AN III DE LA REPUBLIQUE
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L E discours suivant , dont ©n. a vu des extraits dans les journaux , n’a pas été totalement prononcé à la convention nationale ; couvert d abord d’applaudissemens vifs et multipliés , il fut ensuite interrompu par quelques individus > qui croient que hurler c’est raisonner. Sans doute il eut été plus simple d’attaquer mes principes, de les réfuter ; et c’est ce qu’ils se garderont bien de faire.
Il est cependant une manière de réfuta-* tion qui est dans leur genre , et dont j’étois tenté de faire usage contre moi-même : j ’aurois répété avec emphase ces mots * hochets di& fanatisme ; tréteaux de la superstition ^ mythologie chrétienne ? charlatanisme sa cerdotal , etc etc. , en y joignant quelques objections cent fois détruites , quelques plaisanteries usées , des sarcasmes et des calomnies contre fauteur : la brochure étoit faite ; j’ai cru qu’il falloit en laisser à d’autres le plaisir et la gloire»
La tolérance a eu pour avocats tous les philosophes; on a passé à l’ordre du jour sur la réclamation de tous les philosophes; on n’a pas même toléré la discussion; et comment auroit-on la liberté des cultes , si dans une assemblée politique , où Pon trouve encore des meneurs et des menés , on n’a pas même la liberté d’opinion ?
Mais, dit -en, la motion étoit prématurée. C’est dire en d’autres termes que le cri des persécutés est prématuré , et que T à-propos ne viendra que lorsque les persécuteurs s’ennuieront de torturer; c’est dire que la justice et la vérité ne sont pas toujours de saison.
Mais pourquoi parler du catholicisme ?
i°, parce que, malgré l’évidence des principes et des faits, quelques hommes répètent
sur parole que ce culte est incompatible avec Pétat républicain : il étoit donc du devoir d’un législateur de discuter cette discussion ; J2°. parce que dans cette persécution dirigée contre tous les cultes, les
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catholiques , et sur-tout une foule de prêtres » vrais républicains, sont l’objet spécial de la fureur: et vous ne voulez pas qu on le dise ! Je le publierai sur les toits , je voudrois pouvoir l’afficher à toutes les portes.
Pendant longues années , je tus calomnie pour avoir défendu les mulâtres et les negi pour avoir réclamé la tolérance en faveur des Juifs , des Protestans , des Anabaptistes» Pai juré de poursuivre tous les oppresseurs, tous les intolérans; or , je ne connois pas d’êtres plus intolérans que ceux qui, api es avoir applaudi aux déclarations d’athéisme faites à la tribune de la Convention nationale, ne pardonnent pas à un homme d avoir les mêmes principes religieux que Paschal et Fénélon.
Il est vrai, dans tous les teins, ce portrait fait par Jean-Jacques , Emile , tome ù j page lÿj j édition in-89> à la Haye A *
« Fuyez , dit-il , ceux qui sèment dans » les cœurs de désolantes doctiines , et „ dont le scepticisme apparent est cent lois
$ plus affirmatif et plus dogmatique que le .» ton décidé de leurs adversaires. Sous le ?> hautain prétexte qu’eux seuls sont éclairés* vrais et de bonne foi , ils nous soumettent ï» impérieusement à leurs décisions tran~ £> chantes. .... Du reste , renversant , détruh è> sant , foulant aux pieds tout ce que les 2» hommes respectent , ils ôtent aux affligés 3» la dernière consolation de leur misere * ît> aux puissans et aux riches, le seul frein =►> de leurs passions; ils arrachent du fond a» des coeurs le remords du crime * F espoir ê *> de la vertu, et se vantent encore d’êtr# % les bienfaiteurs du genre humain. >>
V o us avez fondé la république » n vous reste une grande tâche à remplir , celie d’en consolider l’existence. Nous avons jui 6 de ne poser les armes qu en dictant à no» ennemis les conditions d une paix glorieuse 3 un moyen infaillible , mais indispensable â pour obtenir cette paix aivdehors , c est qo commencer par l’établir au - dedans ; pour Fétablir dans l’intérieur, nous devons imiter le navigateur qui , apres avoir etc battu de îa tempête 9 modifie ses manœuvres , à mesure que la houlle diminue et que les lames s’affaissent ; car nous aussi , nous sortons de la tempete \ nous devons donc mettre graduellement en activité les loix qui assurent au peuple les bienfaits de la liberté cicatriser les plaies dont la révolution a été l’occasion plutôt que la cause * ranimer toutes les affections douces et puies qui resserrent le lien social: citoyens, rappiocher les cœurs de tous les membres as
la grande famille , c’est gagner une bataille.
