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haire dans le cœur dun peuple, le plonge dans la plus funeste des ivresses, l’exalte, Le transporte jusqu’au vertige, puis quand il l’a abusé, le saisit, le jette impitoyablement sous les roues du char qui l’écrasenten frémissant, et d’ur bond montant seul sur le char de la richesse, il prend pour lui la fortune, saisit les rênes du despo‘isme et prétend seul jouir et régner.
Ouvriers, voilà ce que vous prépare le meneur politique,le factieux, l’ambitieux. Il vous flatte pour vous soulever, puis quand il vous a tournés à son propre profit, n'étant plus dans ses mains qu'un instrument nuisible, il vous rejette avec dédain et sans pitié 1l vous écrase.
Où est-il le coupable qu’il faut accuser de ces révolutions sanglantes qui agitent et bouleversent depuis plus d’un demi-siècle le monde tout entier ?
Est-ce l’ouvrier ? Est-ce l’impiété !
Ouvriers, vous n'êtes qu’une victime. C’est vous, philosophes impies, vous, meneurs politiques, qui seuls portez sur votre tête le poids de si grands crimes. Tant de malice et tant de haine ne seront jamais dans le cœur du peuple, dans le cœur Ae l’ouvrier,
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et si parfois il est capable de ces grands attentats qui font crouler les empires, il est moins criminel qu’il n’est malheureux ; car toujours il succombe lui-même sous les ruines qu'il accumule sans le savoir, et c’est d’ailleurs que de son propre fonds que lui est venu tant de malice.
Donc, ouvriers, n'écoutez Järnais l'impiété du faux philosophe ; n’écoutez Jamais non plus les faux discours du meneur politique. L'un vous dégrade et l’autre vous détruit.
Qu'est-il dons par lui-même cet ouvrier qu’on a tant calomnié ? c’est ce qui nous reste maintenant à examiner.
Nous venons de voir ce qu'en fait l’impiété, voyons maintenant ce qu’en font les nobles instincts de la nature que Dieu lui a donnée.
Ouvrier,qui-ss-tu, toi qui dès l’aube du jour longes ce trottoir d’un pas grave et modéré ? —Je suis fils du peuple. — Où vas-tu avec ce tablier sous le bras, ce ciseau dans une main et ce marteau sur l'épaule ? — À mon devoir. — Mais où te porte ton devoir ?
— À l'atelier, la patrie du travail.
Oh! qu'il est beau le travailleur
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quand il suit son propre génie. Je le suis, j'entre avec lui. Quel beau spectacle !
Entencez-vous le bruit saccadé du marteau qui retentit sur l’enclume ?
ce chant de la patrie ou ce cantique de la religion qui se mêle au sifflement de la vapeur et aux grincements de la lime ou de la scie? C’est l’ouvrier à son travail, l’ouvrier qui gagne le pain de ses enfants en gagnant son salaire. Oh! nobles sueurs que vous êtes respectables ; coulez, coulez,vous ne serez point perdues ; vous êtes les sueurs du courage, les sueu:s de 12 force, de la belle activité qui se dévelopye. Les anges vous recueillent dans l’urne de la religion, et un jour vous les verrez là haut qui vous seront rendues comme autant de perles et de diamants.
Ainsi, 10 l’'ouvrier, par son propre génie, est l’hommie du travail.
Déjà le soleil est à son déclin et les ombres tombent des cieux. Fils du peuple.l’heure est venue, ton jour est rempli, reprends ta veste de bure. Ilsort.
Ouvrier, où vas-tu ?—A mon devoir.
—Mais ton devoir où te porte-t-il ?—A
ma famille.—Quoi, à ta famille, à ton foyer domestique !
Oh! Quel génie que le génie du travailleur. Il n’est pas seulement lhomme de travail, mais encore l’homme de cœur.
Je le suis, je frappe à la porte, j'ouvre.… quoi de plus admirable ! Cestun père de famille joyeux et tranquille au milieu de ses chers enfants. L'un le regarde en souriant, l’autre grimpe sur ses genoux en le caressant avec tendresse. L’épouse ivre de joie, lève les mains en haut en bénissant le ciel.
Et lui, le cœur attendri de l’amour le plus pur, il verse des larmes de jouissance et de bonheur.
Ainsi, 20 l’ouvrier, par son propre génie, est l’homme de cœur.
