TROISIEME PARTIE
Conséquences désastreuses de Vadoptio 1 du projet de coniédération
Voyons maintenant, M. le Presi* denî, les conséquences désastreu&es d« l'adoption du projet de confédération. Les membres du gouvernement nous ont dit que la confédération nous constituerait en puissanre militaire de premier ordre, et nous permettrait de résister aux agressions de rUnion Américaine. La défense de nos frontières est certainement un© question de la plus haute importance, car personne n'ignore que nos relations avec nos voisins soni extrêmement tendues.. Bis on4 établi un sys<> téme de pa8seport^«y dont le but est de gêner noire commerce. Le congrès a passer une résolution presqu'unanime, pour rappeler le traité de récipro- '3ité qui existe entre les deux pays.
Dans quelques mois, nos lacs seront sillonnés par des vaisseaux de guerre, dont l'armement ne peut*êire dirigé q,ue sur le Canada Voi'à, M.
le président,, qu'elle est la position des £tats%Unisà notre égard, et, pour faire face à ce danger,, le gouvernement propose de former une confedé' ration qui sera, nous dit-il, une puis, sance de premier ordre, pouvant maintenir sur ce continent la supré* matie de la grande'B'retagne.
La confédération comme moyen de défense.
Mais le but qu'on se propose serat-il atteint Serons* nous plus forts avec la coniédération que nous le sommes aujourd'hui ? Le gouverneurgénéral des provinces de l'Amérique Britannique du Nord no peut-il pas lever des troupes dans toute l'étendue des provinces placées sous sa juridiction ? Les milices de toutes orovinces ne iont-elle» pas eous son commandement imnîédiat ? On nous dit, M. le Président,, q;jje la confédération nous
'donnera une organisation militaire plus uniforme que ctlle que nous avons aujourd'hui. M«is riôn n'empêche que cette organisation, soit créée sous ia constitution actuelle : et je n'hésite pas à le dire, sous cette cons* litulion actuelle les diverses provin* ces se dékndront mieux que sous la confédération.
N'est-ce pas précisément en créant ici une puissante rébuclique voisine qu'on amènera la guerre et ses calamités ? Du moment que les Etats-Unis verront dans cette confédération une organisation dont le but avouéest dti balancer leur pouvoir en Amérique, ils n'attendront point que nos fortifications soient élevées ou que le chemin de fer iniercolonial soit construit, mais il nous assaillerons de suite. D?un autre côté, nous portons le défi a k république américaine en créant ici une organisation politique contraire aux principes du gouvernement démocratique qui la régit, contraire à la fameuse doctrine Mon* roe qui, comme on le sait, s'oppose à l'établissement des gouvernements monarchiqurs Européens sur ce continent.
Le projet du gouvernement actuel est donc d'établir ici un système politique essentiellement monarchique et, au lieu d'être pour nous un moy^* en de défense, il ne peut qu^amener la guerre et ses conséquences désas' tieuses.
Pour la sécurité et ia prospérité de notre pays, le gouvernement an lieu de taxer le peuple, comme il se propose de le faire «pour bâtir ici et là des fortifications ruineuses et insuffisantes après tout, devrait appliquer les revenus du trésor à la création de nouvelles industries, à l'amélioration de nos voies de communication et à la coloni&alion de nos terres incultes.
Ces sources inépuisables de richesses sagement administrées doubleraient nos revenus, doublêraient noire puissance et nou« donneraient ainsi des
moyens de défense plus efficaces que iC-^ux que nous donnera la confédéra»
tion en écrasant le peuple sous les impôts pour subvenir à une défense imparfaite de nos frontière.
El croii-on, pour un instant, que lorsque nous aurons ainsi décrété u'urgen-ce la forlificalwn de nos Ironlières, l'armement de nos miliciens, et la ciéation d'une flotte sur nos mers intérieures, que les Etats-Unis en feront autant et qu'ils nous suivront dans cette ruineuse fojie ? Croit-on que les hommes d'état américains ne comprendront pas de sjuile que, puisque nous voubnj nous ériger en ennemi sur leurs frontières et les forcer ainsi à des dépenses énormes pour nous lanir en échec, c'est pour eux une question d'économie pure et sim» pie de nous assaillir maintenant et de prendre possession du paiys, avant que nous ne puissions les forcer à maintenir cet étal de guerre ruineux ?
