Discours sur la Confédération prononcés
En prenant la parole ce soir, comme un des signataires de la convocation de cette assemblée, je me devrais à moi-mêine et aux personnes auxquelles j'ai l’horneur de parler, d'expliquer les motifs qui m'ont engagé à reparaître sur la scène politique, après m'en être retiré depuis si longtemps. Mais la gravité des circonstauces dans lesqueiles le projet de confédération a placé le pays, suffit pour faire comprendre et justifier ma démarche.
__ Je désire terminer ma carrière comme je l’ai commencée, en protestant contre toute mesure qui paraît fatale au bonheur de mes concitoyens. [Applaudissements.]
En cette occasion comme toujours, je le fais sans esprit de parti et indépendamment de toutes considérations personnelles. Des mesures qui, comme celle de la confédération @ peuvent avoir des suites si graves sur la destinée d’un peuple, doivent être considérées d’après leur mérite qui seul doit les faire approuver ou réprouver.
L'histoire politique du pays nous apprend que dans tous les temps, ceux qui ont voulu diminuer la légitime prépondérance que doivent avoir les habitants du Bas-Canada, sur le sol qui les a vus nsître et leur ravir les droits que leur assurait une constitution votée par des hommes d'Etat aussi éclairés et aussi célèbres que les Fox, les Pitt et les Burke, ont proposé des mesures d’uniou ou de confédération analogues à celle qui, en ce moment, agite le pays et dont l’objet le plus essentiel était de noyer la représentation du Bas-Canada et par là même de porter une atteinte funeste à son existence politique.
Ces mesures conçues et suggérées par des adversaires de nos isstitutions ont toujours été repoussées avec énergie par le peuple du Bas-Canada et les trames machiavéliques de leurs auteurs ont été souvent déjouées par l’habileté de chefs qui, dans ce pays et méme au-delà de l'Océan, ont su faire faire valoirl es droits de leurs
de
concitoyens avec autant d'éloquence que de patriotisme. [Applaudissements.]
Ces efforts d’un peuple luttant pour son existence ont été heureux jusqu’à l'époque funeste de l’Union du Haut et du Bas- Canada
Ce projet d'Union des deux provinces que la politique éclairée des hommes d'Etat que j'ai nommés avait jugé à propos de tenir séparées dans le but avoué de laisser au Bas-Canada le contrôle que cette proviace devait avoir sur son gouvernement, d'après sa population, a pu se réaliser, grâce aux circonstances malheureuses dans lesquelles se trouvait alors le pays.
Dans le district de Montréal, placé sous le coup de la loi imartiale, le peuple ne put élever la voix comme 1l l'avait fait dans d’autres occasions. Néanmoins, quelques cnoyens de Montréal se réunirent pour condamner ce projet et je m’applaudis d’avoir, alors comme aujourd’hui mêlé ma faible voix à la leur. Le district de Québec où l’agitation était plus facile, envoya des requêtes pour en empècher l'exécution. Le c'ergé en fit autant. Dans le conseil spécial même, des hommes indé» ndants firent inscrire sur ses régistres, leur opposition à cette mesure, et leurs noms devront être environnés de reconnaissance et de respect pour cet acte de dévouement éclairé. On peut donc dire que cette mesure qui consacrait la spoliation. de nos revenus au profit des créanciers du Haut- Canada et qui modifiait si gravement notre état politique, fut imposée par la force au Bas-Canada et contre ie gré de la majorité de ses habitants. Une sembjable mesure ne pouvait que produire pour nous des fruits amers. Dieu veuille que celle que l’on prétend y substituer n'es produise pas encore de plus amers! [A pplaudissements.] Mas le peuple qui a subi la funeste influence de l'Uuion n’a pas à se roprocher de l'avoir accueillie, enrore moins de l'avoir sollicitée et d'avoir décrété lui-même sa déchéance. (Applaudissements.)
Aujourd’hui on n'a pas, il est vrai, recours aux mêmes moyens pour donner l'existence au projet de confédération de toutes les Provinces Britanniques de l'Amérique du Nord. Non, messieurs, c’est à vous mêmes qu’on demande l’adoption de ce projet. Je me trompe, ce n’est pas votre sanction que l’on sollicite pour une mesure qui vous iatéresse à un aussi haut degré, c’est à vos représentants, aux délégués, que vous avez envoyés pour faire fonctionner une constitution, qu'on demande de la déchirer et de ses iamheaux en créer une qui vous offrira les mêmes dangers sans vous offrir plusieurs de ses avantages. [ Applaudissements prolongés.]
