‹ Discours sur l'historie universelleChapitre 49 sur 89 · X. NAISSANCE DE J. C · texte numérisé non relu

X. NAISSANCE DE J. C

dus quand ils n etoient pas marqués de quelque bieûfait, se précipitèrent trop vite. On vit revivre Néron en la personne de Domitien.

La persécution se renouvela. Saint Jean, sorti de rhuile bouillante , fut relégué dans l'île de 93 Patmos, où il écrivit son Apocalypse. Un peu après, il écrivit son Évangile, âgé de quatre- 9^ vîngt-^dix ans, et joignit la qualité d'évangéliste à celle d'apôtre et de prophète.

Depuis ce temps , les chrétiens furent toujours persécutés, tant sous les bons que sous les mauvais empereurs. Ces persécutions se faisoient, tantôt par les ordres des empereurs et par la haine particulière des magistrats, tantôt pai' le soulèvement des peuples, et tantôt par des décrets prononcés authentiquement dans le sénat ^iir les rescrits des princes , ou en leur présence. Alors la persécution étoit plus universelle et plus sanglante ; et ainsi la haine des infidèles, toujours obstinée à perdre FÉglise, s'excitoit de temps en temps elle-même à de nouvelles fureurs. C'est par ces renouvellements de violence que les historiens ecclésiastiques comptent dix persécutions sous dix empereurs. Dans de si longues souffrances, les chrétiens ne firent jamais la moindre sédition. Parmi tous les fidèles, les évêques étoient toujours les plus atta-^

qués. Parmi toutes les églises, Féglise de Rome fut persécutée avec le plus de violence ; et les papes confirmèrent souvent par leur sang* TÉvangile qu'ils annonçoient à toute la terre.

Domitien est tué; Tempire commence à res- 9^ pirer sous Nerva. Son grand âge ne lui permet pas de rétablir les affaires ; mais , pour faire du- 97 rer Le repos public, il choisit Trajan pour son 9^ successeur. L'empire, tranquille au-dedans, et triomphant au-dehors, ne cesse d admirer un si bon prince. Aussi avoit-il pour maxime qu'il falloit que ses citoyens le trouvassent tel qu'il eût voulu trouver l'empereur s'il eût été simple citoyen. Ce prince dompta les Daces, et Décé- 102 baie leur roi ; étendit ses conquêtes en Orient; 106 donna un roi aux Parthes, et leur fit craindre 1 1 5, 1 16 1^ puissance romaine : heureux que l'ivrognerie et ses infâmes amours, vices si déplorables dans un si grand prince, ne lui aient rien fait entreprendre contre la justice.

A des temps si avantageux pour la républi- 117 que succédèrent ceux d'Adrien, mêlés de bien 120 et de mal. Ce prince maintint la discipline mi- 123 litaire, vécut lui-même militairement et avec 125 beaucoup de frugalité, soulagea les provinces,

* Vab. Première édition : et trente papes confirmèrent par leur sang, etc.

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fit fleurir les arts, et la Grèce qui en étoit la mère. Les Barbares furent tenus en crainte par «26 ses armes et par son autorité. 11 rebâtit Jérusa- '^® lem, à qui il donna son nom; et c'est de là que lui vient le nom d'iElia ; mais il en bannit les Juifs , toujours rebelles à l'empire. Ces opinià-^ i35 très trouvèrent en lui un impitoyable vengeur. Il déshonora par ses cruautés, et par ses amours monstrueuses, un régne si éclatant. Son infâme Aùtinoiis, dont il fit un dieu, couvre de honte i3i toute sa vie. L'empereur sembla réparer ses fautes , et rétablir sa gloire effacée , en adoptant Antonin le Pieux , qui adopta Marc-Auréle , i38 le sage et le philosophe.

En ces deux princes paroissent deux beaux 1^9, 161 caractères. Le père, toujours en paix, est toujours prêt , dans le besoin , à faire la guerre ; le fils est toujours en guerre, toujours prêt à donner ta paix à ses ennemis et à l'empire. Son père, Antonin, lui avoit appris qu'il valoit mieux sauver un seul citoyen , que de défaire mille ennemis. Les Parthes et les Marcomans éprou- 162 vèrent la valeur de Marc-Auréle : les derniers 169 , étoient des Germains, que cet empereur achevoit de dompter quand il mourut. Par la vertu 180 des deux Antonin, ce nom devint les délices des Romains.

"^ l3o PREMIÈRE PARTIE. LES EPOQUES.

de J. C. ^

La gloire d^un si beau nom ne fut effacée ni par la mollesse de Lucius Venis , frère de M arc- Aw*éle, et son collègue dans lempire, ni par les brutalités de Commode, son fils et son successeur. Celui-ci, indigne d'avoir un teji père, en oublia les enseignements et les exemples. Le sénat et les peuples le détestèrent ; ses plus assidus courtisans et sa maîtresse le firent mourir. 19a Son successeur, Pertinax, vigoureux défenseur S93 de la discipline militaire , se vit immolé à la fii* reur des soldats licencieux, qui lavoient, un peu auparavant, élevé malgré lui à la souveraine puissance.

L'empire, mis à Tencan par larmée, trouva un acheteur. Le jurisconsulte Didius Julianus hasarda ce hardi marché ; il lui en coûta la vie : « 94» 195 , Sévère , africain , le fit mourir, vengea Pertinax, passa de l'Orient en Occident , triompha en 307, 209 Syrie, en Gaule, et dans la Grande-Bretagne. Rapide conquérant, il égala César par ses victoires ; mais il n'imita pas sa clémence. Il ne put mettre la paix parmi ses enfants. Bassien ou ^^^ Caracalla , son fils aîné , faux imitateur d'A- 211, aia lexandre, aussitôt après la mort de son père, tua son frère Géta, emperem- conmie lui, dans le sein de JuUe, leur mère commune; passa sa vie dans la cruauté et dans le carnage, et sat-

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