‹ Discours sur l'origine, les progrès, les objets particuliers, et l'importance de l'économie politique. Contenant l'esquisse d'un cours sur les principes et la théorie de cette scienceChapitre 26 sur 31 · DU PREMIER PRINCIPE · texte numérisé non relu

DU PREMIER PRINCIPE

La rente lia^eete point le prix , etc.

On doit reconnoître que la rente croît par la culture des terres de qualité inférieure, par leur nature ou par leur situation. Ce principe , posé par M.' Malthus et exclusivement adopté par Ricardo , ne sauroit être nié. Mais, dans l'exacte vérité , on doit reconnoître aussi qu'il y a toujours quelque rente sur la terre en culture, à moins qu'on ne feigne un temps où les terres, bien que cultivées , n'étoient pas en propriété. Cette remarque sera saisie par les explications qui suivent.

La propriété doit de suite faire naître une rente. C'est une partie essentielle de ce droit , lequel ne seroit rien sans une jouissance , qui se convertit toujours en rente. On ne peut objecter les colonies ou

( -73) les étals nouveaux qui trouvent à leur disposition de vastes étendues de terres faciles à défricher et qui en concèdent la propriété à titre gratuit. Car on peut répondre : i.*^ que rarement le titre est entièrement gratuit ; que tout au moins en revendant ces terres , on y trouve un bénéfice ; 2.^ que le cultivateur trouve dans le droit de propriété l'avantage d'un travail non interrompu ; 3.*^ que dans ces pays nouveaux , les capitaux et le travail , convertissant les déserts en villages et en villes , donnent en peu de temps une grande valeur à une propriété qui n'en avoit point. Il y a donc dans ces pays-là une valeur réelle à la propriété , et un spéculateur trouvera son compte à faire défricher et amender le sol qui lui appartient par un fermier qui lui paiera la plus foible redevance. Il y a toujours ce que Ton peut appeler la renie minime.

Ce n'est par conséquent que sur les terres non appropriées qu'il est possible de concevoir cette première période , à laquelle on renvoie , comme celle qui a précédé l 'institution du fermage. Les Ricardiens le reconnoissent eux-mêmes. Mais ils supposent à

cet état primitif une réalité qu'il est dit*lîciie de se figurer. Ainsi M/ Mac Cullocli dit : « Il est clair que, dans Jes comrnen- » cemens de la société, avant que le ca- » pital eut été accumulé et la terre mise » en propriété, tout le produit du travail 3» dut aller à l'ouv^rier » (i). Or, les philosophes , qui ont rédéchi sur l'origine dé la propriété , auront de la difficulté à se figurer un tel état de choses ; des cultivateurs non-propriétaires, vendant leurs produits en concurrence avec ceux de l'industrie , c'est-à-dire une propriété itiercâr*tile et industrielle établie, et nulle propriété agricole.

Au reste , l'invraisemblance de cette hypothèse n'est relevée ici , que pour rendre prudent à en tirer des conséquences , et pour montrer l'espèce d'abstractioti , de généralisation , à laquelle se livrent souvent les Piicardiens. Car d'ailleurs nous recorinoissons avec eux que la rente est étrangère à la production et que les trais de celleci se réduisent aux salaires payés et aux profits des capitaux avancés pour la culture

(l) Voyez p. 126 du Discours.

( 17^0 des lerres de qualité inférieure. On a observé avec raison que la rente minime, étant introduite dans les expressions relatives aux principes que nous discutons , n'est d'aucune influence , et n'a d'autre effet que de rendre ces expressions moins simples (i).

DU SECOND TRINCirE.

Le salaire règle le profit. ~— Princ. sec. La somme du salaire et du profit ne peut beaucoup varier.

Ce f^eroit trop généraliser que de regarder avec assurance comme co«5to/?/, dans toute la force du terme, le produit d'un même travail et d'un même capital. Si cela est vrai en parlant du même instant et du même emploi , pour d'autres cas , on ne sauroit l'accorder, et la plupart du temps il est à croire qu'au contraire il 7 a une variation dans ce produit. Le besoin urgent , que les consommateurs peuvent avoir d'un certain produit, fera cesser celte constance de la somme des salaires et des profits. Et comme le produit dont il s'agit est le hlé, l'observation acquiert de l'importance. Quand la rareté arrive, le prix du blé monte ; mais

(0 Mill, Eléments etc. p. 34 sec. «dit. ao§I.

comme h besoin urgent existe, il moule pliiâ haut 5 qa'ii n'est rigoureusement néccssiaire pour compenser la rareté. Alors donc les saltûres et les profits montent en somme y sans que le propriétaire ait sa rente accrue, à moins qu'elle ne se paie en nature. Cette somme supposée constante peut donc varier. Or, le blé est le produit sur lequel reposent tous les principes , puisque c'est le plus important des produits agricoles, et que les produits agricoles , d'après les Ricardiens , sont ceux dont le profit règle celui des autres produits. (4.*^ Principe.)

