‹ Discours sur l'historie universelleChapitre 76 sur 89 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La création, ei ks, premi^^ temps.

La religion "^ €it k smte d«l ^^UfU de IM^u., considérée de cette sorte^ mt h j^i» ^^ratnd et le plus>utile de iK>as k» objets qvkQU piii/^aiierpro-» poser 4U3( haiBin^. H est h^m M %^ mm^tt»^ devant les j&xk le$ éws di^ér^ots dit peupd^e de Dieu,. soUfS la iol de obture qI SQua les pan triarches ; sous Mm$iQ et soqs ki k4 écarite; suiks David et sous les. p^ppbétes; depuîa h iretoai; de la captivité jiisqii% Jé^uus^CbiîSitv el enfin «pu& JésuSf*Christ w^^mf^^ e'ost^àrdire^ souâ la kii

* Var. Première édition: ^eçoBde partie de ce discours. ** Dans la première édition le mot^ chapitre est omis par tout.

*** Vaa. I^mmièrê ééitiùn^: sur-tout k Feligie&, etc.

de grâce et sous l'Évangile; dans les siècles qui ont attendu le Messie, et dans ceux où il a paru; dans ceux où le culte de Dieu a été réduit à un seul peuple, et dans ceux où, conformément aux anciennes prophéties, il a été répandu par toute la terre ; dans ceux enfin où les hommes, encore infirmes et grossiers, ont eu besoin d'être soutenus par des récompenses et des châtiments temporels, et dans ceux où les fidèles, mieux instruits, ne doivent plus vivre que par la foi, attachés aux biens étemels, et souffrant, dans lespérance de les posséder, tous les maux qui peuvent exercer leur patience.

Assurément, Monseigneur, on ne peut rien concevoir qui soit plus digne de Dieu, que de s être premièrement choisi un peuple qui fàt un exemple palpable de son étemelle provi* dence; un peuple dont la bonne ou la mauvaise fortune dépendît de la piété, et dont l'État rendit témoignage à la sagesse et à la justice de celui qui le gouVemoit. C'est par où Dieu a commencé, et c'est ce qu'il a fait voir dans le peuple juif. Mais, après avoir établi pai- tant de preuves sensibles ce fondement immuable, que lui seul conduit à sa volonté tous les événements de la vie présente , il étoit temps d'élever

les hommes à de plus hautes pensées , et d'envoyer Jésus-Christ, à qui il étoit réservé de découvrir au nouveau peuple ramassé de tous les peuples du mond^, les secrets de la vie future.

Vous pourrez suivre aisément Thistoire de ces deux peuples,. et remarquer comme Jésus- Christ fait Funion de l'un et de l'autre , puisque , ou attendu, ou donné, il a été dans tous les temps la consolation et l'espérance des enfants de Dieu.

Voilà donc la reUgion toujom*s uniforme, ou plutôt toujours la même dès l'origine du monde : on y a toujours reconnu le même Dieu, comme auteur, et le même Christ, conmie sauveur du genre humain.

Ainsi vous verrez qu'il n'y a rien de plus ancien parmi les honunes que la reUgion que vous .professez, et que ce n'est pas sans raison que vos ancêtres ont mis leur plus grande gloire à . en être les protecteurs.

Quel témoignage n'est -^ce pas de sa vérité, de voir que, dans les temps où les histoires profanes n'ont à nous conter que des fables, ou tout au plus des faits confus et à demi-oubliés, l'Écriture, c est-à-dire, sans contestation, le plus ancien hvre qui soit au monde , nous ramène

198 SECONDC PARTIE.

p9jr tant d'événements précis, et par la sufee siéflie des <èoees, à ieiir véritable principe, cest-è-dke à Dieu, ^ a tout Cttt ; et nons nargue ai distinctement la créaÉîoB de Tiuiivers, celle de FhoBune en partioidier, le bonheur de son premier état, les causes de ses misères et de ses foibksses, la oonruption du monde et le dâi;ige , 1 origine des arts et cdle des nations, la distributioa des teires, enfin la propa^^on du genre humain , et d autres faits de même importance dont les histoires humaines ne parlent ipi'en confusion, et nous obbgenC à dwrcher ailleurs les sources certaines ?

Que si Fantîiqmté de la religion lui donne tant d'autorité, sa suite, continnëe sans interruption et sans akération durant tant de siècles, et maj^é tant d obstacles «unrenus, fait voir manifestement que la main de Dieu la soutient

Qu y a«4Hl de plusmervetteox qoe de la voir toujours subsister sur les mêmes fondemenls dès les commencements du momie, sans que ni Tidolâtrie et Fimpiété qui Tenvironnoienl: de toutes parts, ni les tyi^siqm loo^ persécutée, ni les hérétiques et les infidèles <piî ont t&ehé de la corrom{M*e, ni les lâches qui Tont trahie, ni ses sectateurs indignes qui Font dé^onorée

pur leurs crimes , ni eqfia la lon^eur 4u temp^, qui saule suffit pour abattre ^(Hites les choses humaines > aient jamais 4té capables, je ne 4is pas de Téteindre» mais dç Faltérer?

