‹ Discours sur l'historie universelleChapitre 2 sur 89 · VJ NOTICE · texte numérisé non relu

VJ NOTICE

de 1700, puisqu^on a vo quel soin Févéque de Meaax

avoit mis à la revoir et à la perfectionner.

3^ Bien loin que ces Fariantes nécessitent dans le texte des retratichements importants, tout au plus exigentelles la suppression de trois ou quatre phrases; si toutefois on peut appeler supprimées celles que l'au* teur n'a ôtëes que pour en substituer d'équivalentes , et souvent pour donner plus de développements au sujet. On se convaincra de la vérité de ce que j'avance , en jetant un coup d'œil sur le tableau des changements faits dans cet ouvrage , placé à la suite de cette notice ' ; et on y verra encore que les mots retranchés ont été remplacés par d'autres qui expriment mieux la pensée , ou bien que la netteté du discours demandoit leur entière suppression.

Ce qu'on peut dire de plus vraisemblable sur l'assertion des éditeurs stéréotypes , c'est qu'ils n'ont eu .connoissance des additions manuscrites, et même des corrections de l'édition de 1700, que quand la leur a été imprimée. Alors ils se sont déterminés à placer ces fragments à la fin de chaque volume, en indiquant les pages auxquelles ils se rapportent.

Mais ce n'étoit point remplir le vœu de Bossuet, qui bien évidemment vouloit qu'ils fussent insérés

qu'il a corrigé quelques unes des dates fautives qui sont dans les autres éditions.

« J'ai cru devoir, pour faciliter cet examen, placer en note, au bas du texte, l'indication des changemenu et des additions dont il est ici question. Lbf....

NOTICE. Vij

dans le corps du Discours, puisque après chaque aior« ceau il a marqué les premiers mots qui commencent la phrase qui doit suivre immédiatement.

Pour nous conformer à son intention, nous avons exactement suivi le texte de la troisième édition % en insérant, aux endroits indiqués dans le manuscrit, les difierents passages ajoutés^ qui se lient très bien avec ce qui précède et ce qui suit, comme on peut le remarquer à la lecture. Cette insertion n'a exigé d'autres changements, dans le texte ancien, que la substitution d'un petit nombre de mots marqués par l'auteur même, et la suppression de quelques lignes concernant les Samaritains, dans la VU* Époque; parceque Bossuet a réuni un peu plus bas, sous un même point de vue , tout ce qui concerne l'histoire de ce peuple.

Enfin désirant donner à cette édition toute l'exactitude possible , nous avons vérifié les dates mises en marge de la première Partie , ce qui nous a donné lieu d/e rectifier plusieurs erreurs ; et par-tout où nous nous sommes aperçus que les années ne correspondoient pas aux événements, nous avons rétabli la correspondance en plaçant les dates vis-à-vis des faits aux-

* Nous nous sommes permis de corriger uniquement un nombre inexact à la page ai, ligne 29''. Au lieu de Trente ans après, quon lit dans tontes les éditions, nous avons mis : Quarante ans après; afin que le texte fût d'accord et avec les dates citées à la marge , et avec le livre des Juges, qui porte, chap. t, y 3a: Quievittjue terra per quadraginta annos.

> Dans cette édition-ci, la correction se trouve an tome I, page 25, ligne 12.

vnj NOTICE.

({uels elles se rapportent. Nous avons aussi confronte avec soin les passages cités; à l'exception de quelques rabbins et d'un très petit nombre d'auteurs dont nous n'avons pu avoir les livres. En général tout est exact. Mais pour faciliter la vérification , si quelqu'un étoit curieux de la faire , nous avons ordinairement ajouté le chapitre, etc., quand Bossuet n'indiquoit que le livre. Nous nous sommes servis , pour les Pères de rÉglise , des éditions des Bénédictins ; pour FI. Josephe, de l'édition d'Havercamp; et comme la division des livres et des chapitres n'est pas la même dans cette édition que dans les anciennes , nous avons cité des deux manières. Pour Eusébe, on a suivi l'édition de Henri de Valois; pour Aristote, celle de Duval; pour Hérodote, la traduction de M. Larcher; pour Denys d'Halicarnasse, celle de Bellanger; pour Diodore de Sicile, celle deTerrasson; pourPolybe; Fédi* tion Fariorum; pour Tacite, celle de Brotier. Nous nous bornons à ces auteurs, qui sont ceux qui reviennent plus fréquemment.