Et comment ferions-nous pour résister à une armée d'invasion de 300 OOO hommes, avec notre trésor épui* sé p»r les fortications, à peine aidé, par I'j\ngleterre, dont la politique est anticoloniale en ce moment ? Je ne compreHvds pas comment, en face du danger qu.i nous menace et pour 1er quel nous sommes si peu préparés, le gouvernemeint puisse ainsi jeter le défi à la puissante nation qui nous avoisine et dont leo armées, aujourd'hui en campagne, d'vèfîent toute résistance à un envahissemf!.'nt immédiat.
Je le dis ayec ce.rtitude, M. le Président, les Etats -D>is n'ont pas la moindre intention de nous assaillir, si nous restons paisibles spectateurs de de leur lutte fratricide, s; nous continuons à pratiquer les arts de la paix.
Mais si, au contraire, nous" créons ici une puissance militaire ùostile, sj nous élevons ici an trône à un vice* roi, ou à quelque monarque é^^ranger, comme un défi aux principes qui forment la base sur laquelle s'appt^ûe le système politique des Etats-Unis, alors not^s pouyops être pQfjsuafJés ^ue
la république voisine balayera cette organisation monarchique. (Ecoutez I écoutez t)
Voilà, M. Le Présideut, la ques»
tion sous son aspect le plus sérieux.
Je n'entrerai pas dans la discussion des détails du projet de confédération, qui ont été si habilement cri« liqués par les bon. membres qui m'oni précédé ; d'ailleurs, j'aurai occasion de les discuter lorsque les amendaments au projet seront soumis à cette chambre. Mais je puis dire de suite que ces détails ne sauraient être ac<»
ceptés parle peuple. Déjà, nous avons reçu de nombreuses pétitions demandant le rejet de la mesure, et ces pétitions continuent de nous arri* ver tous les jours.
Le projet de confédération conduit dr rectement à Pannexion.
Eh bien ! je vous le demande, M.
le Président, quels seront les sentiments du p3uple ai ce projet est adop»
té et si dans deux mois il nous revient d'Angleterre, après avoir été sanction* né par le parlement impérial, sans que nous ayons pu en changer le plus petit détail ? Croiî-on qu'après avoir ainsi imposé au Canada^français une constitution qu'il aura repoussé le de toute son énergie, il sera bien enthou* siaste pour la défense de cette constitution, qui lui aura enlevé une partie des droits politiques dont il jouit? Et il n'y a pas à le nier, en acceptant la confédération proposée nous cédons quelque chose des privilèges dont nous jouissons aujourd'hui. Les mi^ nistres eux-mêmes ne nous ont-ils pas dit que sous la pression des demandes du Hauî^Canada il leur avait fallu faire des concessions à la conférence de Québec pour assurer l'adoption du projet actuel. Et ces concessions quelles sont«.elles ? La majorité hostile du Haut-Canada a obtenu la repré»
sentation basée sur la population, con^ tre laquelle le .Qas:rpai9a>4a a, &i
énergiqaement depuis quinze ans parce qu'il voyait dans cette concession l'anéantissement de notre influence comme race.
Dans ces circonstances, M. le Président, croit^on qu'on pourra compter sur Je concours de ces Canadiens- Français autrefois si terribles dans J'attaque, et qui se battaient sans hésitation 1 contre 10, proportion dans laquelle nous nous trouverions encore vis'à-vis des Américains dans le cas probable d'une guerre. Espérer qu'ils combâiteraient avec le même élan aujourd'hui quand on leur enlève les plus sûres garanties de leur existence nationale et leurs droits politiques les plus sacrés, c'est se tromper grandement et ne pas connaître quelle a toujours été la eau* se de leur héroïsme dans la lutte.
Sous la constitution telle qu'elle est ils combatteraient encore avec le même courage, sans égard au nombre, parce qu'ils aiment ^elte constitution qui leur garantit ce qu'ils ont de plus cher et qu'ils veulent conserver. Sous la confédération, au contraire, il ne nous reste plus rien à défendre, notre influence comme race est nulle, et plutôt que d'être absorbée dans une confédération dont l'existauce sera une cause de luttes constantes, sans avantages correspondants, le peuple mécontent cherchera d'autres allian* ces politiquement et commercialement plus avantageuses, et c'est ainsi que je considère que le projet de con* fédération nous conduit directement à l'annexion aux Etats-Unis.