Si maintenant nous venons à considérer quelle idée cette religion, dont nous révérons Tanti* quité, nous donne de son objet, c'est«^dire du premier être, nous avouerons qu'elle est ail-dés^ «us de toutes les pensées humaines, et digne d'être regardée comme venue de Dîe« mêm^.

Le Dieu qu ont toujours servi les Hébreux et las Chrétiens n'a rien de oonunun avec les divinités pleines d'imperfection, et même de vice, que le reste du monde adoroit. Notre Dieu est un, ii^ni, parfait, seul digne de venger les crimes et de couronner la vert», paroeqvi'tt ert seul la samteté même.

Il est infiniment au-dessus de cette caui? pre^ mière et de ce premier moteur que les philosophes ont connu, sans toutefois l'adorer. Ceux d'entre eux qui onl été le fdus loin, v^ow ont pro» posé un Dieu, qui, trouvant une matière éternelle et existante par ell^même aus^i bien que lui, la mise en o^vre, et l'a faç<»iuée oomme un artisan vulgaire, contraint dans ^n ouvrage par cette matière et par ses dispositions qu'il

3rto Seconde partie.

n'a pas faites; sans jamais pouvoir comprendre que si la matière est d'elle-même , elle n^a pas dû attendre sa perfection d'une main étrangère, et que si Dieu est infini et parfait, il n*a eu besoin, pour faire tout ce qu'il vouloit, que de lui-même et de sa volonté toute^puissante. Mais le Dieu de nos pères, le Dieu d^Abraham, le Dieu dont Moïse nous a écrit les merveilles , n'a pas seulement arrangé le monde ; il l'a fait tout entier dans sa matière et dans sa forme. Avant qu'il eût donné l'être, rien ne Tavoit que lui seul. Il nous est représenté comme celui qui fait tout, et qui fait tout par sa parole, tant à cause qu'il fait tout par raison , qu'à cause qu'il fait tout sans peine, et que pour faire de si grands ouvrages il ne lui en coûte qu'un seul mot, c'est-à-dire qu'il ne lui en coûte que de le vouloir.

Et pour suivre l'histoire de la création, puisque nous l'avons commencée. Moïse nous a enseigné que ce puissant architecte , à qui les choses coûtent si peu, a voulu les fmre à plusieurs reprises, et créer l'univers en six jours, pour montrer qu'il n'agit pas avec une nécessité, ou par une impétuosité aveugle, comme se le sont imaginé quelques philosophes. Le so-

léil jette d'un seul coup, sans se retenir, tout ce cpi'il a dé rayons : mais Dieu, qui agit par intelligence et avec une souveraine liberté, applique sa vertu où il lui plaît, et autant qu'il lui plait; et comme, en faisant le monde par sa parole, il montre que rien ne le peiné, en le faisant à plusieurs reprises, il fait voir qu'il est le maître de sa matière, de son action, de toute son entreprise, et qu'il n'a , en agissant, d'autre régie que sa volonté toujoiu*s droite par elle-même. Cette conduite de Dieu nous fait voir aussi que tout sort immédiatement de sa main. Les peuples et les philosophes qui ont cru que la terre mêlée avec l'eau, et aidée, si vous le voulez, de la^chaleur du soleil^ avoit produit d'ellemême, par sa propre fécondité, les plantes et les animaux , se sont trop grossièrement trompés. L'Écriture nous a fait entendre que les éléments sont stériles, si la parole de Dieu ne les rend féconds. Ni la terre, ni l'eau, ni l'air, n'auroient jamais eu les plantes ni les animaux que nous y voyons, si Dieu, qui en avoit fait et préparé la matière, ne l'avoit encore formée par sa volonté toute^puissante, et n'avoit donné à chaque chosC les semences propres pour se multiplier dans tous les siècles.

20S 9BQONDE PARTIE.

Ceux qui voient les plantes prendre lenr naissance et leur accroissement par la chaleur du soleil, pourroient croire qu'il en est le créateur. Mais l'Écriture nous fiait voir la terre revêtue d'herbes et de toute sorte de plantes avant que le soleil ait été créé, afin que noua concevions que tout dépend de Dieu seul.

U a plu à ce grand ouvrier dé créer là In-^ mière, avant même que de la réduire à la forme qu'il lui a donnée dans le soleil et dans les as^ très; parcequ'U vouloit nous apprendre que ces grands et magnifiques luminaires, dont on nous a voulu faire des divinités, n avoient par euxmêmes ni la matière précieuse et éclatante dont ils ont été composés, ni la forme admirable à laquelle nous les voyons réduits.

