‹ Discours sur la Confederation; prononc pendant la dernire session du ParlementChapitre 1 sur 7 · A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE · texte numérisé non relu

A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE

La Confédération de T Amérique Britannique du Nord,

M. LE Président :~Ce n*e^t pa* sans une hésitation facilement comprise que j'ô-e anjourd'hui moiiver r^^on vote sur la question de la conféilétalion des? provinces de PAmériquî Brilanniqne du Nord, J'hésite parée que je î>ais loul ce qu'il me manque d'éludés approfondies et dVx périe'.c^ po liiiques pour me permettre de juger seinement le pour et et le contre d'une qneslioiî aus<i vaste, et dont les réi^u]lâts doivent être aussi graves pour l'avenir du pays. J'héî^iie encore, parce que je vois sur l^s bancs minisléiiels des hommes vieillis dans les luttes po litiques, «les hommes qui, (leî)U!s de longtie"» «nnées, 8(»nt les chef;* et les guides de la majorité des deux Cana* das, appnycr le projet qui nous e^i soumis et nous dire que lui seul peut remédier aux difïiculiés de la situa tiiui. J'hésite aussi, parce que jo sais combien la presse ministérielle est sévère pour tous les adversaires du projet de confédération, — combien elle est sévère et quelquefois peu juste dans son appréciation des rnoiiff* de ceux qui s'opposent à ce projet de constitution, quelques soient la sincé^ rite de leurs convictions et la pureté de leurs motifs. Mais je croirais manquer à mon devoir comme députa si, dominé par ces h-^^itations, je ne ino. tivais pas dans cette chaiabre mon .opposition au projet de confédération.

Sur une question aussi grave, je dois à mes constituants comme je me dois à moi-même de jusiiher la respoosabilité que j'assume en combattant une mesure aus>*i fortement apnuyée dams celte chambre, e» je croirais être indigne du mandat qui m'est confiéej si je n'avais, pour appuyer mon opposition, l'histoire du passé, la prospérité

J'hi depuis longtemps étudié la question générale d'aneconféJération, et je suis d'opinion que les provinces de l'Amérique Britannique du Nord, sont appelées à former, dans un avenir plus ou moins prochain, une vaste confédération, dans laquelle les deux races anglaise et française lutteront de progrès j)Our la pro-périiô commune.

Dans le but de mieux étudier la question, j'ai dû visiter les provinces inférieures erî 1863 par la voie du golfe,^ et en 1854 par la Baie de Fundy. Je dois dire que j'ai trouvé partout une population aisée et intelligente, fai* s ni hormeur à cette partie du continent. C'est alors que j'ai pu me rendre corppte des avantages et des inconvénients attachés à la solution de la question générale de la confédération.

Au retour de mon dernier voyage fait au mois d'aotil 1864, en compagnie d'un certain nombre de membre»

des deux ch^imbres, on a dit dans la presse que je m'étais déclaré, dans certaines réunions, en faveur du projet de cor'f^déraiion (le toutes les pro» vinces ; la f^onféfence de Charlottetown n'avait pas encore eu lieu, et déjà l'opinion publique se plaidait à classer les membres de cette chambre en partisans et adversaires de la corifédéralion. J'ai, à ce'te époque, exprimé publiquement mon opinion sur la question par la v^ie de la presse^ afin de la soumettre à mes commettants, ot je dois déclarer que l'opinion que j'exprimais alor» me sert encore de ligne do conduite aujourd'hui, que je ne suis pas obligé de modifier en quoique ce soit la position que je pris alors. Pour établir nettement catte position, je lirai ce que j'écrivais au mois d'août dernier, car cette correspondance explique parfaitement ce que j'ai toujours pensé du projet de confédération des provinces de l'Amérique Britannique du Nord.

Cette grave question qui préoccupe si virement notre monde politique dans la crise actuelle, est tellement difficile à résoudre que co serait présomption de ma part de vouloir même la discuter, uu moment où nos hommes publics les plus haut placés hésitent à se prononcer pour ou contre. Toutefois comme la minsr- VE, dans son dernier numéro, rae donne comme une des adhésion!» nouvelles à ce prand projet de réforme constitutionnelle, je croirais manquer à mon devoir et à mes couvictious.si-je ne donnais ici mon appréciation de la situation telle que jf* la comprends.

"Pour tousceuxqui étudient les ressources inépuisables des provinces de l'Amérique Britannique du Norii, il n'est pas douteux que nous ne possédions tous les éléments d'une grande puissance. Comme territoire, nous possédons un dixième du globe habitai le, capable d'alimenter une population de 100,000,000. Borné à l'eet par 1' tlnntique et à l'ouest par le Pacifique, ce territoire eat encore accessible à la navigation par les mers intérieures qui le bornent au sud. Nos fleuves et nos rivières cora-* plèient le réseau iucomp.irable de nos communications par eau et, comme autant d'aitères vivifiantes, transportent vers l'océan et sur les marchés ae l'univers» les louids produits àvs plaines de l'Ouest, les grands pins de nos forêts nos minerais d'or et de cuivre, les fourrures de nos territoires de chasse, et les pêcheries du Golfe, Dans ce vaste champ de production, où se trouvent tous les matériiux d'une immense richesse, il faut une force motrice, et les boniiliéres inépuisables de la No uvellenli cosse sont là pour l'alimenter.