Je ne pense pas que l’on puisse trouver d'exemple d’un semblable mépris témoigné à tout un peuple par ceux qu’il a chargés de sauvegarder ses droits constitut:onnels, Il n’y a que des Ilotes, des
D pie
esclaves que l'on traite ainsi. On décide de leur sort sans les consulter et leur destinée s’occomplit fatalement sans qu'ils puissent faire entendre une plainte, exprimer un vœu pour la changer ou l'améliorer, [Vifs applaudissements.]
Si, dès l'abord, ce projet de confédération, n’a pas été repoussé, c’est que plusieurs ont cru que la confédération serait fondée sur des bases différentes de celles qui ont été adoptées et qu’une autre inspiration présiderait à sa rédaction, laquelle décèle évidemment ehez les membres de la conférence, le désir d’en faire une Union Légisiative décorée du nom plus acceptable de confédération. D’autres ont cru y voir une panacée à tons nos maux pofitiques, une solution de toutes nos difficultés sectionnelles. D’autres enfin, se sont bercés de l'illusion que la confédération allait rendre au Canada, sinon tous les droits politiques, du moins une partie de ceux que lui avait ravis ea réunion au Haut-Canada. -
Vous vous rappelez sans doute, comment certains journaux qui, aujourd’hui, prônent le projet de confédération, annonçaient une hostilité ouverte à ses dispositions, si elles étaient faites d’uprès certaines bases. Cette vive opposition annoncée avec ostentation s'est calmée depuis, quoique cette confédération ait été élaborée d’après ces bases mèmes et que les détails aient encore ajouté aux dangers que le principe de cette mesure, tel qu’il avait été formulé dans le memorandum ou document sanctionné par le Conseil Exécutif de cette Province, devait faire présager. [ Applaudissements. |
Pour moi, j'ai toujours cru que, du mornent où l’on avait proclamé ce principe, on devait de suite prévoir qu’il ne pouvait conduire qu’à des conséquences funestes. [A pplaudissements.]
Ces conséquences nous ont été révélées depuis par les détails du plan de Confédération tel qu'il est parvenu à la connaissance du pays.
Avouons de suite que quelques uns de ces détails ont, un moment, ébranlé les amis de la Confédération et que les journaux qui en avaient défendu fortement le principe ont censuré plusieurs de ses dispositions.
Mais, après réflexion, ces logiciens ont pensé qu'ayant admis
le principe il leur fallait bien admettre les conséquences et adopter le projet tout entier.
Ajoutons que le bon sens du peuple et l’esprit de conservation qui le guide souvent beaucoup plus sûrement que ka logique des sophismes politiques, lui a fait découvrir dans le plan de Confédération des dangers qui non seulement ont augmenté sa défiance, mais encore lui ont inspiré une répulsion que nous nous expliquons facilement. Aussi a-t-il été déjà condamné dans plusieurs comtés du Bas-Canada qui se sont élevés avec énergie contre
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la prétention de l’imposer au peuple du pays sans le consulter, [Applaudissement ]. :
Il est impossible de scruter tous les motifs de ceux qui, en ce moment, sont prêts à faire le sacrifice de l’un des droits les plus importants dont jouissent les populations dotées d'institutions constitutionnelles, celui d’être consulté sur les changements que l'on désire y introduire, droit exprimé formellement dans quelques constitutions écrites, dans le but avoué d'éviter ces commotions populaires qui souvent, font payer trop cher les consessions légitimes arrachées au pouvoir. [Vifs applaudissements. ]
J'’aine à croire que, parmi les partisans de cette mesure, il en est qui sont de bonne foi, les uns parce qu'ils partagent l'illusion dont j’ai parlé que la confédération, avec quelques modifications, donnerait au Bas-Canada Ges garanties plus sûres et des droits plus étendus que ceux que le régime actuel nous offre ; les autres, paice qu’à leurs yeux, le projet de confédération nous procure seul le moyen de nous défendre contre l'invasion de voisins puissants et ambitieux.