Enfin le récit de la création, tel qu'il est fait par Moïse, nous découvre ce grand secret de la véritable philosophie, qu'en Dieu seul réside la fécondité et la puissance absolue. Heureux, sage, tout-puissant, seul suffisant à luip^méme, il agit sans nécessité comme il agit sans besoin; jamais contraint ni embarrassé par sa matière, dont il fait ce qu'il veut, parcequ'il lui a donné par sa seule volonté le fond de son être. Par ce droit souverain , il la tourne, il la façonne, il la

LA SUITJS DE lA REUCION. 3o3

meut s«QS p0iûe; tout dépend ûmnédiatement de lui; et si, sqIob Tordre étaUi dans la nature, ime chose dépend de l'autre, par exemple, la naisfiaace et raiCcroîâsement des plantes, de la chaleur du soleil, c est à cause 4{ue ce même Dieu, qui a &it toutes les parties de Funivers, a voulu les lier les unes aux autres, et faire éclater sa sagesse par ce merveiUeux enchaînement.

Mais tout ce que nous enseigne TÉcriture sainte sur la création de Tunivers, n est rien en comparaison de ce qu eUe dit de la création de rhomme.

Jusqu'ici Dieu avoit tout fait en commandant : « Que la Imnîère ^oit; que le firmament « s'étende au milieu des eaïuc; que les eaui^ se u retirent; que la terre soit découverte, et qu'dUe «< germe; qu'il y ait de graiids luminaires qui it partagent le pur et la nuit; que les oiseaux a et les poiâsons sortent du sein des eaux; que « la terre produise les animaux ^lon leurs esi< péces différantes \ i) Mais quand il s'^^it de i< produire Thomme , Moïse kii fait tenir un noui< veau langage : « Faisons Thomme, dit*il ^, à u notre image et ressemblance. »

' Gen. 1.3, etc. — * Ibid. 26.

3o4 SECONDE PARTIE.

Ce ttest plus cette parole impérieuse et dominante, c'est wie parole plus douce, quoique non moins efficace. Dieu tient conseil en luimême; Dieu s excite lui-même, comme pour nous faire voir que louvrage qu'il va entreprendre surpasse tous les ouvrages qu'il avoit faits jusqu'alors.

Faisons t homme. Dieu parle en lui-même; il parle à quelqu'un qui faitconmie lui, à quelqu'un dont l'homme est la créature et l'image; il parle à un autre lui-même; il parle à celui par qui toutes choses ont été faites, à celui qui dit dans son Évangile : « Tout ce que le Père fait, «le Fils le fait semblablement'. » En pariant à son Fils, ou avec son Fils, U parle en même temps avec l'Esprit tout-puissant, égal, et coétemel à l'un et à l'autre.

C'est une chose inouïe dans tout le langage de l'Écriture, qu'un autre que Dieu ait parlé de luimême en nombre pluriel :yaf5on5. Dieu même, dans l'Écriture , ne parle ainsi que deux ou trois fois, et ce langage extraordinaire commence à paroître lorsqu'il s'agit de créer l'homme.

Quand Dieu change de langage, et en quelque façon de conduite , ce n'est pas qu'il change

' Joan. V. 19.

LA SUITE DE LA REU6I0N. ao5

en Im-même; mais il nous montre qu'il va com*mencer, suivant des conseils étemels, un nouvel ordre de choses.

Ainsi rhomme, si fort élevé au-dessifô des autres créatures dont Moïse nous avoit décrit la génération, est produit d'une façon toute nou-^ velle. La Trinité commence à se déclarer, .en faisant la créature raisonnable, dont les opérations intellectuelles sont une image imparfaite de ces éternelles opérations par lesquelles Dieu est fécond en lui-même.

La parole de conseil, dont Dieu se sert , marque que la créature qui va être faite, est la seule qui peut agir par conseil et par intelligence^ Tout le reste n'est pas moins extraordinaire. Jiisque-là nous n'avions point vu, dans l'histoire de la Genèse, le doigt de Dieu appliqué sur une matière corruptible. Pour former le corps de l'homme, luinoiême prend de la terre*; et cette terre, arrangée sous une telle main, reçoit la plus belle figure qui eût* encore paru dans le monde. L'honmie a la taille droite, la tête élevée, les regards tournés vers le ciel; et cette conformation, qui hii est particulière,

' Gen. II. 7.

• Vaii. Première édition : qui ait.

2o6 KGONDfi PARTIE.

luimoBliv son ori^fîiie et le lieu oùil doktei^

Cette attention partkiilièieY cpn paroit en Dieu quand il fait Thomme, nous flH>nlre qm'it a pour lui un ëgard particulier, quoique dlaitleurs tout soit conduit inunéd i atCTdent par sa sagesse.

Mais la manière dont il produit Tame est beaucoup plus merveilleuse; A ne la tire prâit de la matière; il Tinspire d'en haut; c'est un souffle de vie qui vient de lui«4néme.

Quand il créa les bêtes, il dit: «Que leau «produise les poissons;» et il créa de cette sorte les monstres marins, et toute arae vivante et mouvante qui devoit remj^ les eam. Il dit encore : « Que la terre produise toute ame vir « vante, les bètes à quatre pieds, et les reptiles ^. n C'est ainsi que dévoient naître ces âmes vivantes d'une vie brute et bestiale, à qui Dieu ne donne pour toute action que des mouvements dépendants du corps. Dieu les tire du sein des eaux et de la terre; mais cette ame, dont la vie devoit ôtre une imitation de la sienne, qtû devoit vivre conune lui de raison et d'kitefiigence,

* Var. Page ûo5, L22: L'homme... il doit tendre. Ceci nest pas dans la première édition.