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BossuET composa le Discours sur THistoire universelle pour le Dauphin , fils de Louis XIV, dont l'éducation lui avoit été confiée. Ce prince foible j inappliqué, en qui la double soumission de fils et de sujet eut le caractère d'une obéissance craintive, vécut et mourut au pied du trône, où il eût porté les qualités d'un honnête homme , et non celles d'un roi. Mais si Bossuet ne put rendre son élève digne du rang suprême , du moins ses efforts pour y réussir furent attestés par un chef-d'œuvre. Fénélon fut doublement heureux. Instituteur du duc' de Bourgogne, du fils même de l'élève de Bossuet , et chargé aussi de former en lui l'héritier du trône, il produisit aussi un ouvrage, immortel, un ouvrage qui honore à jamais la France et luimême ; mais il avoit travaillé bien plus efficacement encore pour sa gloire et pour le bonheur de son pays , en faisant passer toutes ses vertus dans l'ame de son disciple : la nation, qui eût été trop heureuse d'avoir ce jeune prince pour maître, répandit sur son tombeau des larmes dont Fénélon partageoit avec lui l'hônheur douloureux. Lé résultat des deux éducations fut différent; le caractère des deux ouvrages qu'elles firent naître ne l'est guère moins. Le génie fier de Bossuet éclate dans le Discours sur l'Histoire universelle ; l'ame tendre de Fénélon respire dans le Télémaque.

L'aigle à Fœil perçant , au vol rapide et suUime , est Femblème ordinaire du génie de Bossuet ; mais , de tous les ouvrages de ce grand homme , le Discours sur FHistoire universelle est peut-être celui qui donne lieu à Fapplication la plus juste de cette eompai*aison. Aucun autre , en eflet , n offre un sujet si étendu ; dans aucun autre , Fauteur ne s'est placé à un point de vue si élevé , na embrassé de ses regards un si vaste horizon, enfin na pénétré si avant dans la profondeur des causes divines et humaines. C'est Funivers entier, c'est la durée de tous les siédes , c est Fensemble de tous les évê* nements qui ont rempli Fun et l'autre , que Bossuet va parcourir. La religion et la politique sont les deux grands objets de son livre , qu'il divise en trois parties : la Suite des Temps, la Suite de la Beli* gion, et les Empires.

Dans la première partie, chronologiste savant et abréviateur sublime , il partage en un petit noa^ bre d'époques les temps qui se sont écoulés depuis la naissance du monde jusqu à FétabUssement de l'empire de Charlemagne , et , dans oe tableau ainsi divisé, il place les principaux événements parlésquels furent marqués Forigine, le progrès, et la chute des principaux empires.

Dans la ^seconde partie, Bossuet, historien et apologiste éloquent de la religion, la prend au berceau du monde , nous la montre fondée par le Dieu même qui venoit de créer Funivers , et tra-

versant les siècles sans être jamais interrompue ni altérée, malgré Fidolàtrie, Fimpiété, la persécution, les hérésies, les défections, le feux ;zéle, les mmes commis en son nom, enfin malgré les efforts du temps auxquels nulle institution humaine n a pu résister. Le peuple hébreu , nommé le peuple de Dieu, avoit reçu le dépôt de cette religion , qui , perfectionnée par Jésus-Christ , devoit un jour s'étendre sur toute la terre : Bossuet, péuétrant dans les desseins de la Providence , au conseil de laquelle il semble avoir assisté ,.nous feit voir dan$ les erreurs criminelles, dans les châtiments, dans la dispersion même de ce peuple, autant de marques éclatantes de sa vocation divine; de même que , dans les rois , les conquérants étrangers qui furent ses vengeurs, ou plus souvent ses fléaux, il nous montre d aveugles instruments dont Dieu «'est servi, tantôt pour le châtier, tantôt pour le préserver de sa ruine. Ainsi, selon Bossuet, la religion est la fin pour laquelle toutes choses ont été créées; et, dans Fhistoire de Funivers, la nation dépositaire de cette religion forme un centre unique auquel viennent aboutir et se rattacher les révolutK)ns dç tous les empires, même de ceux que les circonstances locales et politiques rendent le plus étrangers en apparence à la destinée du peuple israélite. L'auteur se propose encore un autre objet. Réunissant toutes les prédictions éparses dans les écrits des prophètes , il en compose Fhistoire