Le temps me manque pour discuter toutes les dispositions du projet et faire voir combien sont faibles les raisons ou plutôt les prétextes que l’on invoque pour justifier des changements organiques aussi étendus et aussi graves.
Un coup d'œil sur quelques uns des traits principaux de la mesure projetée et un examen attentif de ses dispositiongsuffisent pour convaincre qu’elle aggravera les difficultés que l’union a fait naître. Et déjà, l’un des journaux les plus influents d'Angleterre et l’un de plus ardents partisans de la mesure a remarqué que quelques unes de ses dispositions étaient propres à faire naître des
AN conflits entre le gouvernement fédéral et les gouvernements locaux. Soyez convaincus que Île, difficultés qui résulteront de ces conflits, ne seront jamais résolues à l’avantage des gouvernements locaux, avec les pouvoirs restreints qu'ils auront. En outre, au lieu d’améliorer la situation déjà regrettable que l'Union nous a faite, elle ne nous laissera que quelques lambeaux des droits qui nous appartiennent sous le régime de l’Union [ Applaudissements.]
Du reste, ce proiïet de Confédération a déjà été discuté avec tant de talent et d’habileté par une partie de la presse, que je trouve là nne excuse suffisante pour ne pas vous fatiguer d'observations trop longues. Entr'autres journaux, le True- Witness dont nous avons ce soir l’avantage d'avoir parmi nous l'Editeur, l’a fait avec une richesse d’éruditiou, une vigueur d'argumentation et une justesse d'idées remarquables. Le projet de confédération a été également condamné avec énergie et talent par l’Union Nationale ainsi que dans l’Ordre qui a ajouté à ses observations éditoriales sur ce sujet l’intérescant essai du jeune Monsieur qui
un, agit comme Secrétaire de cette Assemblée. Cela me’ dispense d'entrer dans tous les développements dont ce discours serait susceptible.
. Les droits les plus essentiels à l’existence politique d’un peuple sont sans contredit ceux qui regardent la perception de l'impôt, le contrôle de la force publique et l'administration de la justice criminelle. Le peuple anglais a toujours été jaloux de ses droits sur ces objets importants et les a toujours Qu rer comme la Ha. de ses libertés. Eh ! bien, d’après le mode de représentation adopté dans le plan de confédération, que seront ces droits pour le Bas- Canada ? nuls ou presque nuls. [Apylaudissément. ]
Mais, me dira-t-on, il est de toute nécessité que les objets que vous venez d'énumérer fassent partie des attribujions de toute Confédération bien organisée et, dans tous les cas, le pouvoir central doit être fort et puissant. |
Si cette force est un élément nécessaire de ce pouvoir c'est un motif de plus pour nous de repousser un système qui, dans les circonstances dans lesquelles nous nous trouvons placés, ne peut que nous être défavorable. En effet une Confédération peut, dans une autre situation que la nôtre, être avantageuse comme le serait celle de peuples indépendants de même origine, homogènes sous le rapport des lois et du lai:gage, et qui conservent tous les droits qu’ils n’ont.pas expressément délégués au gouvernement central, ayant le soin d’en réserver assez pour exercer sur ce gouvernement un contrôle qui puisse les défendre contre toute tentative qui pourrait porter atteinte à leur autonomie.
Une Confédération entre des Colonies soumises à un gouver-
nement métropolitain qui seul, possède le pouvoir suprême, n'est qu’une superfétation ruineuse, compliquée de rouages dont le jeu doit nécessairement froisser les intérêts de quelques uns de ceux qui y sont engagés.
; L'histoire des Confédérations formées dans des circonstances différentes de celles où nous aous trouvous et d’après des principes plus favorables aux Etats Confédérés pourrait nous fournir des enseignements utiles sans qu'il soit nécessaire de remonter à des époques bien éloignées. Les évènements récents de la Suisse. ne doivent pas être perdus de vue par ceux qui admirent cette forme de gouvernement. . .
