Discours sur l'instruction publique prononcé à l'Assemblée législative de Québec [microforme]
Comme on l'a dit et répété bien des fois, la question l'instruction publique est une cause d'intérêt général, une cause commune 4 laquelle tous les amis de l'éducation, tous £eux que préoccupent l'avancement et le progrès de cette province, doivent donner leur attention. Ro:
C'est dans cette pensée que je suis heureux de remercier, en ce moment, les honorables membres de cette Chambre qui ont pris part uu débat, et que c’est pour moi un agréable devoir de les féliciter des éloquents discours qu'ils ont prononcés sur cette importante question à laquelle se rattache, en grande partie, notre avenir national.
Nous aurions mauvaise grâce à nous plaindre des divergences d'opinions qui se sont fait jour durant ce débat et dans le cours de la discussion qui s’est faite depuis quelque temps dans la presse et dans le public. Du choc des idées jaillit la lumière, et je suis convaincu que tous les honorables députés de cette Chambre n’ont en ce moment qu’une seule et même pensée, un seul et même désir patriotique : celui de faciliter à l'administration l'accomplissement de la tâche importante qui lui a été confiée par les électeurs de cette province, en accélérant davantage les progrès de l'instruction publique, par un travail consciencieux dirigé vers l'éducation du peuple.
on
Qu'il me soit done permis, paisque je dois, en quelque sorte, résumer ce débat et parler au nom du gouvernement, de dire que ces divergences d’'opinions auxquelles je faisais allusion, reposent sur des craintes plutôt factices que réelles, et de prouver cette prétenfion non seulement par les déclarations de l'honorable chef de ce gouvernement, mais aussi par des arguments tirés de notre histoire politique et qui viennent étayer de leurs poids la position prise par l'administration actuelle.
En effet, monsieur, les affirmations fréquontes de l'honorable Premier
ministre, celles de plus ieurs de ses collègues, toutes reproduites duns la pres
que l'administration libérale est opposée au rétablissement d'un ministère de l'instruction publique, dans cette province, devraient, ce me semble, rassurer
les esprits les plus timoré .absoudre Île gouvernement de Faceusation qu'on porte contre lui, en certains quartiers, de vouloir s'emparer de l'instruction publique et de la soustraire à l'influence légitime du clergé.
J'admets que plusieurs esprits rés dans cette province, tout en aceep-
tant ces déel stent pas moins à croire que la création
tions officielles, w'en pe
d'un ministère de instruction publique serait de nature it accélérer vivement les progrès de l'éducation, chez nous. Je respecte cette opinion, mais je dois dire qu'elle ne me paraît pas être prouvée par les leçons du passé et les faits de notre histoire.
isons données
Jetons un ref «den arrière pour Nous convaincre que les
par nos prédécesseurs pour renoncer au ministère de l'instruction publique pour adopter le système actuel sont des raisons d'etlicacité et d'ordre politique.
M. l'Orateur, en 1867, l'hon. M: Chauveau, appelé comme premier ministre à la formation de la première administration de cette province, fut en même temps Île premier ministre de l'Instruction publique. Des études spé-
ciales faites dans les différents pays de l'Europe qu'il avait visités spécialement dans ce but et l'expérience qu'il avait acquise sous J'Union comme guccesseur du premier surintendant, le docteur Meilleur, l'appelaient plus que tout autre À la direction d’un département aussi important.
En 1871 et 1872, le ministère de J'Instruction publique fut encore vonfié au premier ministre, l'hon. G. Ouimet, appelé alors à la formation de la seconde administration provinciale.
En 1874, le ministère de l'Instruetion publique fut encore confié au premier ministre, l'hon. M. de Bouche: ville, appelé alors à la formation de la troisième administration de la province.
Lorsque les honorables MM. Chauveat, Ouimet et de Boucherville acceptèrent comme ministres de l'Instruction publique, la direction d’un départe-
ment aussi important, ils ne furent jamais accusés par leurs contemporains de radicalisme et de vouloir soustraire l’enseignement à l'influence légitime du clergé, c’est-à-dire au contrôle du Conseil de l’Instruction publique.