Quand les commissaires du Nord et du Sud ont eu dernièrement une entre* vue pour déterminer les conditions possibles d'une paix honorable, une des trois propositions soumises par le Nord était que les deux armées ne seraient pas licenciées après la cessai tion des hostilités, mais réunies pour la guerre étrangère. Et M. le Président, que veut dire la guerre à l'étranger pour les Etats-Unis, si ce n'est la guerre au Canada ? Et que
pourraient faire contre les deux armées réunis du Nord et du Sùd, dont la force s'est élevée à 1,000,000 d'horr^ mes, les cinquante bataillons que l'Angleterre pourraient nous envoyer.
Placée à mille lieues de nous, la GrandesBretagne, avec tout son nrwitériel de guerre et nos milices, tiV pourrait défendre le Canada qu'iii prix des plus grands sacrifices contM un ennemi aussi puissant. Xi
Ce n'est donc pas quand nous sompl mes placés dans des circontanceBi aussi difficiles qu'il convient de crie\ bien haut que nous ne craignons point la lutte et que nous sommes prêts à nous mesurer contre les Etats de l'Union Américaine. Il est ^''gaiement absurde de donner de l'ombrage à leurs institutions en créant à côté d'elles une organisation politique qui leur répugne souverainement. Croit* on que nos prétentions monarchiques ei nos menaces sont de nature à intimider les hommes d'état américains; nous ne sommes pour eux que des pygmées menaçant des géants.
Vienne la guerre, sous la constitution actuelle, et nous trouverons cent naille volontaires prêts? à voler à la défences de nos frontières Mais si le gouvernement impose au Canada»»
Français ce projet de confédération, dont il a tout a craindre et qui peut avoir les conséquences les plus désastreuses pour ses institutions, sa langue et ses lois, alors, il faut le dire, il y aura de l'hésitation dans nos rangs, au moment où chaque homme marchera vers une mort à peu près certaine, podr la défense d'un drapeau qui n'aura plus pour notre race les garanties de protection qu'il nous donne aujourd'hui.
Je dis donc que le moment est mal choisi pour opérer des changements aussi graves et pour jeter les bases d'un empire dont l'existence menacée à l'intérieur et à l'extérieur n'aura que quelques jours de durée. Car avec le mécontentement du Canada- Français, froissé dans ses droits et
ôl
privilège?, il est impossible à PAngleierre de se maintenir ici contre trois cent mille hommes envahissant notra territoire sur dix points de nos frontières.
La politique la plus sage que nous paissions suivre dans ce moment de crises, est donc de rester paisibles spectateurs delà lutte de nos voisins, d'ouvrir nos forêts à la colonisation, d'exploiter nos mines et nos pouvoirs d'eau, de défricher nos terres incultes et de travailler sans relâche à rappeler nos infortunés compatriotes dispersés aujourd'hui sur le sol américain Etablissons des voies ferrées,dou blons notre industrie manufacturière, agrandi.'sons nos canaux, étendons notre réseau de chemin de fer jusqu'aux provinces maritimes et lors que nous aurons atteint de grandes proportions comme peuple, lorsque notre population se sera qaadruplée, et surtout lorsque le terrible cataclys* me qui menace de tout dé'ruire dans l'Amérique du Nord aura fini non œuvre de ruine, lorsque enfin nous serons assez forts pour nous protéger contre l'extérieur et que le Canada-Français surtout aura acquis assez de puissance pour avoir à peu près l'égalité de représentation dans le parlement général, il sera temps alors de jeter les bases d'une grande confédération des provinces britanniques de l'Amérique du nord, appuyée sur le princi^ pe protecteur de la souveraineté des Etats.
Dans ces conditions, la confédération produira des fruits abondants et sera acclamée par le peuple de ce pays», et surtout par les Canadiens Français, qui ayant doublé leur nom** bre dans l'intervalle, seront en posifions d'obtenir des conditions infiniment plus avantageuses que celles qui leur sont imposées aujourd'hui.