Mais on a dit que nos craintes à l’occasion de la minorité dans laquelle le Bas-Canada serait laissé dans la représentation fédérale n'étaient pas fondées ; que nous pourrions pour jouir de notre part légitime d'influence compter sur des alliances de partis, sur des rapprochements qne des intérêts matériels et identiques produiraient entre des hommes d’opinions différentes . sur quelques objets mais qui, néanmoins sentiront la nécessité d’agir de concert et en commun
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sur certaines choses pour atteindre à leur but relativement à d'autres,
A cela je n’a: qu'une réponse à faire : bien imprudents sont ceux qui confient à de semblables éventualités, la sauvegarde des droits les plus importants, des intérêts les plus chers du peuple qui
‘ Jeur en a remis le soin et bien confiant serait ce peuple s’il n’exi-
eg d’autres garanties que celles que peuvent offrir les coalitions es hommes politiques.
Les dernières années de l’histoire parlementaire du pays peuvent nous éclairer suffisamment à cet égard. N'est-ce pas à la coalition la plus anormale et la plus imprévue que nous devons le plan de confédération qui crée de si justes alarmes dont l'esprit même de ceux qui, pour un motif ou un autre, ne le combattent pas ouvertement.
La seule garantie qui puisse rassurer un peuple sur la conservation de ses libertés etcelle de droits qui lui sont particuliers, ce sont des institutions représentatives dans lesquelles sa voix ne peut pas être étouffée par celle de la majorité. Quand aux chances et aux accidents qui renversent, le lendemain le parti de la veille, elles n'offrent que des garanties illusoires.
Eoñin, pour en fimr avec les confédérations en général, disons que si différents peuples trouvent quelqu’avantage à se confédérer, leur confédération, quand ils veulent conserver intactes leurs institutions particulières doit être basée sur des principes différents de ceux sur lesquels reposera celle qu'on nous propose. Ile doivent alors ne reconnaître dans le gouvernement fédéral d’autres pouvoirs que ceux qu’ils lui auront expressément délégués, au lieu d’en faire un pouvoir souverain duquel ces gouvernements locaux sont censés recevoir les leurs, ce qui, par là même, place ces derniers dans un état de dépendance plus grard.
Rien ne s'oppose à ce que le pacte fédéral soit modifié dans ses détails de manière à restreindre autant que possible cet état de dépendance. On a pu remarquer qve dans un projet de Confédération de quelques autres colonics Anglaises, récemment publié, chaque Colonie entendait prélever elle-même le revenu destiné à payer les dépenses du gouvernement général. Sans discuter ici le mérite de cette disposition, elle atteste qu’il est des populations. qui ne sont pas disposées autant que d’autres à se dépouiller du droit si important de lever l'impôt.
Les lois criminelles forment la partie la: plus essentielle de la législation d’un peuple et le mode de les appliquer peut être fécond en malheurs quand ;: n’est pas réglé par des dispositions sages et protectrices de la liberté et de l'innocence. Cela explique lattachement du peuple anglais pour l'institution du jury. À ses yeux, elle assure aux accusés innocents les moyens de se soustraire à la persécution et les empêche de devemr la victime de vengeances in-
Len à
dividuelles, on, ce qui est encore plus redoutable, celle de la tyran pie du pouvoir.
Daos le système de confédération proposé, les lois criminelles et le mode prescrit pour les administrer sont du do naine exolusif de la législature fédsrale.
Parmi les membres de la presse qui soutiennent avec chaleur ce projet, il en est ponrtant quelqhes-uns qui doivent se rappeler les FA dirigées contre leurs prédécesseurs, les Waller, les
elson, les Duvernay, auxquels on ne pouvait reprocher d'autre cri-. me que celui de faire valoir, avec talent et énergie les droits de leurs concitoyens. Si, à cette époque, le pouvoir de créer des offenses et d’en infliger le châtiment, eut été dans les mains de l’oligarche qui pesaït sur le pays, ces citoyens estimables auraient été exposés à subir de fortes amendes et même à perdre leur liberté. Ils n’ont évité ce malheur que parce que leurs défenseurs ont pu trouver dans la procédure criminelle les moyens de retarder des procès qu’on voulait accélérer dans un moment d’agitation, où lu voix de la justice eut été étouffée par les préjugés.
Malheur à €eux qu ne tirent pas de semblables faits des enseignements salutaires Malheur à ceux qui cruient que ces évènements ne peuvent pas se renouveler.