C’est le plus beau des matins. L'air est frais et mon regard plonge avec délices dans l'immense azur du beau ciel canadien. J'entends les cloches qui s’ébranlent, le son coule, s'étend et porte l’allégresse dans toute la cité.
Les murs de la maison s’agitent doucement, les vitres frémissent en souriant, tous les cœurs sont émus et battent dans les poitrines ; c’est le jour :
du repos, le dimanche, le jour de ia religion.
Ouvrier, où vas-tu de ce pas pressé, avec ces habits de fête ?—A mon devoir—EÆEt où te porte ton devoir ?—A mon Eglise, c’est le jour du dimanche.
Ab ! le jour du dimanche, tu le connais donc, brave et pieux artisan. Entre sous ces parvis sacrés, va t'agenouiller sous ces voutes gothiques, au pied des tabernacles sacrés, va porter ta prière au Dieu que tu adores, va lui demander qu’il bénisse tesenfants, soutienne ton courage, nréserve ta conscience et féconde ton travail. Rien v’est plus beau que J’ouvrier, qui après avoir arrosé la terre de ses sueurs généreusoes va se courber devant le père du monde pour lui demander ses grâces et porter jusqu'à lui ses immortelles espérances.
L'ouvrier, il est donc par son génie l'homme de foi.
Ainsi, homme de travail, homme de cœur, homme de foi, voilà l'ouvrier libre de l’impiété, libre de l’utopie, libre des passions, quand il suit les plus purs et les plus nobles instincts
qu'ont déposés en son cœur les mains de Dieu et de la religion.
Voilà donc, travailleurs qui m'’entendez, voilà donc ce que vous devez être vous-mêmes ; mais la main sur [a conscience, est-ce là toujours ce que vous êtes ?
Ici point de reproches, je vous l'ai annoncé, je ne viens point vous en faire. Maïs, sachez-le, qui refuse l’ouvrage, ne porte le poids du jour qu’en murmurant, n’aspire qu’à gagner sans rien faire, par trouble et sédition, ce n’est pas là l’homme de travail; ce n’est pas l’ouvrier canadien.
Qui délaisse sa famille, fait pleurer son épouse, néglige ses enfants, préfère aux douceurs du foyer’ domestique les excès dégradants de la boisson, du jeu et de la cantine, ce n’est plus l’homme de cœur ; ce n’est plus l’ouyrier canadien.
Qui méconnait son église, méprise le dimanche, insulte à sa foi et à sa religion, n’est plus l’homme de foi, n’est plus l’ouvrier canadien.
Qu'est-il? L'homme de la passion.
Faut-il ajouter quelque chose encore? Oui, et ce sera en considérant
l'artisan formé en corps dans ses associations, en ‘adressant surtout aux dignes membres de l’Insitut des Artisans Canadiens.
Et après avoir revêtu le travailleur de la dignité d'homme de travail, de cœur et de religion, nous allons encore le couvrir du brillant manteau de l'homme de progrès; car par ses associations bien entendues, bien gouérnées, vous devenez dans vos limites et de justes proportions les hommes d'industrie et de civilisation.
Cultivez la science, c’est elle qui vous grandira.
Il y a dans l’homme un désir insatiable de s’instruire ; plus il apprend plus il veut savoir, à chaque pas il découvre des horizcas nouveaux. Dieu a mis dans son cœur une immense avidité de savoir, une volonté sans limites de s'élever, et c’est la première et la plus grande de ses ambitions. L'étude développe ses facultés intellectuelles ; il perçoit avec facilité les problèmes les plus difficiles et il monte toujours.
C'est ainsi qu'il devient l’homme de progrès, et de son pays.
Il y a dans les associations comme la vôtre un triple apostolat. lo. Apostolat industriel ; 20. Apostolat économique ; 30. Apostolat national.
Un apostolat Industriel : en effet, c’est ainsi qu’on se forme au commerce et à l’industrie ; c’est ainsi que Montréal élargit ses rues, élève ces magnifiques édifices qui font son orgueil et l’ad- ‘niration des étrangers qui la visitent.
Il y a chez l'artisan canadien une habileté, un talent naturel vraiment mervejileux qu’on ne retrouve nulle part ailleurs au même degré. Il a quelque chose qui en fait un véritable artiste, et je puis dire qu’il y a ici autant d'artistes que d'ouvriers qui m'écoutent. Le canadien possède naturellement le sentiment 1u beau.