' Gen. I. ao, 2/^.

LA SUITE j^ LA RfiUOION. 207

qui lui devoit être unie en le contemplant et en l'aimant, et qui pour cette raison étoit faite à son image, ne pouvoit être tirée de la matière. Dieu,, en façonnant la matière, peut bien former un beau corps; mais en quelque sorte qu'il la tourne et la façonne , jamais il n'y trouvera son image et sa ressemblance. L'ame faite à son image, et qui peut être heureuse en le possédant, doit être produite par une nouvelle création: elle doit venir d'en haut; et cest ce ffuas signifie ce souffle de vie % que Dieu tire de sa bouche.

Souvenons-nous que Moïse propose aux hom ixies charnels, par des images sensibles, des vé rites pures et intdlectuelles. Ne croyons pas que Dieu souffle à la manière des animaux. Ne croyons pas que notre ame soit un air subtil, Bi une vapeur déliée. Le souffle que Dieu iur * spire, et qui porte en lui-même Fimage de Dieu, n est ni air ni vapeur. Ne croyons pas que notre ame soit une portion de la nature divine, comme 1 ont rêvé quelques philosophes. Dieu n est pas un tout qui se partage. Quand Dieu auroit des parties, eUes ne seroi^at pas faites; <:ar le créateur, Têtre incréé ne seroit pas corn-

' Qen. II. 7.

posé de créatures. L'ame est faite, et teUemeot faite, qu'elle n est rien de la nature divine; mais seulement une chose faite à Tirnage et ressmiblance de la nature divine; une chose qui doit toujours demeurer unie à celui qui Ta formée* c est ce que veut dire ce soufQe divin; c'est ce que nous représente cet esprit de vie.

Voilà donc Thomme formé. Dieu forme encore de lui la compagne qu'il veut lui donner. Tous les hommes naissent d'un seul mariage, afin d'être à jamais, quelque dispersés et multipliés qu'ils soient, une seule et même famille.

Nos premiers parents, ainsi formés, sont mis dans ce jardin délicieux, qui s'appelle le Parar dis; Dieu se devoit à lui-même de rendi'e son image heureuse.

Il donne un précepte à l'homme, pour lui faire sentir qu'il a un maître; un précepte attaché à une chose sensible, parceque Thomme étoit fait avec des sens; un précepte aisé, parcequ'il vouloit lui rendre la vie commode tant qu'elle seroit innocente.

L'homme ne garde pas un commandement d'une si facile observance ; il écoute l'esprit tentateur, et il s'écoute lui-même, au lieu d'écouter Dieu uniquement; sa perte est inévitable; mais

il la faut considérer dans son origine aussi bien que dans ses suites.

Dieu avoit fait au commencement ses anges, esprits purs et séparés de toute matière. Lui, qui ne fait rien que de bon, les avoit tous créés dans la sainteté; et ils pouvoient assurer leur félicité en se donnant volontairement à leur Créateur. Mais tout ce qui est tiré du néant est défectueux. Une partie de ces anges se laissa séduire à Tamour-propre. Malheur à la créature qui se plaît en elle-même, et non pas en Dieu! elle perd en un moment tous ses dons. Étrange effet du péché! ces esprits lumineux devinrent esprits de ténèbres; ils n'eurent plus de lumières qui ne se tournassent en ruses malicieuses. Une maligne envie prit en eux la place de la charité ; leur grandeur naturelle ne fut plus qu'orgueil ; leur félicité fut changée en la triste consolation de se faire des compagnons dans leur misère; et leurs bienheureux exercices au misérable emploi de tenter les hommes. Le plus parfait de tous, qui avoit aussi été le plus superbe, se trouva le plus malfaisant, comme le plus malheureux. L'homme, que Dieu avoit mis un peu au-dessous des anges ', en lunissant à un corps,

' Psai VIII. 6.

devint à un esprit si parfait un objet de jalousie ; il voulut Tentrainer dans sa rébellion , pour ensuite l'envelopper dans sa perte. IjCS créatures spirituelles avoient, comme Dieu même, des moyens sensibles pour connnuniqner avec rhomme qui leur étoit semblable dans sa partie principale. Les mauvais esprits, dont Dieu vouloit se servir pour éprouver la fidélité du genre humain , n'avoient pas perdu le moyen d'entretenir ce commerce avec notre nature, non plus qu'un certain empire qui leur avoît été donné d'abord sur la créature corporelle. Le démon usa de ce pouvoir contre nos premiers parents. Dieu permit qu'il leur parlât en la forme d'un serpent, comme la plus convenable à représenter la malignité avec le supplice de cet esprit malfaisant, aitisi. qu'on le verra dans la suite. Il ne craint point de leur faire horreur sous cette figure. Tous les animaux avoient été également amenés aux pieds d^Adam pour en recevoir un nom convenable, et reconnoître le souverain que Dieu leur avoit donné \ Ainsi aucun des animaux ne causoit de l'horreur à Thomme, parceque, dans l'état où il étoit, aucun ne lui pouvoit nuire.