Faut-il un grand effort de génie pour prévoir qu'une résistan ce très légitime aux vues ambitieuses, aux envahissements d’un pouvoir supérieur pourrait provoquer una agitation qu'il lui serait toujours facile de réprimer en fesant usage d’un engin aussi formidable que celui de la législation pénale.
Le système arbitraire suivi dans le choix des jurés dans le Bas-Canada a été l’objet de justes réclamations de la part des re. présentants du peuple. Leurs plaintes ont même eu du retentissement au-delà de l'Océan et le Bas-Canada a pu jouir du droit de régler, au moyen de dispositions législatives ce choix si important. Aujourd’hui on veut les en dépouiller et l’on demande à leurs représentants de sanctionner cette spoliation sans même les consulter. Hélas ! bien d'autres conquêtes dues aux efforts et au zèle patriotique de citoyens dévoués du Bas-Canada se perdront dans le naufraçe de plusieurs de no: institutions.
Le pouvoir judiciaire est l’un des plus importants dans toute organisation politique mais il l’est encore d'avantage dans celles "t les idées démocratiques ont une large part comme dans celles de e continent. Si, dans des sociétés comme les nôtres, il est appelé à réprimer l’esprit d’envahissement de sorps ou d'individus portés à exagérer leurs privilèges, plus souvent il offre une digue puissante aux entraîments populaires. Aussi, est.il essentiel que l'exercice de ce pouvoir ne soit confié qu’à des hommes éclairés, impartiaux et pénétrés de la sainteté des fonctions qu’ils remplissent pour le bon-
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heur ou le malheur de leurs concitoyens. Rien d'étonnant alors que des hommes qui entendent la liberté comme les Anglais aient environné les fonctions de juge de toutes les grace qui peuvert en assurer l’indépendance, et se soient réservés le droit d'exercer sur leur conduite par l'entremise des deux chambres, un contrôle qui pût se concilier avec leur indépendanc':.
Cette influence sur leur choix et leur nomination est entièrement ravie aux gou ‘ernements locaux dans le plan de ronfédération, puisque le gouvernement fédéral seul nommera tous les juges ceux qui sont plus élevés dans l’échelle judiciaire comme ceux qui le sont moins.
* Dans l’idée de l’un des partisans de la confédération, si j'ai bien saisi sa pensée, cette nomination de tous les juges est destinée à former une chaîne ou plutôt un réseau qui s’étendra sur tou’ le territoire fédéral, l’enlacera et y rendra plus forte l'influence du pouvoir fédéral. Que je me méprenne sur le sens de ses paroles, l'effet n’en sera pas moins celui que je viens de signaler. \
Les auteurs du plan de confédération ont exprimé le désir de conserver intacte la législation civile du Bas-Canada et comme preuve de cette benne volonté, ils Soustraient à son gouvernement local pour le piacer dans le domaine exclusif du gouvernement général, l’une des plus importantes parties de cette législation : tout ce qui regarde le mariage, le fondement de la faille. Cette institution qu’on l’envisage sous un rapport religieux ou un rapport civil est une des plus importantes de la société et le législateur, dans le Bas-Canada ne saurait y toucher qu'avec tout le respect qu'exigent les convictions religieuses des différentrs populations. Eh ! bien, le contrôle de cette institution sera absolument ravi à la Législature locale. Etrangère aux dispositions qu'il plaira à la Législatire fédérale de décréter sur le mariage et lo divorce, elle sera forcée de subordonner sa législation sur l'exercice des droits civils et des drolts de propriété qui en résultent à celle du gouvernement fédéral, Est-ce là sauvegarder la législation civile d’un peupl: que de faire disparaître de son code les dispositions qui règlent des matiéres aussi importantes et aussi vitales ?
Que deviennent tous les travaux de nos codificateurs sur cette partie de leur code ? Ils iront s’ensevelir dans l'oubli avec ceux que l’on doit à la plume exercée d’un des jeunes membres du Barreau et qui ont attiré l'attention des codific* ‘eurs eux-mêmes.
Et notre jurispzudenee civile, par quel tribunai sera-t-elle fxée en dernier ressort ? — Par une cour d'appel organi-ée par le gouvernement fédéral et composée de juges dont il aura le choix exclusif et dont le plus grand nombre sera étranger à l'étude de nos lois. Telles sont les garanties dort on a jugé a propos d’euvi-
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ronner un des dépots ls plus chers au peuple du Bas-Canada ; celui
‘ de ges lois.