mystérieuse' de la venue du Christ et de la ocmversion des gentils ; puis , écartant le voile symbolique dont elle est couverte , il nous fait admirer lentier et manifeste accomplissement de ces anciens oracles , dans les laits miraculeux sur lesquels fiit fondée la loi nouvelle.

Dans la troisième partie de son Discours , \ aigle de Meaiix descend des hauteurs du ciel , et vient s'abattre majestueusement sur la terre. L'historien de la providence divine consent à devenir celui de la sagesse et de la folie humaine : convaincu que les révolutions des empires ont été réglées d avance par les décrets étemels, et quelles sont entrées nécessairement dans les diesseins de Dieu sur son peuple .choisi y il n en reconnoît pas moins que ces grands changements ont eu des causes naturelles dans les inclinations , les mœurs , en un mot le caractère des peuples, et celui des hommes extraordinaires qui ont été les auteurs de leur élévation, de leur abaissement, ou de leur destruction.

Pour nous faire suivre Tenchaînement de ces causes, Bossuet va passer en revue les nations puisssmtes qui se sont disputé, qui se sont enlevé, qui dnt obtenu les hommages ou Tempire de la terre. L'Egypte paroît la première : nous admirons la haute sagesse et Fimmuable stabilité de ses lois, qui régnoient également sur le monarque et sur le sujet, de ses institutions qui commandoient à tous la vertu et le bonheur : nous admirons la douceur,

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la. constance de ses penchants et de ses mœurs, fruit de Fheureuse uniformité de sa température ; ce frein qu'elle imposoit aux vivants par Tincorruptible équité des jugements qu elle faisoit subir aux morts ; la pieuse magnificence de ses sépul- ,tures et de ses monuments funèbres ; les merveilles de sa civilisation en tcrut genre; enfin son amour éclairé pour les sciences et les arts qu'elle avoit créés ou perfectionnés , et qu elle a transmis à tout le reste de la terre. Mais la loi de la mort existe pour les empires comme pour les honunes : afïbiblie par des divisions intestii^es et par des attaques exléiieures , la plus sage des nations devint la proie de Cambyse, le plus insensé de tous les princes. Nous voyons passer ensuit^ les Assyriens , et les Perses , leurs vainqueurs : les premiers périssent par un excès d'orgueil; les autres, malgré leur courage et beaucoup d'estimables qualités , périssent à leur tour, victimea d'un luxe qui ne connoissoit plus de mesure. Les Grecs , qui vainquirent tant de fois les Perses, et Alexandre, qui détruisit leur empire , viennent figurer sur la scène du monde , d'où leur puissance a disparu depuis plus de vingt siècles, mais qui est encore tout rempli de leur gloire. Nos regards parcourent ces fameuses républiques de la Grèce , toutes passionnées pour leur liberté , mais animées chacune du désir de dominer sur les autres; se réunissant pour l'intérêt commun, mais se divisant quand le

