‹ Discours sur l'Institut canadien [microforme]Chapitre 5 sur 8 · CU PL A · texte numérisé non relu

CU PL A

ilest toujours facile, Messieurs, de faire ne longus tirade de lieux comm'ns, d'écrire des phrases à perte d'haieine sur lé dangeï des, mauvaises lectures, carilya toujours une certainé somme de vrai dans les idées qu’on exprime, vû que tel livre, parfaitement inoffensif#pour l’un; peut ne pas l’être pouf Tautre.

Que l’on mette les gens sur lenrs gardes, rien de plus juste ; c’est plus qu’un droit duns certains cas, c’est an devoir.

Mais on ne me contestera pas ñon plus qu’il doit y avoir une limite à certaines prétentions ; que l’on doit mettre un peu de discernement dans lapplication du principe : ‘“ que tonte lecture n’est

as bonne à tout le monde.”

Tel livre qu’on ne peut guère mettre entre les mains d’un collégien de 15 ans, w’offrira. pas de danger à un étudiant de 25 ; et même, tel autre livre dangereux pour certains esnrits dé 20 aus ne Je seront nullement pour certain au’:e 3 esprits du mêine âge.

Maintenant, de ce principe “que toute lecture n’est pas bonne à tout:le nionde,” va-t-on déduire cet autre principe : + qu’une bibliothèque ne doit contenrr que des livres énoffensifs A Trou: LE MONDE ? Il faudra donc mesurer la bibliothèque à l’ignorance et nonà l’instrüctiou ! [faudra donc que l’homme instruit se contente de livres où il n’aura rien à apprendre ! ! Va-t-on donner des permis d’après lé caractère, le. degré d’instruction ? Qui sera juge ? D’après lâge 1 Mais tel-livre qui sera peut-être peruicieux à un homme illettré de 50 ans ne le sera pas à un homme de trente qui:

aura quelqu’étude ! Il est fucile de déclamer mais il n’est pas si facile d’indiquer une ligne -de démaroation définis et praticable.

Simplement pour faire aa raisonné:

ment pratique, et nullement daus l’intention de blâmer, sortons des lieuxcommuns, des phrases généralisées, et voyons un peu ce qui se passe Sous Nos peux tuus les jours, muis ce à quoi nom-

re de hons esprit même ne font pas attention.

Un étudiant de 18 ans, dans sa dernière année de collége, sera surpris lisant un livre de médecine ou d’anato-

mie, Il y a dix contre un à parier qu’on:

le punira très sévèrement, si même on ne le chasse pas, pour s’être procuré uu livre que l’on regarde comme très dangereux pour lui. Quatre mois plus tard, ses étudés finies, ce même étudiant se décide à suivre la carrière de la médecine. Eh bien on lui remettra, sans considérer qu’il y ait le moindre danger, ce même livre que, quelques semaines plutôt, on regardait comme si hautement pernicieux ! Les inquiétudes que l’on menifeste sont donc souvent plutôt conventionnelles que de principe rigoureux.

Dans un certain ordre d'idées, les étudiants en médecine ne lisent, n’étudient que des livres considérés comme dangereux, propres à produire de mauvais effets sur de jeunes imaginations. Cela les démoralise-t-il, et les médecins furment-ils une classe plus immorale que les autres ?

Supposous que l'Institut, dans le but d’être utile aux médecins qui en sont membres . où pour avoir une bibliothèque scientifique complète, décide d’acheter quelqu’ouvrage de médecine ou d’anatomie de première classe. Vat-on mettre cet ouvrage à part pese ne Je montrer qu'aux médecins ? Mais il a été payé à même la bourse commune !

11 est la propriété de chacun des membres de l’Institut ! Va-t-on dire que l’on ne devra pas acheter ce livre utile parce que PInrtitut contient des jeunes gens ?