Maintenant on peut se demander quelle compensation offre le plan de confédération aux gouvernements locaux en retour des prérogatives importantes et essentielles dont ils sont privés dans ce système.
Le moins qu'on pourrait exiger serait une indépendance complète, dans les affaires pr:rement locales ; une entière liberté d’action dans les attributions assez minces qui sont laissées a ces gouvernements.
On réserve au gouvernement fédéral un pouvoir de législation concurrent sur quelques-unes des matières locales avec la disposition expresse qu’en cas de conflit, la Législature Fédérale l’emportera sur celle des gouvernements locaux.
Quant aux matières qui sont du domaine excinsif de ces derniers, leur pouvoir de législation déjà fort étroit sera susceptible d’être entravé par le veto de la Législature Fédérale, revêtue du droit de désavouer toute loi décrétée.
Mais, dira-t-on, ce droit de désavour les lois des Législatures Coloniales appartient dérà au gouvernement Impérial, eÿ le même pouvoir confié au gouvernement fédéral, n’est pas une innovation qui doive vous -alarmer,
À cela on peut répondre que cette intervention du gouvernement Tmpérial dans les affaires qui sont du ressort des Législatures Coloniales s’est souvent fait sentir dans le Bas-Canada et a paralysé l’action de sa Législature sur des objets de grande importance. (Applaudissements).
Ce n’est que depuis qu'en Angleterre l’on a adopté vis-à-vis -des Colonies un système plus libéral que cette intervention est devenue plus rare. L’époaue à laquelle s’est exercé le plus fréquemment ce droit de veto..est celle ou le gouvernement Impérial s'arrogeait sur les Colonies un contrôle plus direct et ressemblant, sous beaucoup de rapports à celui que le gouvernement fédéral exercera sur les gouvernements loczux eux-mêmes.
Les rapports journaliers qui existeront entre ce dernier et les premmers, l'esprit de jalousie et même de défiance qui augmentera dans la même proportion qu'on aura diminué les aitributions des uns pour en revêtir l’autre, fourniront plus d’une occasion au gouvernement central de gêner l’action de la Législature locale par le veto qu’on lui confie et qui nullifiera cette action dans bien des cas.
S'il était nécessaire d’entraver la législature locale du Bus- ‘Canada, nécessité qui se conçoit d’autant moins qu’ou ne lui a laissé que des attributions fort étroites, le veto du gouvernement impérial serait encore préférable pour deux raisons ; parce qu’il s’exercerait daus une sphère plus élevée et :.vins accessible aux pa:sions et aux
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animosités qui agitent trop souvent les sociétés coloniales, et ensuite parce que, dans le cas de conflit et de difficultés que Île projet de cosfédération ne manquera pas de faire naître, le gouvernement impérial comme pouvoir neutre est plus désintéressé que le gouvernement fédéral à agir comme arbitre entre lui et les gouvernements lacaux. Ce rôle ne peut appartenir au gouvernement général, partie intéressée et dans les conseils duquel le Bas-Canada n'aura qu’une bien faible voix. [Applaudissements].
Disons que plusieurs des dispositions du plan de confédération décèlent contre les habitants du Bas-Canada un esprit de défiance que ne justifie nullement la libéralité dont tous ses procédés ont toujours été empreints dans l'enceinte parlementaire comme ailleurs et qui exclut toute idée d’intolérance ou ‘’antipathie nationale envers leurs co-sujets. [Applaudissements.]
1! est un objet très important auquel il serait convenable de faire allusion : e’est celui des dépenses qu’entraînera névessairement le fouctionnement du système de confédération. Mai comme, les chiffres doivent tenir une grande place dans un semblable sujet je pense qu’il pourrait être traité plus avantageusement dans la presse que dans un discours qui doit déjà vous sembler long.
