÉLUGE. l5 ^J
^es premiers temps , mais encore long-temps * "°° *' après, des vestiges manifestes de la nouveauté du monde. On voit les lois s'établir, ïes mœurs se polir, et les empires se former. Le genre humain sort peu à peu de Fignorance; lexpérience Tinstruit, et les arts sont inventés ou perfectionnés. A mesure que les hommes se multiplient , la terre se peuple de proche en proche ; on passe les montagnes et les précipices ; on traverse les fleuves , et enfin les mers ; et on établit de nouvelles habitations. La terre, qui n'é^ toit au commencement qu'une forêt inmiense, prend une autre forme ; les bois abattus font place aux champs, aux pâturages, aux hameaux, aux bourgades, et enfin aux villes. On s'instruit à prendre certains animaux, à apprivoiser les autres , et à les accoutumer au service. On eut d'abord à combattre les bêtes farouches. Les premiers héros se signalèrent dans ces guerres. Elles firent inventer les armes, que les hommes tournèrent après contre leurs semblables : Nem* rod , le premier guerrier et le premier conque rant, est appelé dans l'Écriture un fort chas-* seur '. Avec les animaux, l'homme sut encore adoucir les frmts et les plantes ; il pUa jusqu'aux
* Var. Première édition : mais long-temps.
* Gen. X. 9.
do* d^ ^^ PREMIÈRE PARTIE. LES ÉPOQUES.
monde. J. C.
métaux à son usage, et peu à peu il y fit servir toute la nature. Comme il étoit naturel (jue le temps fît inventer beaucoup de choses, il devoit aussi en faire oublier d'autres , du moins à la plupart des hommes. Ces premiers arts que Noé avoit conservés, et qu'on voit aussi toujours en vigueur dans les contrées où se fit le premier établissement du genre humain, se perdirent à mesure qu on s'éloigna de ce pays. Il fallut, ou les rapprendre avec le temps, ou que ceux qui les avoient conservés les repor* tassent aux autres. C'est pourquoi on voit tout venir de ces terres toujours habitées, où les fondements des arts demeurèrent en leur entier; et, là même, on apprenoit tous les jours beaucoup de choses importantes. La connoissance de Dieu et la mémoire de la création s'y cou* serva ; mais elle alloit s'affoibhssant peu-à-peu. Les anciennes traditions s'oublioient et s'ob^ curcissoient ; les fables , qui leur succédèrent^ n'en retenoient plus que de grossières idées; lef fausses divinités se multiplioient ; et c'est ce qui donna lieu à la vocation d'Abraham.
IIL VOCATION D ABRAHAM, 17 A°s Ans
' du dcv.
monde, i. C