Mais l’lastitut-compte peut-être, parmi ses membres, vingt étudiants en. médecine pour qui l’ashat de cet ouvrage aura été une bonne fortune vû qu’is ne peuvent pas se Je ere par leurs propres ressources ! Va-t-on dire qu’il n’expose pas au danger les etudiants en médeciue et qu’il met en danger les mœurs des étudiants en loi? Il faudra donc, pendant que ceux-là étudieront; surveil-

ic ce

genneme, ne

ia tutelle, nécessaire à la es isposés à s’y

seront probablemènt pas soumettre de nouveau ?

ZITI

Fassons à un antre : ordre d'idées.

Vous voulez étudier les sciences physi- |qués, ou la philosophie, où même l’histoire ?

Pensez-vous étudier.-la géologie, par exemple, saus lire des onvragesquicontrediront en certains cas la cosmogonie de Moyse ? Il vous faudra quelquefois beaucoup d'étude et de recherches pour

(les réconcilier avec elle. Ils ne sont néanmoins niimmoraux, ni anti-religieux ;au contraire, à l’homme vraiment instruit, ils démontreront souvent l’exuctitude générale de la Bible surles faits fondamentaux ! Pourtant je crois pouvoir dire que cette démonstration wexistera qu'aux yeux de celui quiaura bien saisi l’ensemble des faits et aura su s'affranchir des diflicultés de détail, Voilà donc des livres où un homme peu iustruit pourra apprendre des choses qui

| mettront son esprit mul-à-l’aise, pendant qu’ils ne feront que confirmer, même dans ses croyances religieuses, l’homme qui les possèdera bien et qui aura pu les étudier à fond ! Va-t-on dire que ces livres, peut-être vernicieux à celui qui ne les comprendra pas suffisamment, certainement utiles à celui qui les aura fortement étudiés parce qu’ils lui donneront de nouvelles raisons de croire, doiventêtre bannis de notre bibliothèque vû le peu d'instruction de quelques uns des membres du corps ? Mais s’il faut p'oportionner une bibliothèque aux furces'intellectuelles de l’homuine illettré ;

s’il faut mesurer l’étude à ceux qui veulent s’instruire d’après le degré d’avancement de ceux auxquels leur position dans la vie ou leur genre d’occupation

ne permet pas d'étudier, où allons-nous ?

Au savoir ou à l’ignorance ?

| Vous voyez donc, Messieurs, que s’il

est sara rs facile de dire d’une manière

ler ceux-ci pour les ‘empêcher de jetter générale qu’il faut bannir les mauvais

un œil indiscret sur les planches ? Nous

voilà dont revenus au régime du maître

d’etude ! Franchement est-ce que ce ré-

gime est applicable à des hunmes faits ;

à des hommes qui, une fois affranchis de B

livres d’une bibliothèque, ce qui est incontestable en principe abstrait, i: n’est pas toujours fucile de définir exactement quel est le mauveis livre, car des milliers de livres qui sont jugés dange.

feux pour les autres.

- Supposons qu'il s’agisse de l'étude de la philosophie. Peut-on l’étudier avec fruit sans lire quelques-uns des ouvrages modernes ? Peut-on laisser de côté Royer-Collard, Dugald-Stewart, Jouffroy, Cousin et quelques-uns des philosophes allemands ? Ce serait une assez singulière manière d’étudier une branche quelconque ds sciences humaines

üns né 1e gônt pas pour lés

que de laisser de côté un aussi grand

nombre de ceux.qui l’ont le plus approfondie ! F "

Enfin passez à. l’histoire. Etudiez-y le progrès des sociétés, l’esprit des diverses époques, les associations d’idées générales dominantes à telle ou telle hase de la vie de l’humanité, les diverses législations qui se sont succédées ainsi que les priacipes sur lesquels elles étaient basées ; étudiez-y les systêmes et les hommes ; voyez-y ceux-ci en déshabillé, en quelque sorte, avec leurs assions et leurs convoitises. leurs am-

itions et leurs vices : eh bien, l’histoire ne vous offrira-t-elle pas, presqu’à chaue feuillet, pour ainsi dire, des faits, es actes, des critautés, des tyrannies, des violations de devoir ou de droit qni, si vous les examinez au point de vue du‘droit naturel ou du droit écrit, de la murale ou de la zeligion, jetteront dans l’étonnement, dans le malaise, tout

esprit réfléchi et logique, s’il veut juger:

les divers acteurs du grand drame qui se développe sous ses yeux, d’après ces

idées fonéamentales de justice et de

vérité qui doivent diriger les actisas publiques on privées des hommes ?