' Gen. II. 19, ao.

Écoutons màinteftiant comment le démon lui parla, et pénétt-ons le fond de ses artifices. 11 s'adresse à Eve, comme à la plus fbiblè : mais en la personne d'Eve , il parle à son mari aussi bien qu'à elle: « Pourqtroi Dieu vous a-t-il fait te cette défense ' ? »> S'il vous a faits raisonnables , voirs devez savoir la raison de tout : ce fruit n*est pas un poison; « vous n'en mourrez pas *. " Voilà par où commence l'esprit de révolte. On raisonne sur le précepte, et l'obéissance est mise en doute. « Vous seress comme des dieux ^, » libres et indépendants, heureux en vous-mêmes, sages par vous-mêmes : ^ vous saurez le bien et <» le mal ; »> rien ne vous sera impénétrable. C'est par ces motifs que l'esprit s'élève contre Tordre du Créateur, et au^iessus de la régie. Eve, à demi gagnée, regarda le fruit, dont la beauté promettoit un qoûi excellent^. Voyant que Dieu avoit mn en l'homme l'esprit et le corps , elle crut qu'en faveur de l'homme il pourroit bien ^ftcofe avoir attaché aux plantes des vertus surnaturelles , et des dons intellectuels aux objets sensibles. Après avoir mangé de ce beau fruit , elle en présenta elle-même à son iliari. Lé voîlâ dangereusement attaqué. L'exemple et

' Gen. III. I. — - « rbid. m. /j. — ' Ihid. 5.-4 Ibid. 6.

la complaisance fortifient la tentation : il entre dans les sentiments du tentateur si bien secondé ; une trompeuse curiosité, une flatteuse pensée d'orgueil, le secret plaisir d'agir de soimême, et selon ses propres pensées, l'attire et l'aveugle ; il veut faire une dangereuse épreuve de sa liberté , et il goûte avec le fruit défendu la pernicieuse douceur de contenter son esprit; les sens mêlent leur attrait à ce nouveau charme; il les Siuit, il s'y soumet, et il s'en fait le captif, lui qui en étoit le maître.

En même temps tout change pour lui. La terre ne lui rit plus comme auparavant; il n'en aura plus rien que par un travail opiniâtre ; le ciel n'a plus cet air serein ; les animaux qui lui étoient tous, jusqu'aux plus odieux et aux plus farouches, un divertissement innocent, prennent pour lui des formes hideuses; Dieu, qui avoit tout fait pour son bonheur, lui tourne en un moment tout en supplice. Il se fait peine à lui-même, lui qui s'étoit tant aimé. La rébellion de ses sens lui fait remarquer en lui je ne sais qUoi de honteux '. Ce n'est plus ce premier ouvrage du Créateur où tout étoit beau; le péché a fait un nouvel ouvrage qu'il faut cacher.

* Gen. III. 7,

LA SUITE DE LA REUGION. 2l3

L'homme ne peut plus supporter sa honte , et vondroit pouvoir la couvrir à ses propres yeux. Mais Dieu lui devient encore plus insupportable. Ce grand Dieu, qui Tavoit fait à sa ressemblance , et qui lui avoit donné des sens conmie un secours nécessaire à son esprit, se plaisoit à se montrer à lui sous une forme sensible:

rhomme ne peut plus souffrir sa présence. Il cherche le fond des forêts ' pour se dérober à celui qui faisoit auparavant tout son bonheur. Sa conscience Faccuse avant que Dieu parle.

Ses malheureuses excuses achèvent de le confondre. Il faut qu'il meure ; le remède d'immortalité lui est ôté ; et une mort plus affreuse, qui est celle de Famé, lui est figurée par cette mort corporelle à laquelle il est condanmé.

Mais voici notre sentence prononcée dans la sienne. Dieu, qui avoit résolu de récompenser son obéissance dans toute sa postérité , aussitôt qull s'est révolté, le condanmé, et le frappe, non seulement en sa personne, mais encore dans tous ses enfants , conune dans la plus vive et la plus chère partie de lui-même : nous sommes tous maudits dans notre principe, notre naissance est gâtée et infectée dans sa source.

> Gen. III. 8.

2l4 SECONDE PARTIE.

N'examinons point ici ces r^es terribles de la justice divine , par lesquelles la race humaine est maudite 4ans son origine. Adorons les ju^ gements de Dieu, qui regarde tous les hommes conuxie un seul homme dans celui dont il veut: tou3 les faire sortir. Regardons-nous aussi comme dégradés dans notre père rebelle , comme fiétris à jamais par la sentence qui le condamne^ comtme bannis avec lui, et exclm du paradis où il devait nous faire naître.