On ne viendra pas alors remj)lacer nos droits politiques actuels, si chèrement acquis, au prix d'un sièsle de luttes, par des gouvernements locaux qui ne sont que des conseils munici-
paux, revêtus de pouvoirs mesquiils et ridicules, indignes d'un peuple li* bre et qui nous permettent tout au plus le contrôle de nos chemins, de nos écoles et de nos terres. Mais nous obtiendrons des législatures locales basées sur la souveraineté des Etats comme elles le sont sous la constitution des Etats-Unis, i II ne faut pas se le cacher, la cohsn tiiution américaine a été créé par de grands hommes, en face d'une foule d'intérêts locaux considérables et op.
posés. Il leur a fallu plusieurs an* nées d'études approfondies pour con* cilierces intérêts divergents, pour for* mer enfin cette constitution admira^ ble qui, comme l'a si bien dit Phon.
député de Brome, défie la critique la plus sévère sur ses bases les plus importantes. Avec une constitution comme celle d«8 Etats-Unis, basée sur le principe de la souveraineté des Etats, le Bas-Canada élira lui-même son gouverneur, ses réprésentants au parlement et au conseil lég"islatif fédéral, ainsi que tous les ministres de l'exécutif.
M. DUFRESNE (de Moiitcalm)— Nous nommerons aussi les juges.
M. PERRAULT— Si l'hon. député de Montcalm avait écouté avec attention le remarquable discours de l'hon. député de Brome, il aurait appris que dans la majorté des états de l'union américaine, les juges ne sont pas nommés par le peuple, mais par l'exécutif du gouvernement local, absolument comme on le fait au Ca nada, et qu'ils sont, sous tous les rapports, aussi intègres et aussi dis»
tingués que nos propres juges.
Si nos ministres canadiens'français n'avaient pas été dans une mis norilé aussi impuissante à la confé»
rence de Québec, (quatre contre tren* te-deux), ils n'auraient certainement pas accepté un projet de confédèra* lion aussi plein de dangers pour la race française que celui qui nous Ta été soumis. Ils auraient obtenu des conditions plus favorables que celle
qui nous eonl imposées, el au nombre desquelles se trouve la nomination à vie des conseillers législatifs par Pex* écutif du gouvernement général.
Pour ma part, M. le Pésident, je ne suis pas en faveur des nomina* lions à vie d'hommes qu'on prend dans la foule, pour en faire des ins* truments (l'oppression, et qui servent trop souvent à étouffer les mesures les plus importantes au point de vue des libertés et des droits du peuple.
La nomination à vie des conseillers législatifs par une majorité hostile à noire race est aussi dangereuse au* jourd'hui qu'elle l'était aux plus mauvais jour de notre histoire, et l'accepter, c'est mettre nos plus précieuses libertés à la merci des ennemis de notre race. Avec da pareilles dispositions dans la constitution qu'on veut nous imposer, il est impossible que l'élément français soit protégé dans le conseil légîs« latif. Il est également impossible que les tendances aggressives, dont j'ai fait l'historique, ne soient pas à l'œuvre dans l'exécutil fédéral, lors»
qu'il s'agira des nominations de ces conseillers à vie.
On nous a dit : " la section cana* dienne^française résignera si Texé^ cutif fédéral veut être injuste au détriment de ses nationaux. " Eh !
bien, M. le Président, je veux bien supposer qu'elle résigne et qu'elle ne trouve pas de remplaçants, ce qui est encore plus improbable, j'aimerais à savoir où nous'conduira cette résigna* tion et quelle espèce de remède se* ra apporté à notre position humilian* te? Nous aurons quarante-huit membres français dans le parlement géné»
lal contré cent quarante membres d'origine anglaise, c'est-à dire que nous serons dans la proportion de un iîontre quatre. Que pourra faire ceû le infime minorité pour obtenir jus.
tioe ? Evidemment, la résignation de .la section française la rendra plus impuissante encore, et il lui faudra |icc&ptprl«a dictées tyranniqaes de
ses adversaires.
Les raembresîfratiçais du gouven nement actuel, eux-mêmes, motivent la nécessité des changements proposés sur le fait que la constitua tion actuelle ne nous offre pas de ga«» ranties suffisantes. Mai», alors, quelle espèce de garanties aurons-nous avec la confédération qu'ils veulent nous imposer et avec laquelle nous serons dans une minorité deux fois plus grande ?