Si cu étudie l’histoire, non au seul:

point de vue d’un système particulier, d’un ordre d’idé*s préconçues, mais dans le but de se mettre exactement au fait des progrès véritables réalisés à certaines époques dans les institutions politiques où dans l'amélioration des conditions sociales ou économiques des vations de la terte, on devra nécessairement, à tel juger avec sévérité l’abus des choses les

lus saintes et regretter que quelquefois es gardiens-nés de certains principes où de certaines institutions ajent eté les

point donné de l’histoire,

Ad à les violer ou à les mettre en péril.

‘ En ua mot il n'est presqué pas un sujet d'étude qui n'offre un danger possible aux esprits mal faits ou peu éçlairés : cela dépend beaucoup du point-de vue où l’on Se placé. Faut-il pour cela renoncer & s’instruire ? Faut-il mettre sous clé tous les trésors de la pensée humaine# Faut-il que nos bibliothèues deviennent des moyens de réaction, ou d’amoindrissement intellectuel ?

Faut-il qu’elles tessent d’être des répertoires complets .des connaissances.

humaines ? Faut-il, par, exemple. renoncer aux économistes parce qu’ils sont presque tous condaianés? Pourtant la science de l’économie politique est un peu nécessaire aux hommés publics d’un pays !! Faut-il enfin rejetter les trois-quarts des esprits éminents qui ont élevé si haut la raison de l’homme et illuminé le monde ?

Mais à ce mot de raison, je vois ses détracteurs, je vois les partisans ordinaires du despotisme moral, les enfants perdns de l’automatisme intellectuel, prendre letr moins gracieux sourire, leur expression la plus hautaine-et'la plus dédaigneuse, et nous jetter ee mbt de leurinvention : :

‘6 La raison !” disent-ils, “ la raison n’a prouvé sa force que pour détruire, elle n’a jamais rien iondé de solide. ”

Donc, naturellement, sa supériorité est une chimère !

Donc'son indépendance est'un danger.

# C'est la folle du logis.” s’écrie une école qui croit faire acte de huuté raison en aiant la raison.

Au reste nous avons vu de tout temps.

cette ‘écolé non-senlement nier les

droits de la raison humaine, mais lui.

contester même ses plus évidents bien-

faits ! Nous l'avons vue de tout temps

lancer ses sarcasmes passionnés, 888 Colères inextinguibles sur tout ce qui pouvait tendre, de près ou de loin, à consacrer l'indépendance de l’esprit humaio.

Voyez-les, ces Pharisiens du siècle, toujours disposés à faire: da 'nrit sur le genre humain, regarder la science eomme une hérésie, la oivilisution comme un danger, le progrès crmme ün mai-

LE

heur ; voyez-les crier HARO sur chaque vérité AE A dans le monde par les penseurs ;. voyez-les traîner éternellement Galilée par les cheveux, mettre un baillon à [a pensée partout où ils en ont le pouvoir ; poser le droit sur la lame du sabre, ramener le peuple à lesclavage, proscrire la démocratie, n’adorer que la force, se prosterner avec empressement devant le succès, ei crier Anathème sur toutes les libertés ; la liberté politique, la liberté de conscience, et même la liberté civile! ! (1).

C’est cette école, Messieurs, qui proclamait naguères l’ère des télégraphes, des chemins de fer, de la navigation à vapeur, du journalisme, de l’amélioration de la condition économique des peuples, comme une époque de décadence pour l'hnmanité !

Que signifient au fond tontes ces diatribes contre la raison que l’on nous sert chaque matin ? Ceux-là mème qui nient sa-puissancesont.bien forcés de la subir !