Les régies de la justice humaine nous peu^ vent aider à entrer dans les profondeurs de la justice divine, dont elles sont une ombre: mais elles ne peuvent pas nous découvrir le fond de cet abyme. Croyons que la justice aussi bien que la miséricorde de Dieu ne veulent pas être mesurées sur celles des hommes , et qu'dles ont toutes deux des effets bien plus étendus et bien plus intimes.

Mais pendant que les rigueurs de Dieu sur le gQUre humain nous épouvantent , admirons comme il tourne nos yeux vers un objet plus agréable , en nou3 découvrant notrp déhvrancf future dès le jour de notre perte*. Sous la fi"

* Var. Vers un objet.., notre perte. Sous, etc. Première édition: à un objet plus a^rréablc. Sous, etc.

LA SUITE DE LA RELIGION. 2x5

gure du serpent \ dont le rampement tortueux étoit uae vive image des daxtgereuses insinuations et des détours fallacieux de l'esprit malin, Dieu fait voir à Eve, notre mère, le caractère odieux et tout ensemble le juste supplice dç son ennemi vaincu. Le serpent devoit être le plus haï de tous les aninuiux^ comme le démon est la plus maudite de toutes les créatures. Gomme le serpent rampe sur sa poitrine, le démon, justement précipité du ciel où il avoit été créé, ne se peut plus relever. La terre, dont il est dit que le serpent se nourrit, signifie les basses pensées que le démon nous inspire; luimême il ne pense rien que de bas, puisque toutes ses pensées ne sont que péché. Dans Tinimitié éternelle entre toute la race humaine et le démon , nous apprenons que la victoire nous sera donnée , puisqu'on nous y montre une semence bénite par laquelle notre vainqueur * devoit avoir la tête écrasée, c'est-à-dire devoit voir son orgueil dompté, et son empire abattu par toute la terre.

Cette semence bénite étoit Jésus-Christ, fils

' ÇfB. III. i4> i5-

* Var. Ligne 4: à Eve, notre mère.... notre vainqueurj^ddition nouvelle, au lieu de laquelle on lisoit auparavant.

2l6 SECONDE PARTIE.

d'une vierge , ce Jésus-Christ en qui seul Adam n'avoit point péché, parceqn'il devoit sortir d'Adam d'une manière divine, conçu non de l'homme, mais du Saint-Esprit. G'étoit donc* par ce divin germe, ou par la femme qui le produiroit, selon les diverses leçons de ce passage , que la perte du genre humain devoit être réparée, et la puissance 6tée au prince du monde, qui ne trouve rien du sien en Jésm- Christs

Mais avant que de nous donner le Sauveur, il falloit que le genre humain connût, par une longue expéri^ice , ^e besoin qu'il avoit d\m tel secours. Lliomme fut donc laissé à lui-même; ses inclinations se corrompirent, ses débordements allèrent à l'excès, et llniquité couvrit toute la face de la terre.

Alors Dieu médita une vengeance dont il voulut que le souvenir ne s'éteignît jamais parmi les hommes ; c'est celle du déluge universel, dont en efiPet la mémoire dure encore dans

à Eve, notre mère, son ennemi vaincu, et lui montre cette semence bénite, par laquelle son vainqueur, etc.

* Var. G'étoit donc, et U resU, jusqu'à la fin de Vatinéa^ manque dans la première édition^

' Joan, XIV. 3o.

toutes les nations , aussi bien que celle des crimes qui Font attiré.

Que les hommes ne pensent plus que le inonde va tout seul , et que ce qui a été sera toujours comme de lui-même. Dieu, qui a tout fait, et par qui tout subsiste, va noyer tous lés animaux avec tous les hommes, c'est-à-dire qu'il va détruire la plus belle partie de son ouvrage.

Il n avoit besoin que de lui-même pour détiniire ce qu'il avoit fait d'une parole : mais il trouve plus digne de lui de faire servir ses créatures d'instrument à sa vengeance ; et il appelle les eaux pour ravager la terre couverte de crimes.

Il s'y trouva pourtant un honune juste. Dieu, avant que de le sauver du déluge des eaux , l'avoit préservé , par sa grâce, du déluge de l'iniquité. Sa famille fut réservée pour repeupler la terre , qui n'alloit plus être qu'une Ltnmense solitude. Par les soins de cet homme juste. Dieu sauve les animaux, afin que l'homme entende qu'ils sont faits pour lui, et qu'il s'en serve pour la gloire de leur Créateur*.

* Vab. Au lieu de : et qu*il s*en serve pour la gloire de leur Créateur; ia première édition porte: et soumis à son empire par leur Créateur.

2l8 SECONDE PARTIE.

"" Il fait plus; et, comme s'il se repentoit dV voir exercé sm- le genre humain une justice à rigoureuse, il promet solennellement de n'envoyer jamais de déluge pour inonder toute la terre : et il daigna faire ce traité , non seulement avec les hommes ,, mais encore. avec tous les animaux t(mt de la terre que de tair\ pour montrer que sa providence s'étend sur tout ce qui a vie. L'arc-en-ciel parut alors : Dieu en choi' sit les couleurs si douces et si agréablement diversifiées sur un nuage rempli d'une bénigne rosée , plutôt que d une pluie incommode , pour être un témoignage étemel que les pluies qu'il enverroit dorénavant ne feroient jamais d'inondation universelle. Depuis ce temps , l'arc -en -ciel paroit dans les célestes visions comme un des principaux ornements du trône de Dieu ^, et y porte une impression de ses miséricordes.