J ai conçu quelques idées que je crois utiles an bonheur de ma patrie; les taire, ce serait trahir ma mission. Dans leur développement, j’examinerai, comme législateur, les causes et les remèdes des troubles religieux qui ont agité , qui agitent encore la h rance; je voudrais détruire tous les germes de division et empêcher de nouveaux déciiiremens.
Si , d’après cette annonce , quelqu’un Voulait étouffer ma voix , je croirais qu'il redoute la vérité ; s’il prétepdoit me combattre par des divagations , des déclamations , au moyen desquelles on obtient des applaudissemens nombreux et faciles , il m’aurait
donné la mesure de sa raison; s’il exhaloit ces injures rebattues et dont , à l’avance , j’ai dressé la liste, je lui en céderais tout l’avantage ; je lui dirais: examine, non qui je suis, mais ce que je dis; je ne me laisse pas subjuguer par des opinions de mode; je cherche, non à plaire , mais à être utile; discute les faits que j’allègue , les principes que je pose; mais, si tu refuses de m’entendre , tu es l’oppresseur de ma pensée ; et si tu ne m’entends jusqu’à la conclusion , tu ne m’auras pas suffisamment compris,.
Le tribunal de cassation de la postérité s’avance, il jugera, non seulement îa forme , mais encore le fond ; le tems entraînera la fange des passions humaines et des systèmes faux; mais la république doit rester debout. Nous tendons au même résultat , l’alïèrmissement de la liberté ; partons du même point , et , si dans la course nous suivons quelquefois des sentiers diflêrens, embrassons-nous en arrivant au même but.
Le dogme de l’égalité politique repousse toutes les distinctions ; il n’est qu’une caste, celle des citoyens ; et la seule chose qu’on puisse exiger d’un membre du corps social, c’est qu'en tout et par-tout, il remplisse les devoirs d’un bon citoyen ; en cela consiste toute l’action des loix à son égard ; dans ce peu de mets , nous traçons le cercle qu’elles peuvent parcourir et îa limite qu’elles ne peuvent franchir. Ln gouvernement qui se eonduiroit par d’autres principes , ne seroit jamais que le régime de la tyrannie.
Il seroit possible cependant que les abus anti-sociaux , qui , avant l’établissement de îa liberté, auroient dégradé quelques professions , eussent laissé leur levain dans lame d’une partie des individus voués h ces pro
fessions. Cette réflexion qui , du plus au moins , s’applique à l’homme de loi , de finance et d’église, nécessite, sans doute, un examen plus sévère , pour s’assurer de son patriotisme; mais, en dernière analyse , il faut toujours en revenir à cette maxime: quel que soit un individu , frappede , s’il est mauvais ; protège-le , s’il est bon : le principe teste dans toute sa force , et les principes seuls peuvent nous sauver»
Ainsi , crier sans cesse contre des castes qui n’existent plus , c’est les recréer par le fait.
Harceler sans cesse des hommes qu’il est toujours permis d’incriminer , sans qu’ils puissent jamais répondre , c’est une lâcheté.
Envelopper dans une qualification commune une classe entière d’individus , dont les uns ont été dés pervers , et les autres des citoyens estimables , c’est une injustice.
Déclamer sans cesse contre des hommes Sont, par-là même, on ulcère le cœur aulieu de les rattacher à la république par l’égalité des droits et le bienfait des loix% c’est une erreur ou un crime politique.
Persécuter quelqu’un, uniquement parce qu’il est financier, ci-deyant noble, avocat.