Supposons le cas très probable oh notre législature locale viendrait en collision avec le gouvernement fédé.
ral, et par suite du rejet d'une mesu» re passée par la province du Bas-Canada et rejetée par le parlement général ; dans quelle position nous trouverons-nous ? Rappelons-nous que l'exécutif fédéral nomme le conseil législatif, préside à la législation criminelle du pays, nomme les juges qui l'administrent, enfin que le gouvernement fédéral possède tous les pouvoirs souverains, à Texclusion de*»
gouvernements locaux. (Ecoutez !) Eh bien ! *M. le Président, je le dis sans hésitation, en cas de collision nous nous trouverons complètement à la merci de la majorité hostile fédérale ; elle peut nous opprimer, assimiler nos lois, suspendre nos juges, armer la milice contre nous et nous envoyer à l'échafaud ou à l'exil de la rnanière qu'il lui plaira, malgré nos protestations et celles de la minorité canadienne» française dans le parlement fédéral.
Cela s'est déjà vu, le passé est là pour le dire, et tout nous porte à croire que les mêmes tantatives d'agression fanatique se renouvelleront de nos jours, si ce projet de confédération est adopté. L'hon. député de Brome, dont on ne mettra certainement pas la loyauté en doute, a luimême déclaré dans cette chambre que ce projet fera naître des difïicul' tés et amènera des collisions déplorables. (Ecoutez ! écoutez !
Eh bien j ^. Je , Président, suppo
DOS que ces collisions et ces difficnl- ^s se prodaisent, qoe ieronv^noas ?
?ous les pouvoirs ne seront^ils pas en* re les main? du gouverneitient lèdé' al et d'une majoriié hostile ? N'est^ îe pas parce que le peuple le corn* >rend qu'il rejelte cette mesure aye^ô une menace dans le regard et sur les lèvres ; qu'il nous envoie tous les jours des pétitions nombreuse^) dans ter quelles il présage les plus graves mé* contentements ? Jusqu'à quand les yeux et les oreilles des députés de cette chambre resteront^ils fermés pour ne pas être témoins de cette pro* testation de leurs compatriotes alar més ? Le procureur-général £&t lui même refuse de nous communiquer un seul des détail;^ du projet de confédération, et il veUt que nous renonçipns à tous les droiu que nous con* fère la constitution actuelle en votant en faveur d'une législature locale dont les attributions seraient nulles, et d'un parlement général o<a nous serons dans la ptoportion de I contre
flh. bien ! M. le Président, il n'est pas étonnant que la population fran* ç^ise du Bas'Canada soit unanime à repousser une confédération qui nous offre une avenir aussi sombre, (Ecou* tez ! écoutez /), et je ne crains pas de le dire, nos ministres commettent une imprudence bien grande en im* ))08ant au peuple des changements constitutionnels aussi graves et aussi foiftement dénoncés comme un atten* lat à ses droits et à ses privilèges, la* mais, aucune époque de notre histol* e n'a été témoin d'un pareil change* nent de constitution sous des ciiçôns inçes aussi extraordioaire^é .
£t c'est au moment où nôasnon»
'éparons à jrésister aux armées d'in* ision d'un puissant voisin, qu^on : us eulève les libertés dont nous l 4isioiis après les avoir gagnées par siècle de lattes T M^is il me sem* ' ! qu'iiu devrait plutiM nout donner nouvelles garanties de sécurité, :;.rDoao rengager à combattre des
adversaires aguerri? 4ix fois vj^s nombreux, et dont ^'organisation pio»
ritrque est moins hostile peut'être à nxytre race que la conféclératiou prp; posée. i, T>
Les ministres actuels ne noue çût* ils pas appris à considérer la sem* blant de gouvernement, , local 'qQfil« nous proposent comme une protejDtion suffisante pout tout ce qui nous M cher, et à accepter t^ne minorité Imn puissante dans le gouvernement g4* neral parce que là les intérêts ^ oom*< merciaux seraient les seuls mis en jeu. Si cette propontion , est juste^ la constitution des £tats*Unis, avec la souveraineté du Bas#Canada le* connue, offre bien plus de sécosUè encore pour nos institationa, iiptre langue et nos lois, car la souveraine* fé des Etatè implique lepr coosi^rva* tion dans l'état, qui ne cède atx §[<ni^ vernement général qu'un nombre u^* restreint de pouvoirs. ,
Oui M. le Président, en propçsaol un changement de constitutiof» It miniatére a commis une erave fapitei et il n'a pas le dtuit de «^opposefl à ce que le peuple de eetle provii^oe envisage la question des change* mentB pôssibles, sous tous les aspee^.