Le monde se renouvelle, et la terre sort encore une fois du sein des eau?: : mais dans ce renouvellement, il demeure une impression éternelle de la vengeance divine. Jusqu'au déluge toute la nature étoit plus forte et plus vi-

* Cet alinéa est une addition nouvelle.

' Gen. IX. 9, lo, etc. — " Etech. i. 28; Apocal. iv. 3-

€]ue Dieu amena sur la terre, et pai* le long séjour quelles y firent, les sucs quelle enfermoit furent altérés; Tair chargé d'un^ hunûdité exce^ive fortifia les principes (ie la corruption ; et 1$ première constitution de l'univers se trou* vaut affoiblie, la vie hu^iaine, qui se poussoit jusques à près de uiille ans, se diminua peu 4 peu ; les herbes et les fruits n eurent plus leur première force , et il fallut donner aux hommes mie nourriture plus substantielle dans la chair cLçs animaux'.

Ainsi dévoient disparoitre et s'çffucer peu à peu les restes de la première institution; et la nature changée avertissoit Thonmie que Dieu n'étoit pluâ le même pour lui depuis qu'il avoit ^té irrité par tant de crimes.

Au reste, cette longue yie des premiers hommes, m^qu^e dans les annales du peuple de Di^u, n a pas été inconpue ^ux autres peuples, et lepr^ anqiepines tradition^ en ont codaservé la ^lémoi^e ^, La mort qui s avançoit fit sentir aux hommes uue veuge^ince plus prompte; et, comme tous les jour$ ils s enfonçoient de plus goureuse; par cette ixxunense quantité deaux

' Gen. IX. 3. — ' Maneth. Beros. Hestiœ. Nie. Damas, et al. apud Joseph. Ant. lib. i, c. 4^ a/. 3. Hesiod. Op. et dics.

2âO SECONDE PARTIE.

en plus dans le crime ^ fl falloit qu'ils fussent aussi, pour ainsi parier, tous les jours plus enfoncés dans leur supplice.

Le seul changement des viandes leur pouvoit marquer combien leur état alloit s'empirant, puisqu'en devenant plus foibles, ils devenoient en même temps plus voraces et plus sanguinaires.

Avant le temps du déluge, la nourriture que les bonunes prenoient sans violence dans les fruits qui tomboient d'eux-mêmes, et dans les berbes qui aussi bien sécboient si vite, ëtoit sans doute quelque reste de la première innocence, et de la douceur à laquelle nous étions formés. Maintenant, pour nous nourrir, U faut répandre du sang, malgré Tborreur qu*il nous cause naturellement; et tous les raffinements dont nous nous servons pour couvrir nos tables, suffisent à peine à nous déguiser les cadavres qu'il nous faut manger pour nous assouvir.

Mais ce n'est là que la moindre partie de nos malheurs. La vie déjà raccourcie s abrège encore par les violences qui s'introduisent dans le genre humain. L'homme , qu on voyoit dans les premiers temps épargner la vie des bétes , s'est accoutumé à n'épargner plus la vie de ses

semblables. C'est en vain que Dieu défendit, aussitôt après le déluge , de verser le sang humain; en vain, pour sauver quelque vestige de la première douceur de notre nature, en permettant de manger la chair des bêtes, il en avoit réservé le sang '.Les meurtres se multiplièrent sans mesure. Il est vrai qu avant le déluge Caïn avoit sacrifié son frère à sa jalousie^. Lamech, sorti de Caïn , avoit fait le second meurtre^ ; et on peut croire qu'il s'en fit d'autres après ces danmables exemples. Mais les guerres n'étoient pas encore inventées. Ce fut après le déluge que parurent ces ravageurs de provinces, que l'on a nonunés conquérants, qui, poussés par la seule gloire du commandement, ont extemiiné tant d'innocents. Nemrod, maudit rejeton de Gham maudit par son père , commença à faire la guerre seulement pour s'établir un empire^. Depuis ce temps, l'ambition s'est jouée, san3 aucune borne , de la vie des hommes ; ils en sont venus à ce point de s'entretuer sans se haïr; le comble de la gloire et le plus beau de tous les arts a été de se tuer les ims les autres.

* Cent ans ou environ après le déluge. Dieu

* Gen. IX. 4. — » Ibid. iv. 8. — » Ibid. a3. — ♦ Ibid. x. 9.