Vous avez dans le développement de de vos facultés intellectuelles un trésor plus riche que l'or, l'argent et les pierreries ; c’est le talent que vous a départi la Providence, et à votre place je n’en désirerais pas d'autre. Etudiez donc, développez votre intelligence, faiies marcher les arts, enrichissez votre pays, couvrez le de monuments
durables, faites-en un prodige de beauté, c'est là votre mission, et vous serez les hommes du progrès et de la nation. |
Un apostolat économique :— Car c’est un principe s’économie qui a présidé à la fondation de toutes les sociétés de secours muiuels ; leur but, c’est de procurer aux membres un moyen abnadant de subsistance, de mettre le bien aise dans la famille.
Un apostolat national :—1I est impossible que tant de nobles cœurs battent ensemble, s'unissent et se rapprochent sans qu’il en résulte pour le pays je ne sais quel esprit de pacification, de bonne entente, d'harmonie, de véritable fraternité, qui fait de vous tous une seule famille, de tous les cœurs un seul cœur.
Ilya dans vos sociétés une fermentation secrète qui produira pacification et prospérité pour la patrie.
Voilà comment je les envisage ; et je dirai, honte à ceux qui ont voulu flétrir la plus noble des classes ! Honte à ceux qui ont porté contre les ouvriers des accusations perverses et calom-
nieuses; car ils sont les hommes de travail, de cœur, de foi et de progrès.
Qu'il me soit permis d'ajouter encore quelques mots. Je l'avoue, ce n'est pas sans une certaine réserve, ou plutôt sans une certaine crainte que je vais m'expliquer ; parceque je ne voudrais pour rien au monde qu’un ouvrier pût dire avec raison qu’un prêtre lui a fait de ia peine. Mais nous sommes en famille, je puis donc vous parler à cœur ouvert.
Vous êtes grands, vous êtes nobles ; Eh bien, pas de secrets. Pourquoi se voiler le visage quand on aime sa religion et son pays ?
Avez-vous peur de votre pays ? il vous aime de toutes ses forces.
Avez-vous peur de la religion ?
Mais c’est une mère ; elle vous chérit du fonds de ses entrailles, c’est votre libératrice, ceile qui vous a tirés de l'esclavage de l'antiquité, de l’abaissement où vous réduisait la philosophie, et de la destruction où vous entrainaient les meneurs politiques !
N’aimez-vous pas votre pays ? Oh!
oui,vous l’aimez,et sans doute vous seriez prêts à prendre les armes pour cou-
rir à sa défense s’il était menacé d’invasion étrangère.
N’aimez-vous point votre religion ?
Mais vous lui devez tout, et laissezmoi vous le dire, ni la patrie, ni la religion ne vous redoutent. Elles vous aiment trop pour croire qu'elles auraient droit de craindre.
Levons donc tous les voiles, plus de secrets ni de faction ; que la paix soit votre devise.
Pas de multiplicité non plus; elle pourrait vous être funeste. Si j'avais un vœu à émettre, ce serait de voir plusieurs de ces sociétés se réunir en une seule, qui serait assurée d’une existence vigoureuse.
Pourquoi tant de chutes sous le souffle d’une passion ou d’une infortune, si ce n’est à cause de la faiblesse produite par la multiplicité ?
Un jour dans une vaste prairie s'élevait un bosquet d'arbres dont la cime se perdait dans les nues. Bientôt le ciel se couvrit de nuages, un vent terrible se déchaîna. Sous l'effort de la tempête, les jeunes arbres se renversent les uns sur les autres; les branches se brisent, le tronc crzque.et s’abat avec un bruit redoutable, tandis
qu’un peu plus loin, un vieux chène supportait sans fléchir les assauts de la tempête et sortait triomphant de la lutte.
Les premiers, trep nombreux et trop rapprochés, s'étaient élancés superbes dans les airs, mais ils manquaient de solidité, tandis que le second avait poussé de fortes racines.
Il me semble que s’il y avait moins de sociétés.et si l’on pouvait former de celles qui existent un tronc unique et vigoureux,il pourrait se rire des vents et de la tempête.
Un dernier mot: aimez la religion, cette bonne mère qui vous porte dans son cœur, qui vous a rendu votre qualité d'hommes, qui vous garde des factions et des meneurs politiques, qui veille sur vous avec une tendresse inexprimable. Ses ennemis sont les vôtres,ses détracteurs sont vos oppresseurs, et craignez qu'en perdant la foi, vous ne perdiez aussi la liberté.
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