Lorsque l'on décidait, en 1875, l'abolition du ministère de l’Instruction publique pour substituer au ministre un surintendant, comme sous l'Union, on n'invoqua jamais à l'appui du changement aucune de ces accusations contre les trois ministres dont je viens de parler, et je ne puis faire mieux que de citer les raisons que l'hon, M. de Boureherville, aujourd'hui le doyen de notre Conseil législatif, invoquait À l'appui de ce changement, raisons que nots
trouvons à la page 5 du rapport du ministre de l'Instruction publique pour l'année 1874 et 1875:
“ La position dans laquelle se trouve le ministre de Instruction publique, en prenant la direction d'un département aussi important et dont nécessuirement il ne connaît que peu de choses, est extrémement difficile, Les nombreuses occupations dont il est chargé, ne lui laissent presque pas de temps pour suivre les détails du fonctionnement et pour voir, ce qui est très important, à ce que d'année en année, on fasse entrer dans le système tout ce qui peut l'améliorer, en s'aidant, pour cela, de l'expérience des autres nations. D'où it suit que cette charge ne peut être occupée avantageusement pour le PAYS que par un homme compétent en la matière, dévoué, ami de l'éducation et pouvant consacrer tout son temps à cette tâche difficile.
“Ses fonctions n'étant sujettes à révocation que sous bon plaisir, il aurait le temps de faire les études requises et d'acquérir une expérience absolument nécessaire,
“Ces raisons m'ont décidé à rétablir Ja charge de surintendant, complètement séparée de la politique.”
Ces raisons, je crois, sont concluantes. J'ajouterai, pour ce qui me
, concerne, qu'en 1897, lorsque j’eus l'honneur de siéger pour la première fois dans cette législature j'ai été en faveur du projet de loi qui fut alors présenté pour rétablir le ministère de l’Instruction publique. Avec l'honorable M. Marchand, M. Gilbert Dechène, M. Robidoux et J'ajouterai mon excellent ami et prédécesseur au département, l'honorable A. Robitaille, j'ai voté pour cette mesure, de bonne foi et la croyant dans les meilleurs intérêts de la province. Je dois avouer qu’à cette époque et même jusqu'à la dernière session, la pratique constante de ma profession éomme avocat, ne m'avait pas permis de consacrer à cette question si importante, l'étude et la réflexion requises, et que mes opinions se sont modifiées sur ce sujet, spécialement depuis que l’honorable Premier ministre a bien voulu m’honorer de sa confiance en m'appelant à faire partie de son ministère, comme secrétaire de la province,
Je me suis rappelé davantage que sous les différentes administrations qui se sont succédées dans cette province et spécialement de 1886 à 1896,—je meationne particulièrement cette époque, parce que les deux partis politiques dans cette province, étaient représentés dans cette chambre, puisqu'il existait au moins une opposition commandée alors par un chef reconnu,—je me suis rappelé davantage, dis-je, que les argents votés chaque année durant cette période pour venir en aide à la colonisation et sous le contrôle absolu du ministre de ce département, étaient bien des fois distribués de préférence dans
les comtés représentés par les député
s ministériels. Les députés de l’opposition se plaignaient alors,—et si ma mémoire ne me fait pas défaut—l’honorable député de Joliette, qui se trouvait alors comme aujourd’hui dans lopposition, se plaignait lui-même que la enuse sacrée de la colonisation était souvent sacrifiée aux intérêts d’un parti politique.
Je veux bien admettre que nous n’aurions pas aujourd’hui à redouter ces exigences de la politique, si la distribution des argents votés pour l'instruction publique était sous le contrôle absolu d'un ministre, la presque totalité de la, députation étant ministérielle. Mais peut-être que dans un avenir sans doute bien éloigné, les deux partis politiques aans cette province seront plus également représentés dans cette Chambre et que ces exigences politiques que l'on déplorait autrefois dans la distribution des argents de la colonisation se présenteraient à nouveau dans la distribution des argents pour venir en aide à l'instruction publique dans cette province.
Et d’ailleurs, la création d'un ministère de l'instruction publique seraiteHe une panacée aux différentes plaintes formulées aujourd’hui contre l’efficacité de notre système scolaire ? Avec le modeste budget que nous votons chaque année pour l'instruction publique dans cette province, un ministre au lieu d’un surintendant, tel que nous l'avions de 1867 à 1875, serait-il en état de les faire disparaître dans quelques années ?