On doit donc , en posant la règle générale , que la somme des profits et des salaires est constante , annoncer que cette règle n'est pas sans exception , et qu'entr'autres elle ne sauroit se vérifier dans les cas de rareté (1).

(1) Nous saisissons celle occasion pour faire observer que, si nous présentons des reslriclious aux principes posés par lesUicardiens, nous n'en admirons pos moins le génie qui a saisi ces principes dans loute leur étendue. Ces profonds économistes en sont venus à réduire la science à une grande simplicité, en prenant pour base des moyennes , et en écartant toutes les circonslances accidenielles qui auroient pu

ou TROISIÈME PRINCIPE.

léU terre qui ne donne point de rente d/'tfir'^'me ,p(tr le prix de ses produits y celui de n produits des autres terres.

On peut élever un doute sur l'influence des terres inférieures pour régler les prix , en ayant égard, cohime on le doit , à leur étendue relative. Pour chercher à faire sentir la nécessité de ce' te influence , M.' Mill use de cette comparaison : « Supposez que toutes » les terres en culture dans un certain pays « soient de même qualité et donnent les >> mêmes profils aux capitaux qu'on y appli- « que, à l'exception d'un seul acre, qui » donne un produit sextuple de celui de tout » autre (i). » Il est certain , comme M/ Mill le prouve , que le fermier de ce der^

les arrêter dans leurs généralisations. C'est par cette marche qu'ils arrivent à répandre la lumière sUr des objets compliqués. Comme dans les scieuces physiques on a commencé par l'empirisme et fini par les formules et les principes assurés, de même dans plusieurs chapitres de l'économie politique, oii peut espérer qu'après des lâtonnemens on arrivera à un systèiue coorduQUé dans toutes ses parties.

(i) '^xW , Eléments etc., p. 7 i > 2.<^e édit. angl.

Disc. s. Vécon. polit^ ^^

( 178 ) liier acre ne pourroit point élever son fermage, et que les cinq sixièmes da produit appartiendroient au propriétaire. Mais si Tingénieux auteur avoit pensé à proposer une fiction semblable pour le cas inverse, il auroit reconnu que le résultat étoit différent. En effet, supposons toutes levS terres au niveau , excepté un acre de terre inférieure. Que sur cet acre unique , le profit du capital soit la sixième partie du profit sur tout autre. Pense-t-on que le profit de quelques millions d'acres fût forcé de se réduire à la sixième partie de son profit habituel ? Il est probable que cet acre unique n'auroit pas d'effet , parce que les produits quelconques ( spécialement le blé ) étant portés au marché , ne souffriroient point sensiblement de la concurrence d'une portion minime. Nous disons donc que l'assertion ricardienne sur j'effet des terres inférieures doit être modifiée par l'étendue relative des terres de fertilité inégale. Cette remarque a surtout de l'importance , quand on s'occupe d'un pays qui est dans un état de civilisation avancée , tel que la France et l'Angleterre^ les terrains il6 qualité supé-

( ^79 ) rieure sont ceux qui y sont dès long-teiTlps cultivés. Ils y sont en grande abondance par comparaison à ceux de qualilé inférieure. On peut donc s'attendre à quelqu'atfoiblissement de leur influence , quelque réelle qu'elle soit pour régler le prix*

DU QUATRIÈME PRINCII>E* Les profils agricoles règlent les autres profits.

Renvoyant à ce qui a été dit , dans l'exposé du principe, nous reconnoissons qu'eu général le taux des profits agricoles règle celui des profits industriels. Mais en même temps nous ferons remarquer que ceux-ci réagissent nécessairement sur les premiers. Quand le prix du blé vient à hausser à un certain point , les capitaux industriels s'ap^ pliquent aux terres et réduisent nécessairement les profits agricoleSé

Cette remarque n'est point proposée comme une objection au principe , pris dans sa généralité ; mais elle tend seulement à présenter une modification qu'il ne faut jamais perdre totalement de vue.

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