* Cet alinéa est une addition nouvelle.

frappa le genre humain d'un autre fléau par la division des langues. Dans la dispersion qui se devoit faire de la famille de Noé, par toute la terre habitable, c'étoit encore un lien de ia société, que la langue qu'avoient parlée les premiers hommes, et qu'Adam avoit apprise à ses enfants, demeurât commune. Mais ce reste de îancienne concorde périt à la tour de Babd:

soit que les enfants d'Adam , toujom^ incrédules, n'eussent pas donné assez de croyance à la (HTomesse de Dieu, qui les avoit assurés qu'on ne verroit plus de déluge, et qu'ils se soient pré* paré un refuge contre un semblable accident, dans la solidité et dans la hauteur de ce superbe édifice , ou qu'ils n'aient eu pottf objet que de rendre leur nom immortel par ce grand ouvrage , avant que de se séparer, ainsi qu'il est marqué dans la Genèse ' ; Dieu ne leur permît pas de le porter, conmie ils l'espà^oient, jusqu'aux nues; ni de menacer, pour ainsi dire, le ciel par l'élévation de ce hardi bâtiment; et il mit la confusion parmi eux, en leur faisant oublier leur premier langage. Là donc ils commencèrent à se diviser en langues et en nations. Le nom de Babel, qui signifie confusion, de-

' Gen. XI, 4, 7-

mefara à la tour, en témoignage de ce désordre, et pour être un monument étemel au genre htunain, que lorgueil est la source de la division et du trouble parmi les hommes.

Voilà les commencements du monde, tels que rhistoit'e de Moïse nous les représente : commencements heureux d'abord, pleins ensuite de maux infinis ; par rapport à Dieu qui fait tout, toujours admirables; tels enfin que nous apprenons, en les repassant dans notre es prit, à considérer l'univers et le genre humain toujours sous la main du Créateur, tiré du néant par sa parole , conservé par sa bonté, gouverné par sa sagesse, puni par sa justice, délivré par sa miséricorde, et toujours assujetti à sa puissance.

Ce n'est pas ici l'univers tel que l'ont conçu les philosophes; formé, selon quelques uns, par un concours fortuit des prenûers corps; ou qui , selon les plus sages, a fourni sa matière à son atiteur; qui par conséquent n'en dépend, ni dans le fond de son être, ni dans son premier état, et qui l'ostreiïit à certaines lois que luimême ne peut violer.

Moïse, et nos anciens pères dont Moïse a recueilli les traditions, nous donnent d'autres pen-

sées. Le Dieu qu'il nous a montré a bien une autre puissance : il peut faire et défaire ainsi qu'il lui plaît; il donne des lois à la nature, et les renverse quand il veut

Si, pour se faire connoitre, dans le temps que la plupart des hommes Tavoient oublié, il a fait des miracles étonnants , et a forcé la nature à sortir de ses lois les plus constantes , il a continué par là à montrer qu'il en étoit le maître absolu, et que sa volonté est le seul lien qui entretient Tordre du monde.

G est justement ce que les hommes avoient oublié; la stabiUté d'un si bel ordre ne servoit plus qu'à leur persuader que cet ordre avoit toujours été, et qu'il étoit de soi-même; par où ils étoient portés à adorer ou le monde en général, ou les astres, les éléments, et enfin tous ces grands corps qui le composent. Dieu donc a témoigné au genre humain une bonté digne de lui, en renversant dans des occasions éclatantes cet ordre, qui non seulement ne les frappoit plus, parcequ'ils y étoient accoutumés, mais encore qui les portoit , tant ils étoient aveuglés, à imaginer hors de Dieu l'éternité et l'indépendance.

L'histoire du peuple de Dieu, attestée par sa

propre suite , et par la religion tant de ceux qui l'ont écrite que de ceux qui l'ont conservée avec tant de soin, à gardé comme dans un fidèle registre la mémoire de ces miracles , et nous donne par-là Vidée véritable de l'etopire suprême de Dieu, maître tout- puissant de ses créatures j soit pour les tenir sujettes atix lois générales qu'il a établies, soit pour leur en donner d'autres quand il juge qu'il est nécessaire de réveiller par quelque coup surprenant le genre humain endormi.

Voilà le Dieu que Moïse nous a proposé dans ses écrits comme le seul qu'il falloit servir; voilà le Dieu que les patriarches ont adoré avant Moïse; en un mot , le Dieu d'Abraham, dlsaac, et de Jacob, à qui notre père Abraham a bien voulu immoler son fils unique^ dont Melchisédech, figure de Jésus-Christ, étoit le pontife; à qui notre père Noé a sacrifié en sortant de l'arche; que le juste Abel avoit reconnu en lui offrant ce qu'il avoit de plus précieux; que Sedi, donné à Adam à la place d'Abel, avoit fait connoître à ses enfants, appelés aussi les enfants de Dieu; qu'Adam même avoit montré à ses descendants comme celui des mains duquel il s'étoit vu récemment sorti , et qui seul

pouvoit mettre fin aux maux de sa malheureuse postérité.

La belle philosophie, que celle cpii nous domie des idées si pures de Fauteur de notre être ! la belle tradition , que celle qui nous conserve la mémoire de ses œuvres magnifiques l Que le peuple de Dieu est saint, puisque, par une suite non interrompue depuis lorigine du monde jusqu'à nos jours ^ il a toujours conservé une tradition et une philosophie si sainte!

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