péril est passé , et finissant par sobir le joug d'Alexandre , qui prélude par leur conquête à celle de Funivers. Enfin arrivent les Romains, les véritaMes maîtres du monde connu , ce peuplé à qui Tamour de sa patrie et de sa liberté donna tant de vertus , et fit faire tant de prodiges. Ici Bossuet a trouvé une matière tout-à-fait digne de son génie. Il parle de la tactique et de la discipline des armées romaines en homme qui semble né pour le commandement, en homme qui, formé à Fart de la guerre , eût porté dans les combats le même coup d'oeil , la même intrépidité que ce Condé dont il a peint si éloquemment les victoires suît'skmi tombeau. Mais c'est sur-tout en développant Fesprit et les maximes de la politique du sénat romain , qu'il fait éclater cette vive et profonde pénétration pour laquelle il n'y a ni mystères ni incertitudes , cette sublimité naturelle de langage qui se trouve portée d'elle-même au niveau des plus grands objets. On est présent aux délibérations les plus secrètes de cette compagnie ÊEimeuse par qui fut gouverné ; durant sept cents ans, le peuple qui subjugua l'univers. On la voit mêlant la prudence à la vi-' gueur ; gardant un secret impénétrable sur les affaires dont la réussite en dépendoit; plaçant Futilité publique au-dessus de tous les intérêts de for« tune et de grandeur particulière ; ajoutant à ses diarges pour diminuer celles du peuple ; prononçant contre Rome elle-même dans les procès qu'elle

avoit intentés injustement à des nations voisines ; punissant dans les étrangers la trahison qui pouvoit être utile aux Romains ; obligeant ceux-ci à tenir envers leurs ennemis les engagaodents les plus onéreux ; sachant pardonner le malheur qui n'avoit pas la désobéissance pour cause , et ne pardonnant point la victoire qui avoit été achetée aux dépens de la discipline ; plus ferme , plus constante, moins traitable dans les grandes extrémités qu au milieu des succès ; ne désespérant jamais du aalut de TÉtat dans les situations qui sembloient déses-* pérées ; ne voulant alors ni recourir à lartifice, de peur d avouer que la force manquo^it au peuple romain, ni accepter des conditions , pour ne pas reconnoître qu'il étoit vaincu, et, par cette conduite sagement intrépide , établissant dans Tame des au* très nations et dans Tame des Romains eux-mêmes ^ 1 opinion que les Romains étoient invincibles. Us Fétoient en effet , et leurs divisions seules pouvoient tiiompher d'eux. Rome portoit dans son sein la cause de sa ruine : c étoit la jalousie perpétuelle du peuple contre le sénat, ou plutôt des plébéiens contre les patriciens ; cette jalousie qu'éntretenoit l'amour de la liberté, et qui devoit détruire la liberté même , sommeilloit dans les temps de guerre et de danger, mais se réveilloit avec une nouvelle force aussitôt qu'ils avoient disparu. Lorsque la république, étendue jusqu'aux bornes du monde ^ n'eut presque plus d'ennemis à combattre, elle

tourna ses forces contre eUe-méme, et les perdit daas cet odieux conflit. Sylla profita de son afibiblissement,et, après avoir prouvé que le peuple romain pouvoit souffrir un maître, il dédaigna de 1 être plus long-temps. Bientôt César s empara de lautorité quil avoit déposée, et il en fut puni; mais Auguste, qui en recueillit le sanglant héritage, retendit par quelques victoires, et lafFermit par une longue possession. Alors Tunivers fiit vengé, et le peuple-roi devint un peuple esclave. Le principe de Tanéantissement de la république avoit été l'amour de la libellé poussé jusqu'à l'excès par le peuple : le principe de la destruction de l'empire fut la licence des soldats , qui fiûsoient et déiaisoient à leur gré les empereurs. A ce mode violent d'élection, qui engendroit les guerres civiles , succéda un système d'hérédité et d'association qui ne les prévint pas, et qui, surchargeant l'État 'd'empereurs et de césars, l'accabla d'une dépense excessive, en désunit les diverses parties, et l'ouvrit, pour ainsi dire, de toute part à l'invasion des barbares du Nord. Ainsi &it démembré cet empire colossal qui avoit englouti tous les empires de l'univers ; et de ses débris ont été formés tous les royaumes que nous voyons subsister aujourd'hui.

Tel est le vaste et magnifique tableau tracé dans la troisième et dernière partie du Discours sur l'Histoire universelle. Cette partie suffit pour dis-

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