Avec quoi nient-ils le raison ? Avec ledivre, qui est la plus grande conquête de la raison !

Ah! la raison ne sait que détruire !

Mais qui donc a rédigé nos codes?

Qui donc ia dicté nos institutions civiles et politiques = Qui donc a organisé les divers gouvernements de la terre ?

Qui donc a découvert les lois des plus redontables forces de la nature ? Qui donc a observé, constaté leurs effets ?

Qui donc a su les assujctir pour dompter la nature, faire disparaître l’espace, at mettre en rapport habituel, journalier, instantané, les divers peuples du globe ? .

À qui doit on le télégraphe qui porte des messages à la vitesse de mille lieues par seconde ?. .

À qui doit-on la locomotive qui nous fait franchir cent lieues en dix heures ?

À qui doit-on la découverte de la: vapeur, dont la puissance représente au- Jourd’hui dans le monde le travail réuni de plus de 700,000,000 d’hormmes ?

ui a emprisouné le rayon de soleil

TD Lee ligné mpeu (D Les 5 souligués sont empruntés à MAS me pébigir: A

nature vivante ou inanim fre

Qui donc a surpris à notre planète,en quelque sorte, le secret apparemment .

impénétrable de son êge, et a recons:

truit, à la seule inspection d’un ossement anfoui dans ses souches soufers raines depuis des milliers de : siècles, le squelette de monstres qui n’existent

lus ? Re 5 Qui donc a trouvé, 18 moyen d’assoupir même la douleur physique, et de faire les plus terribles opérations à l’aide d’ur sommeil artificiel infiltré au pa:

tient ?

À qnidoit-on toutes ces institutions de bienfaisance qui, plus que toute autre chose peut-être, prouvent le progrès de l'humanité au point de vue social...

l'école devenue universelle ; la crèche d’asile ; ies associations de secours mutuel ; l'assurance sur la vie ; la banque de prévoyance et d’énargne !

À qui doit-on la boussole, la poudre à canon, et surtout l’imprimerie, le plus grand moyen de progrès de l’humanitét

La raison de l’homme n'est-elle pas un-peu au fond de tout cela ?

pour en faire. le peintre le plan fdéla de.

e oi

Et qui donc a pesé les mondes et découvert la loi universelle de la gravitation ? N’est-ce pas par la puissance du calcul, qui est une création de sa raison, :

que l’astronome mesure et la masse et la distance des astres ?

N'est-ce pas la raison humaine qui a deviné le plan et la structure de l’univers ? N'est-ce pas elle qui a assigné à des planètes que nul œil humain n'avait encore aprerçues, leur place exacte dans le firmament ? N'est-ce pas In raison qui a remporté cet éclatant triomphe d'annoncer au monde sayant—et cela par la seule puissance du calcul, par la seule observation approfondie de la cause et de l'effet, et sans l’emploi des intruments inventés par eile—qu’àa tel jour, à telle minute, dans tel recoin de l’immensité, on pourrait appercevoir une planète dont l’existence n’avait pas même été soupçonnée ?

Et à qui doit-on la géologie, ce régttre exact, infaillible en quelque sorte des annales de le création ? À qui doiton l'anatomie comparée qui nous & ren-

votre bague?

De

dites farhiliéres'les fatines! dés ages an.

tédiluviens? A qui doit-on toutes les| sciences, On, un mot : Ja Chimie, l’optique, li dynamique, l’hydrostatique. a | pRypole le, anatomie, la botanique, la mé’£orologie, l’astronomié, lé calcul'infinitésimal, l'algèbre, les mathématiques, et enfin les arts utiles ét la mécanique dans toutes ses branches : depuis l'immense machine à vapeur qui fait franchir au navire l’océan en huit jours jusqu’à la simple machine à coudre ; depuis la gigantesque presse d’imprimerie qui jette à l'intelligence publiqne 25,000 copies de journal à l’heure, jus-

qu’à l’imperceptible instrument qui dé-

coupe avec un précision mathématique une roue dentée d’une ligne de diamétre, partie essentielle d’une montre que l’horloger enchôssera daus le chaton de

Qui donc a inspiré Pythagore et Démbüsthènes ;:Platon.et Sénèque ; Socrate et Cicéron ; Descartes et Leibnitz ; Coperaic et Kepler ; Newton et Galilée ; Colomb et Guttenberg ; Bacon, et Pothier ; Frauklin et Volta ; Laplace et Cuvier ; Morse et Stephenson ?