Il y a six mois à peine, le V Ganadf^f français Vivait heUrettx et oon^anit dans là garantie dîè ( la constit^tM»
àcioelle. Aujotird^huli) il ne p^nt:
plus en être ainsi tant ^de les lel^an^r gements propbsés metiacéroM existence comme race. (£coat«9 !
écoutez !)
Imposei^'lu! tSeï cfiao^émen^^^ Vienne l'heure du daiigèr, rAQg|e|ii|f te s'apercevra^ mais trop tarder, qt^'eUe aura appris «jael de deux maux il hi^l choisir le moindre, i6t qù'entre la çoii^ fédération et ^annexion, te moindre des maux ne se trouVe pas m^heQr tensement avec la iconfédeialiea.
A vant de marqher A lihe j^ptioâie' rie certaine, le soldit se dcnxajndtrft pooiqaoi il va e^omt^^tlté^ ét si là eoi^rp titution qu'il va déiéndre mérité ïé sacrifice de «a vie 9 Le joar où It
soldat canadien-français se fera cette question, sera le dernier de la puis* sance anglaise en Amérique /
Je déiire me tromper, M. le Président, et j'aime à croire le gouverne* ment mieux avisé qûe moi, au mo* ment ou il propose une mesure aussi pleine de danger que celle qui nous est soumise. J'aime à croire surtout qu'il n'a nullement l'intention de nous entraîner dans une collision avec nos voisins, qui nous mènerait directe* ment à l'annexion et qui poiterait un coup mortel à la domination de l'^n* gleterre sur ce continent
ReSCTHÉ CT CONCLUSION.
Je termine. M* le président, en ré* sumant mes remarques. L'union des deux Canadas n'a pas fini son œuvre ; elle est encore susceptible de progrès et if faut la continuer. L'hon. procu* retir* général du Bas Cauada)M. Car* tier) prétend au contraire qu'elle n'a plus de raison d'être et qn'il nous faut une nouvelle organisation politi* que. Eh bien ! M. le Président, je me permets de différer de l'opinion du dé* puté de Montréal Est, et je n'hésite pas à dire qu'avec l'union nous pour* rons encore doubler notre prospérité et notre nombre, si on met dans l'administration des affaires un peu moins d'esprit de parti et un peu plus de patriotisme (Ecoutéz ! écoutez ! Je dis da pluà que la demande de la représentation bâsée sur la population n'a pas sa raison d'être ,* qu'elle a été répudiée pair le parti conservateur et ensuite par le parti libéral sous l'administra* lion Macdonald'Sicotte. Quand on a vu les partisans les plus ardents et les plus sincères de la représentation bâsée sur la population abandonner cette bâsC principale de leur politi* què et en faire, dans leur gouverne* méht, une question contre laquelle ils a'engagaient à voter, je dis qu'on a gràn'den^ent tort d'en faire une des raisons qui nous forcent a accepter \b projet de confédération^
Ce cri, jeté dans l'arene politique par le fanatisme, sera étouffé naturel' lement par l'augmentation plus rapi* de de la population du Bas Canada et par la diminution annuelle de l'émigration. Ces deux causas aidant, notre population égalera avant dix ans, celle du Haut-Canad»,
Pour ces diverses considérations.
M. le Président, je disque le projet d SI .confédération n'est pas opportun.
^jiis lors même que le projet de con* fédération serait opportun, je maintiens que son but est hostile. J'ai fait l'historique de l'esprit d'envahisse* ment de la race anglaise sur les deux continents. J'ai démontrél'antagonisme sans cesse existant entre elle et la race française.
