‹ Discours sur l'origine, les progrès, les objets particuliers, et l'importance de l'économie politique. Contenant l'esquisse d'un cours sur les principes et la théorie de cette scienceChapitre 31 sur 31 · I. La haïsse des profits annonce la décadence divitiale · texte numérisé non relu

I. La haïsse des profits annonce la décadence divitiale

L'auteur de l'article déjà cité, de la Eevue d'Edimbourg , énonce ainsi les craintes que la baisse des profits lui inspire. « L'appa- » rence de prospérité que présente TAnglew terre, dit-il, est trompeuse; la plaie de » la pauvreté a atteint secrètement la masse « des citoyens, et les fondemens de la puisy> sance et de la grandeur nationale ont été

» ébranlés Là où le taux de l'intérêt

» est bas , comme en Angleterre , le taux 5» des profits est également bas et la pros- » périté de la nation a dépassé le point cul- » minant (i). »

Ces assertions ne peuvent manquer de surprendre tous ceux qui connoissent l'état brillant de l'Angleterre. Présager sa décadence , au moment oii sa prospérité paroît tous les jours s'accroître , présente un contraste inattendu. Les réflexions qui suivent ont pour objet d'élever quelques doutes sur cette opinion paradoxale.

Si les profits baissoient perpétuellement

(i) Edinhurgh review, March i824 , Considérations «n the accumulation of capital , p. 8.

( "98 ) par le progrès de la richesse nationale , eÉ parvenoient en conséquence nécessairement au terme qui arrête ce progrès et amène forcément la décadence ; si cette cause de la baisse des profits éloit la seule que l'on pût admettre ; il s'ensuivroit sans doule qu'en voyant les profits bas , on pourroit présager la diminution de la fortune du pays où ce symptônie se feroit remarquer. Mais nous avons vu que la richesse croissante n'a pas l'influence qu'on a cru pouvoir lui attribuer; elle ne fait pas baisser les profits d'une manière permanente ; la culture qu'elle fait naître n'a d'autre effet que de les ramener à leur taux naturel. En outre , il n'est pas difficile de concevoir d'autres causes qui influent sur les profits ; par exemple, la rareté» ou la difficulté des entreprises , le rapport des capitaux à la population (indépendamment de leur état absolu et simultané de progrès ou de rétrogradation), etc. Par conséquent, on ne sauroit voir dans une baisse des profits un symptôme alarmant de décadence future , immédiate et progressive ; mais bien un état de choses très-compatible avec le progrès divitial ; un état de choses qui re-

( ^99 ) présente peut-être rextrémité d'une de ces oscillations dont nous avons parlé; ou quelquefois peut-être l'effet d'une plus grande prudence de la part de la population ouvrière à prévenir un excès d'accroissement , etc. On ne sauroit donc , d'après les explications données en discutant la seconde conséquence , admettre celle qui en dépend ; et nous croyons que les bas profits dont on s'alarme n'ont jusqu'ici rien de menaçant.

II. Les propriétaires du sol ont , à cet égard , un intérêt opposé à celai des autres classes.

Il est évident que les propriétaires du sol sont intéressés à la baisse des prolits , lorsque cette baisse dérive de la mise en culture des terres de qualité inférieure. Car ils le sont à l'élévation de leur rente qui s'accroît par cette nouvelle culture. Mais il ne suit pas de là que leur intérêt se trouve à la décadence divitiale. II faut se rappeler que la baisse des profits , produite par de nouvelles cultures , n'est pas une baisse réelle et permanente. Elle est l'efïet d'une hausse précédente. Et c'est réellement à cette hausse que la rente est due. Il a fallu que le taux des profits agricoles s'élevât

beaucoup pour que les nouvelles terres fussent cultivées. Le propriétaire doit donc fortement désirer des profits croissans qui , bien que réduits par des cultures subséquentes, ne peuvent manquer de donner à sa rente quelque notable accroissement.

Mais, indépendamment de cette considération , il ne faut pas oublier que d'année en année ( ou tout au moins d'un bail à l'autre), le propriétaire est intéressé à de hauts produits. Il peut stipuler un fermage en nature , et sa part croît comme celle du fermier ou capitaliste.

N'omettons pa^ de rappeler l'observation, faite dès long-temps par Adam Smith et d'autres économistes , qu'à côté des bénéfices que procure au propriétaire du sol l'amélioration des produits agricoles dont il est vendeur , l'amélioration de l'industrie fait baisser le prix des ouvrages faits dont il est acheteur (i).