Toutes ces conquêtes, de la raison, dont je viens de donner une très incom-

| plète nomenclature, démontrent - elles

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son impuissance à construire ? Les, génies que je viens de nommer sont-ils apparus dans le monde en détruisant tout sur leur passage ? N’ont-ils pus au contraire été les vrais promoteurs du progrès des sociétés 7 Ah! il est vrai qu’ils ont détruit l’ignorance, combattu les préjugés, vaincu l’hostilité à Le science et an progrès !. J'avoue que, sous ce point de vue, ils ont été de grands destructeurs !

Mais que l’on compare ce qu'ils ont détruit à ce qu’ils ont construit, que l’on compare les idées qu’ils ont introduites dans le monde avec celles qu’ils en ont fait disparaître, et on verra si Ja somme du bien l'emporte ou non sur la somme du mal ; on verra sila raison #’a prouvé s? force que prur détruire !

D'ailleurs, je.le, demande à tous ces faiséurs de diatribes :::qu’est-ce que

‘@est que ln raison 7 Voici la répouse de

M. de Lainartine, “ La ruison humaine ‘“ est la confidente divine de la Provi-

4'denñce sûr 2x terre: Elétit; quoiqu'en «'drsenf'lés amätetrrs dé ténèbres, lu téi “ vélation continhée ‘des vérités dont’lu “ clarté s’accroit sans cesse sur l’hori- ‘ zon des peñples.”?

Le nom de M. de ‘Lamartine, n’est-il pas assez orthodoxe, passons à ceux que voici. h 2)

UND dE |

St.-Augustin, St.-Thomns d’Aquin, Bossuet, Fénélon, Malebranche, n’avaient pas si mauvaise opinron de la raison hüinaine que tous ces petits 'St.- Thomas en frac qui infestent: 10$'rues.

Car enfin, Messieurs, voüs êtes tous comme moi à même d’observer ce phénomène ! Nombre de jéunes étudiants; aujourd’hui, après avoir lu cinquante pages de Domat et une ou deux bruchures de Veuillot, se mettent à parler théologie commé Suarez et sont prêts à décréter d’impiété tous ceux qui ne les prennent pas at sérienx commé d’illustres docteurs de l’église ! Il parlent de la raison d’äutrui, de la ruison générale commé sf'la fée de la raison ‘éllemême les avait doués, au mbomént'de leur naissance, aux dépens de toute"leur génération ! PAR

Eh bien, les grands écrivains: religieux que je vièns de nommer, presqüe tous de vrais docteurs de l’Eglise, loin de mépriser en tout et partont la raison humaine, loin de l’hurmilier à üutrance ; loin de nous apprendre que Dieit n’a départi la raison à lPhomme que pour qu'il s’en débarrasse à un jour donné comme d’un accessoire inutile ; loin de lui imposer lé suicide comme l’acte'le plus sage qu’elle puisse réaliser ; ui reconnaissent au contraire des droits'très étendus, tout en lui imposant certains devôirs, et voici les sublimes définitions qu'ils en donnent. au he

& La raison,” disent-ils, c’est l'impression de la lumière divine en nousmêmes ” ! ou encore : “ Elle est Ta jumière naturelle mise dans hotre âme

ar l’illumination même de Dieu! ”

elles sont leurs propres exp”essions::

Va-t-on conclure de ces définitions si belles et si vraies, qüe la raison n’a aucuns droits dans le monde, ét que lé meillour moyen d’en faire usage, de remplir les vues de lu Providénes, c’est d& l'bdiquer ? dti pig ass

faire admettte

ET de

: Nos imberbes docteurs laïques vont-ils décréter. d’hérésie .les, grands hommes que.je viens, de nommer 1