Notre passé nous a rappelé les lut* tes incessantes que nous avons dû faire pour résister à l'agression et à l'exclusivisme de l'élément anglais eu Canada. Ce n*esl que par une résistance héroïque et un heureux concours de circonstances que nous avons pu obtenir les droits politiques qui nous sont garantis par la consti* tution actuerlle. Le projet de confédération n'a d'antre but que de nous enlever les plus précieux de ses droits en leur substituant une organisation politique qui nous est entièrement hostile.
L'hostilité du projet de confédéral' tion admise, je maintiens que son adop tion aura les conséquences les plus désastreuses. Imposer au Cariada* français cette nouvelle constitiition dont il ne veut pas, c'est tenter sa colère, et s'exposera des collisions déplorables- (Ecoutez! écoulez!)
Il faut nécessairement la lui sou* I mettre avant de l'adopter ; s'il l'ac, cepte il sera temps alors d'aller la fai* re sanctionner par l'Angleterre. Mais le gouvernement et surtout l'hon. pro* cureur*général ne peuvent pas igno* rer les requêtes qui nous sont présenlAes contre le projet, et surtout une requête aussi importante que cfeHe de la ville de Moniréal, <|ui compte 6^
000 signataires canadiens*français, et qui est la plus nombreuse requête qu'une ville ait jamais présenté à no tre législature.
Je dii encore que ceux qui voteront pour le projet de coniédération pren* nent le plus court moyen de nous an nexer aux Etais Unis. Je ne suis pas le premier à exprimer celte opinion ; plu^ieur:* hon. députés du Haut'Ca.
ziada l'ont l'exprimée avant moi dans cette enceinte, et c'est parce que ces députés du Haut Canada veulent l'an nexion aux Etats-Unis qu'ils votent en faveur du projet de confédéiation.
Les hon. Députés de l'Ouest, si lo jaux en paroie«, seraient les premiers à passer à l'ennemi armes et bagage si jamais une armée d'invasion se montrait sur la frontière.
Voilà, M. le Président, la position telle qu'elle est. Si Son Excellence le goavemeur'génerai croit devoir sui' vre les conseils de ceux dont les re gards sont tournés vers Washington libre à lui de le faire, niais je pense qu'il est grandomeni lemps de parler ici avec franchise et de l'avertir du danger* (écoutez ! écoutez /
M. I3 Président Je ne suis pas un vieillard, ayant déjà un pied 'dans la tombe et s«r le point de glisser dans l'éternité ; je me conduis en vue de l'avenir. Nos minisires qui, dans une longue carrière, ont épuisé la coupe des honneurs et des dignités de no* ire pays, joni peu îêtre lentés de ris* quer l'avenir de leur pays pour des ti* 1res, des honneurs, des salaires plus con sidérables sons la confédération, peutêtre aussi par l'ambition d'être gouvei» neur des provinces coiifédérées : nous savons que l'Angleterre récompense noblement et royalement ceux qui la aervent sans scrupule. D'ailleurs, la perspective de fonder un vaste empi re mérite bien le sacrifice de quelques mois d'une carrière usée, au risque de ne pas réussir fout à fait dans un pro* jet aussi gigantesque. (Ecoutez ! é- «coûtez !
Mais pour moî, M. -le Président,
jqui appartient k la génération qui commence et qui a ving» ans d'ave* nir devant moi, je ne puis pas approa* ver, par mon vote, un projet, de cons titution qui se présente à nous sous une perspective aussi sombre pour notre nationalité et pour tout ce que nous avons de plus cher comme Fran pais.
Si je suis aussi sévère dans mes remarques, M. le Président, on voudra bien croire qu'elles sont dictées par une conviction profonde. Et puis, on sait que ce ne sont pas toujours ceux qui ont le miel sur les lèvres qui ^ ont le plus de sincérité au cœur. Je sais aussi que quelque fois ceux qui disent hardiment leur façon de penser, paient bien cher leur hardiesse et leur indépendance, mais cette craipte, M. le Président, ne me fera jamais reculer devant l'expression de mes convictions quand je croirai qu'elles peuvent être de quelqu'oiilité à mon pays. (Ecou* ! écoutez ! ) L'hon, membre re.
prend son siège au milieu des ap« plaudissements prolongés de la gati* che.