Qu'il me suflise de remarquer que nonobstant tous les sophismes que peuvent accumuler nos financiers politiques pour déguiser l'énormité des dépenses qui vont grossir notre dette déjà si lourdele bon sens des contribuables leur indiquera, plus sûrement qu'aucun raisonnement, que dans un système compliqué et dispendieux, comme celui de la confédération projetée leurs charges, soit sous la forme d'impôts indirects, soit sous la forme de taxes directes, augmenteront dans une proportion excessive. [ Applaudissements,]
Quañt à la défense du pays que l’on invoque comme étant use des necessités de la confédération, je laisse aux stratégistes à décider si, en ajoutant quelques rentaines de miles à nos frontières déjà très difficiles à défendre à cause même de leur étendue, et cela sans nous donner un homme de plus, on ajoutera beaucoup aux moyens de défense. [Applaudissements, |
Mais ce que l’on peut dire sans étre versé dans les règles de Part militaire, c’est que comme l’a déjà observé un homme public, le projet de confédération, au lieu de calmer les dissentions, les jalousies et les difficultés actuelles, en fera naître de nouvelles, et créera un grand mécontentement dans une partie des populations qu’on se propose de confedérer. Ce qui se passe en ce inoment dans les Prc inces inférieures doit vous en convaincre. Dès lors il est à craindre qu’un plan de confédération élaboré et décrété sans consulter ceux à qui on veut l’imposer et contre le gré d’une partie de la population ne paralyse l'énergie des citoyens et par là même ne rendent Ja défense du pays encore plus difficile qu’elle’ne
suite t de ent verents Bral, aura
tion anont eurs vers
e de aireme, jet s la
hisiser rde- ’aueux, sous tes, its] tant es à ères , et aux
s de ic, les , et ions Jenit rs il ans )arr là
le serait en laissant chaque Province se mouvoir dans sa sphère d’activité propre. [Applaudissements prolongés].
.… L’essai que l’on a déjà fait de l’union des deux Provinces du Haut et du Bos-Canad:, ne me parait pas avoir été assez heureux pour qu’on veuille l'étendre à toutes les colonies. C'est en vam qu’on s'efforce de la déguiser du nom de confédération, Ille participe plus dans ses traits principaux de l’union l'égislative que d’une confédération fondée sur le principe vraiment fédéral. )Cette Urion quasi législative n’est qu’un acheminement vers une union législative entière et absolue. Quelques uns même de ceux qui y ont pris part, l’on annoncé avec une franchise qui contraste avec les reticences de quelqués autres de ses auteurs.
Un mot, maintenant sur les difficultés qui ont existé entre les deux sections de la Province et que pour cette raison, on est convenu d'appeler sectionneiles.
C’est au moment même où il eut éte facile dé venir à une solution équitable et satisfaisante de ces difficultés qu’on s’en est emparé pour bouleverser notre régime politique.
Quelques uns de nos hommes publics qui, jusqu'alors avaient refusé au Haut-Canada toute concession relativement à la confederation ont, depuis, jugé à pronos de faire une alliance avec un parti dont ils avaient toujours combattu les prétentions à cet égard A la suite de cette alliance étrange, ils ont accordé au Haut Cauada relativement aux objets les plus importants de legislation{une représentation basée sur la population. Cette concession si imprévue a dû rendre les habitants ce cette section plus exigeants qu'ils ne l'ont été a aucune autre époque. Elle es, propre aussi à mettre plus d'obstacles au fonctionnement des institutions actuelles. Néanmoins, je pense que si dans le Haut et le Bas-Canada, des hommes désintéressés, éclairés et ayant à cœur le bien-être de leurs coacitoyens voulaient donner leur attention à ce sujet ils pourraient convenir d’un plan moins compliqué, et moins dispendieux que celui de la confédération pour établir une harmonie durable entre les deux sections de la Province. FVifs applaudissement].
Qbservons que tout changement suggéré dans ce but si louable si patriotique et si digne de l’attention des hommes d'Etat, ne devrait l’être qu’a la condition de recevoir le consentement dechacune des deux sections de la Province.
IL ne me reste plus qu’à vous remercier de la bienvolace avec laquelle vous m'avez écouté. Je n’ai tait qu’eflleurer un sujet qui, par son importance, mériterait d'êrre approfondi davantage, si le temps me le permettait. Du reste, M. le juge Laberge et quelques autres messieurs qui ont bien voulu assister à cette réunion, seront en état de rendre plus de justice aux parties de mon sujet que je n’a pu traiter et de jeter plus de lumière enr celles que j’ai traitées.