Per ie res

‘Je né veux vertes pas affirmer; Messiéûts, ‘que’ la raison individuelle soit infaillible ! Je ne veux pas non plus nier qu’elle n’ait besoin d’être guidée à un, certain. âge et sur certaines questions ! Je suis même prêt à admettre qu’à tout âge,et à tous les degrés d’instruction, un hoinme raisonnable et sensé doit être sur ses gardes et veiller toujours à ce que sa raison ne fasse pas faüsse route ; qyeu fait d'étude, en un mot, la défiance

e soi-même est toujours une idée salutaire: je veux encore moins nier que quelques hommes n’aient fait un très mauvais, usage de leur raison ; mais aussi je désire vous rappeler:

Que cette négation énergique, systématique, des droitgge la raison humaine n’est pas, après tout, sans quelque danger ; Car enfin toutes les vérites qui forment aujourd’hui le fonds des conncissances et des croyaiuces humaines ne reposent en dernière analyse que sur Passentiment intérieur qui ne peut s’exercerqu’anu moyen dela raison. La conscience et la raison humaines sout solidaires, inséparables ! Qui nie l’une nie l’autre ; ét je ne comprends pascomment on peut croire affirmer la conscience en niant Ja raison. 9

Et.si je mesuis permis, Messieurs, de vous peintre à grands traits, et d’unemanière bien incumplète, les résultats généraux réalisés dans le monde par la ruison humuine, j’ai voulu seulement faire comprendre à nos agresseurs :

Que tous ces magaifijues résultats n’eussent pis été obenll. si tous les génies des générations passées etussent été sous leur tutelle ; car après tout, ils doivent admettre que quelques-unes des

randes découvertes scientifiques mosyst se sont un peu fuites malgré eux :

Que ce n’est pas en niant notre raison qu’ils peuvent nous donner une bien haute idée de la leur :

Que ce n’est jas en nous constestant le droit de juger qu'ils peuvent nous

, eur droit de nousgtger :

, Que ce n’est pas én nous conseillant

l’abdication de notre propre raison qu'ils

peuvent nous persuader de la supériorité | de la leur sur la nôtre : PANNE ANNE"

Que ce n’est pas en‘exprinrant un mé-

pris affecté, en nous jetant à pléeïnès co: | lonnes ce qu’ils ‘croient êtré “ l’humilias # tion ” qu’ils peuvent nous cunvamcere!

de leur. propre sagesse : n°06 |

Que ce n’est pas en nons calomn iant |

qu’ils peuvent nous faire croire à leur!

sincérité d’intention : f Fou.

Que ce n’est pas enfin en faisant de |:

la persécution morale acharnée contre nous, —et en vérité, nous sommes presque fondés à croire que s’ils pouvaient exercer la persécution légale, ils se donneraient cette jouissance avec dé- !

lices — qu’ils peuvent nous convainere | de leur esprit de conciliation et de!

charité. 11

De même que nous avons incontesta- | | blement des devoirs à remplir envers la |} société au milieu de laqueile nous vi- M

vons, de même nous avons un droit in- | déniable, imprescriptible à ce que l’on :

observe à notre égard les règles toujours sacrées de la justice, L'a-t-on fait à l'égard de l’Institut ?

Je crois pouvoir répoadre en toute sin- À

cérité que non ; et cela me ramène au !

point principal de mon sujet, la tentati- |

ve de dissolution de l’Institut qui a été 11

faite en 1858.

J’ai dit que l’on avait pris pour prétexte la composition de la biblivthèque.

Messieurs, je ne veux pas faire ici de discussion oiseuse, encore moiusacerhe ; et surtout je ne veux attaquer personne.

Sûrement il me sera bien permis de dire q'e depuis quatre ans, ce n’est pas de nous que les aggressions sont venues !