Voici ce que disait à ce sujet, il y à quelques semaines, un homme d’une grande expérience dans tout ce qui concerne l'instruction publique dans cette province, dans une entrevue au “ Montreal Star ”, le Rév. €. Shaw, président du comité protestant du Conseil de l'Instruction publique et principal du VWestloyan Theological College :
Question :—‘ Que pensez-vous de l'idée d'avoir un ministre de l’instruction publique ? L
Réponse :—" J'ai assez de confiance dans le jugement de nos compatriotes protestants, pour croire qu'ils ne se soumettront jamais à cela. Nous ne voulons pas ravaler les intérêts sacrés de l'éducation, en les mettant dans le champ de la partisannerie politique, comme la chose se fait souvent dans Ontario.”
Remarquons aussi que dans la province d’Ontario, dont le système scolaire ‘ est parfois tant vanté, l'on veut imiter aujourd’hui notre province, en adjoi- &nant au ministre de l’Instruction publique, un expert en éducation savoir, un surintendant,
Voici ce que disait à ce sujet le “ Mail and Empire ”, journal ministériel, au commencement de février dernier :
“ Certainement, un changement important sera la nomination d’un expert en éducation au poste de surintendant général. Cet officier tendra à séparer le système d’édueation des choses politiques. Le contrôle ministériel a introduit la politique ; la “ superintendance ” l'en chassera ; tandis que la Permanence du ministère assurera à la Législature la responsabilité devant le peuple. Un autre Vantage au compte du nouveau système sera d’assurer Ja continuité dans la direction, Les ministres de l'éducation partent et arrivent, mais le surintendant familier avec le passé, et mis au fait des besoins de l'avenir, sera toujours leur guide,”
Voilà la réforme qu’on va mettre à l'essai, dans la province sœur.
Tel est, Monsieur, l'historique exact de ce qui s’est passé dans la province de Québec au sujet de la création d’un ministère de l’Instruction publique et du changement qui a été décrété en 1875 et qui est, depuis cette date, en vigueur dans cette Province. Si je voulais ouvrir ici une parenthèse et faire de cette question ce que certains de nos adversaires ont fait—un léger brin de capital politique—je dirais que ceux qui les premiers ont eu l'idée de créer un ministère de l’Instruction publique r *sponsable à la Chambre, et qui par conséquent ont donné prise à toutes les accusations qu’on à dirigées contre nous, de vouloir laïciser l’enseignement, ce sont non pas les libéraux, mais les conservateurs, et que nous Pouvons, en toute liberté, répondre À nos adversaires : médecins, guérissez-vous vous-mêmes. MM. Chauveau, Ouimet et de Boucherville sont les chefs de la vicille école conservatrice en cette province, et ce sont eux qui ont été responsables de la création de ce ministère. Est-il étonnant, Messieurs, qu'à la suite de ces modèles dont personne ne songe à contester l'orthodoxie, un certain nombre de personnes de bonne foi se soient laissées entraîner à croire comme ces messieurs ont cru, en l'efficacité d’un ministère de l’Instruction publique,
Ce que je viens de dire est, je crois, de nature à convaincre la population de cette province que les idées et les intentions du gouvernement sont au-dessus de tout reproche et de Soupçon, et j'arrive maintenant à l'étude des critiques qui ont été faites sur notre système actuel et à l'examen des réformes qu'on suggère au fonctionnement de nos lois scolaires,
Les principles plaintes qui ont été formulées contre l'efficacité de notre système scolaire peuvent se résumer dans les suivantes :
1.—]Insuffisance des salaires payés aux institutrices par nos commissions scolaires.
9,—Incompétence des membres du corps € nseignant.
3,— Nécessité de créer de nouvelles écoles normales pour former de bons instituteurs et de bonnes institutrices.
4,—Négligence du bureau des examinateurs distribuant des miliers de diplômes pour l'enseignement à des jeunes filles souvent incompétentes.
5.—Le grand nombre de maisons d'écoles défectueuses, sous le rapport de l'hygiène, dans lesquelles les enfants et les institutrices compromettent leur santé.
6.—Inspection des écoles insuffisante et salaires des inspecteurs d'écoles
trop peu élevés.