" L'Amérique Britannique du Nord prend donc dans l'avenir les proportions d'un géant, et il ne tient qu'à nous q-ie l'élément ftHnç'iis n'y ait sa large part de puissance. A vec de l'énergie et de l'ensemble, nous maintiendrons le terrain conquis par un siècle de luttes. Notre passé estune garantie pour l'avenir. Mais encore ne faut-il pas brusquer les événements et les devancer. Tant que nous ne serons pas assez nombreux pour prendre l'offensive, notre politiquedoii être une politique de résistance. Aussi, avant de me prononcer en faveur d'une confédér ilion, qui change entièrement les bases de notre constitution actuelle, je veux être bien sur que nous ne perdrons pas qn pouce de terrain. Bien plus, je ne veux de /Changements à la constitution telle quelle est, /qu'autant que ces changenicnts assurent une ,grand« prospérité pour notre pays, une proteGtiou plus puissante d'i ûos institutions et l'inviolabilité de nos droits. Car jen'ai pas dévié d'une ligne de mon adresse aux électeurs de Richelieu, lors que j'ai eu l'honne.ir 4e solliciter leurs suffrages comme leur répré- . sentant à ra83e,mblée législative, et dans celte adresse je déclare-*' în'op|)Oser à toute conces»' flion quelconque faite au Haut- Canada.

" Aussi, dans le cas où le projet de confédération, qui sera soumis à la prochïtine session du parlement provincial, garantirait au Canada Français des avantages plys considérables que ceux qui lui sont faits par.U consiitution

actuelle, je serais nécessairement en faveur de cette confédération.

" Mais dans le cas contraire, ponr peu que le projet de confédération soit une concession queiconque faite au Ilaut-CanaJa au détriment de nos institutions, <le notre langue on de nos lois, je m'opposerai avec toute l'énergie dont je suis capable à tout changement à la constitulion actuelle.

" Certes, je ne suis pas de ceux qui veulent restreindre notre horizon politique et placer des limites à notre agrandissement comme peuple. Rien aucontraire ne me rendrait plus heurenx que la création d'une vaste organisation poli tique, couvrant de son ombre un immense territoire. Alors les luttes de localités et de personnes disparaîtraient peut-être dans leur insignifiance, comparée aux grands intérêts qui seraient confiés à la vigilance de no3 hommes d'état et a leurs délibérations dans lesljconseils de, la nation. Alors aussi nous verrions une carrière brillante ouverte à l'intelligence et au travail, libres des entraves que leur suscite trop souvent anjourd'hui l'esprit de parti, avec son cortège d'égoïsme et de vues étroites. Alors U louable ambition de mériter un grand nom dans un grand pays produirait une génération de grands hommes dont ncus pourrions être j.isfement fiers.

" Mais si ce glorieux avenir ne pouvait s'acheter qu'aux prix de notre assimilation, de notre lan çue et de tout ce qui nous est cher comme Français", moi pour un, je ne saurais hésiter entre ce qîe rous pouvons cppérer en lestant ce que nous sommes, et l'abâtardissement de notre race, payée comme prix de l'avenir.

" Je me résume donc en me prononçant pour la constitution telle q'i'cUe est, qui, j isqu'à ce jour, nous offre i»lu8 d'avantages que tou3 les changement proposés, et c'est là, j ost-ra's dire, l'opinion de la majorité de notie assemblée législative.

" Mais si le projet proposé nous assure dans le congrès tous les privilèges dont le Canadd Français jouit dans le parlement actuel, et si dans son ensemble comme dans ses détail.», il noui :iS!?uredes avautagis plus considé.'at<le q'ie ceux qui nous sont garantis par la constitution, je préférerai la confédération à tous les au» très changements proposés."

Je dois ili^dart* r que reUe manière (IVnvisr^gMî la question au moi» d'août dernier, n'a pas changé pour moi aprè?» les ex])lioaiions données par le» membres du gouvernement. LMiabi'* leié dont iiï» ont donné dps preuves leur fait cerlainemfnt honneur, mais les arguments des ministres, pas plus q'ie ceux des membres de aUe chambre qui appuient le projet, ne m*ont convaincu ; j'espère, dana mes remarques, établir qu» lies ?ont I-s raisons de mon opposition, et justifier à mon point de vue la responsabilité que j«

prends en opposant un projet aussi forlement appuyé <lans celte chambre.

J'espère pouvoir établir :

Premièrement, l'inopportunité d'un changement constitutionnel ;

Secondement, le but hostile du pro^ jet de confédération ;

Troisièmement, l»»s conséquence* doî^astreuses de l'adoption du projet de confédération.

Page 1