Je pense aussi que vous admettrez avec moi qu'uttaqué comme il l’est souvent dans la presse, comme il l’est sonvent même dans l’intimité de la famille, il est à propos que l’Institut défiuisse sa position devant le public et repousse les aceusations certainement imméritées dont il est l’objet. à A force de répéter certaines choses inexactes, on a fini par fuire croire à beaucour de personnes qu’il devuit y avoir quelque chose de fondé dans des reproches faits avec tant d’appareute

conviction, Je réponds donc ici à des !

attaques au lieu d’en faire !

.: Eh bien, reprenons les choses du ommencement et ‘examinons les faits de sang-froid, ÆExpliquons-nous, sans Bigreur contre, nos, adversaires comme aus arrière-pensée vis-à-vis du public, | :: On arousait: l’Institut. de:'conserver de mauvais livres; des livres propres à démoraliser la jeunesse, dans sa bibliothèque.: PET 1 Ê Des membres de l'Institut: disaient :

& Elle contient des livres immoraux.” La‘majorité des membres de l’Institut répondait : “ L’assertion! est”inexacte, ëtlé n’en contient pas.” 9 |" Voilà exactement quel était le débat en 1858. ee "En présence de cette affirmation et de cette négation, -que fallait-il faire ?

«-ILn?y avait clairement qu'une seule ligne. de conduite à suivre : “ Vérifier les faits !. Eh bien, quel tactique a-t-on adoptée ?

le

Le 13 avril.1858, une motion fut faite dans l’Institut, proposant de “ créer uu.comité qui recevrait instruction de faire une liste des livres qui, dans son opinion, devraient être retranchés de la bibliothèque.”

À première vue, Messieurs, cette motion peut paraître très pertinente et surtout, très inoffensive. Pourtant si on “veut se donner la peine d’en bien saisir le sens.et la portée, on se convaincra de suite qu’elle était complètement inadmissible. Pourquoi.? Parce qu’elle afirmait précisément ce qui était en débat !

“ Faire une liste des livres qui devraient être retranchés ”.. Qu’est-ce que cela sinon affirmer emphatiquement qu'il y avait de’ tels livres et même qu’il y en avait tant qu’on en pouvait faire une liste ! Or comment la majorité de l’Institut, qui n’admettait pas qu’il y eût des livres immoraux dans la bibliothèque, pouvait-elle accepter une motion. qui’ constatait très explicitement un fait qu’elle, la majorité, hiait péremptoirement ? En adoptant cette motion, la majorité aurait

icitement avoué la vérité de l’accusation même \ovtre laquelle elle s’inscrivait en fun 92 50 4 0.

Pourquoi, en présence de la dénéga:

tion de la majorité, ne demandait-on pas ia nomination d’un comité chargé de reviser la bibliothèque ? Er supposaut même du mauvais vouloir à la mhjorité, quel motif raisonnable pouvaitelle faire valoir, quelle objection ,plausible pouvait-elle offrir à la demande de la minorité de faire cette révision ? Il était certainement légitime à la minorité de bé pbs la révision, où l'examen, dans tn but quelconque, dé la bibliothéque, mais il ne l'était pas d’affirnier l'existence des mauvais livres avant examen. C’était une erreur grave que d'affirmer un fait avant de l'avoir régulièrement constaté ! à

Voudra-t-on dire que je fais ici une distinotion puérile ? Messieurs, en affai-

res de cette importance, et quand il.

s’agit d’un fait qui peut emporter condamnetion contre guglqu’un, la puérilité consiste à ne pas eXfpwimer exactement Pétat d’une questioû ; la puérilité :consiste à ne. pas swoir circonscrire rigoureusement nn début dans ses vraies limites ; à lui donner une portée, où une signification qu’il ne doit pas avoir.

Dans les corps délibératifs, depuis le plus grand jusqu’an plus infime, c’est celui qui ne sait pas. dresser sa motion qui se met dans son tort, et non,pas celui qui la repousse parce qu’elle dit trop ou trop peu. Ce n’est pas à l’accusé à corriger Îles motions, de l’accusateur {! Au oui gratuit de celui-ci, il a incontestablement droit de répondre par un #on gratuit.

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