En donnant donc beaucoup d'attention aux raisonnemens desRicardlens à ce sujet, nous sommes portés à croire qu'ils ont présenté les intérêts des propriétaires de terre

(i) Adam Smiih, Richesse des nations ^ trad. de Garnier, vol. 2, p. i6o.

sous un aspect trop défavorable. Leur inlérêt personnel se lie à l'intérêt général et à tous les pertectionnemens qu'amène la civilisation. Si, dans la discussion des grandes questions qui s'y rattachent, on a pu quelquefois redouter leur influence ; si Ton a craint de donner trop de poids à leurs opinions ; n'en faut-il pas chercher la raison dans le défaut d'ensemble que fait naître leur isolement, et dans l'imperfection des renseignemens à leur portée. Du reste , nous n'avons rien à dire de plus sur ce sujet. Notre seul dessein a été d'examiner une conséquence subordonnée, qui , en dernier résultat, ne nous semble pas pouvoir être admise avec confiance.

m. Pour prévenir la décadence dwitiale^ il faut établir la liberté du commerce.

A cette conséquence, nous sommes loin de faire aucune objection. Nous croyons que tous les économistes (quels que soient les principes abstraits auxquels ils s'attachent) arrivent à cet égard au même résultat. Et en suivant la marche d'un grand état (l)

(i) Qu'il nous soit permis de remarquer que dans l'un des plus petits, malgré divers obstacles locaux^

fait pour donner l'exemple à l'Europe , on peut raisonnablement s'attendre à voir leurs maximes réduites en pratique.

Nous ne répugnerions donc nullement à rencontrer, dans un nouveau système, un argument nouveau en faveur d'une doctrine que nous croyons solide et éminemment recommandable. Mais notre respect pour la vérité et pour les auteurs d'oii émane un tel argument, nous impose la loi de le discuter. Or, à la discussion, il nous est impossible de lui trouver beaucoup de force. Cet argument revient à dire qu'un peuple progressif doit faire effort pour ralentir sa ctiute en répandant en quelque sorte sa prospérité autour de lui, prenant ainsi quelque part aux profits élevés des peuples en retard. Il n'y a rien en tout cela que dé Irès-iouable et qui ne soit en résultat d'accord avec les principes , et même avec les sentimens, les plus conformes à la raison. Mais s'il est vrai que la prospérité croissante ne fait pas baisser les profits d'une

on s'esl finalement aiiaché au même système. Le commerce des grains n'est assujetti à Genève à aucune cène.

( =o3 ) manière permanente , et si une telle baisse n'est pas un symptôme de décadence divitiale- ce n'est pas par un motif de crainte et de défiance, qu'un pays prospère doit consentir à s'approvisionner au- dehors; ce doit être par tojs les motifs qui militent en faveur de Ja liberté du commerce, motifs que nous jugeons bien superflu de rappeler (i).

Nous croyons donc que l'argument, tiré du désir de prévenir la baisse des profits produite par le progrès social, n'a de force qu'en ce sens , qu'il faut, en tout temps, pour que les prolits se soutiennent à leur taux, donner à toutes les entreprises tout l'essor dont elles sont susceptibles.

A cet argument on en oppose d'autres en sens contraire. Mais comme ceux-ci sont presque tous tirés de circonstances particulières et souvent forcées, comme ils sont sans rapport direct avec la conséquence que nous discutons , nous n'avons pas à nous en occuper,

(i) On les trouve développés avec beaucoup de elarlé dans le Discours dont nous publions la iraduciiou, p. 121.

Nous avons mis qnelqiie soin à présenter, sous une forme claire, les principes de quelques auteurs respectables. Leurs savantes recherches sur les impôts et sur la monnoie n'ont pu trouver place dans cet exposé ra-' pide des principes généraux , et demandent un examen plus approfondi. Notre but étoit de rendre ces principes généraux plus acces^ sibles et plus faciles à discuter. En essayant de les discuter nous-mêmes, nous n'avons eu d'autre prétention que d'ébaucher un ouvrage, qui demande, pour être achevé , une main habile et toute l'attention des plus savans publicistes. C'est plus particulièrement aux défenseurs du nouveau système que nous présentons ces réflexions , où ils reconnoîtront aisément l'estime que nous inspirent leurs utiles travaux.

FIK.

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