II
procureur ou prêtre , cette conduite est digne d’un roi.
Mais les opinions religieuses Une
opinion quelconque? est le résultat des opérations de l’esprit; ces opérations ne peuvent être modifiées que par le raisonnement ; une opinion cède a Féelat de la lumière , jamais à la violence ; vouloir commander à la pensée , c'est une entreprise chimérique , car elle excède les forces humaines ; c est une entreprise tyrannique, car nul n a droit d’assigner les bornes de ma raison.
Dès qu’il m’est permis d’avoir des pensées , je puis les émettre , je puis en faire la règle de ma conduite; le culte extérieur, qui en est une suite, est une faculté de droit naturel et parallèle à la liberté de la presse ; lui porter atteinte , ce seroit anéantir la base du contrat social. La manière de poser une question suffit quelquefois pour la résoudre. Celle qui concerne la liberté du culte peut être posée en ees termes : « Peut-on exiger d’un membre du corps social d’autres devoirs que ceux d’un bon citoyen ? »
Le gouvernement ne doit adopter, encore moins salarier , aucun culte, quoiqu’il recoanoisse dans chaque individu le droit d’avoir
le sien. Le gouvernement ne peut donc , sans injustice , refuser protection , ni accorder préférence à aucun. Dès-lors il ne doit se permettre ni discours ^ni acte, qui , en outrageant ce* qu’une partie de la nation révère, troublerait l’harmonie, ou romprait 1 égalité politique. Il doit les tenir tous dans sa juste balance et empêcher qu’on ne les trouble , et qu’ils ne troublent.
Il faudrait cependant proscrire une religion persécutrice , une religion qui n’admettrait pas la souveraineté nationale , l’égalité, la liberté-, la fraternité dans toute leur étendue ; mais dès qu’il conste qu'un culte ne les Liesse pas , et que tous ceux qui en sont sectateurs jurent fidélité aux dogmes politiques, qn un individu -soit baptisé ou circoncis , qu’il crie Allah ou Jéhova, tout cela est hors du domaine de la politique.
Si même il étoit un homme assez insensé pour vouloir , comme dans l’ancienne Égypte, adorer un légume et lui ériger mi autel , on n’a pas droit d’y mettre obstacle ; car ce qui n’est pas défendu par la loi , est permis. Et certes , je me garderais bien de troubler ur* Juif dans sa synagogue, un Musulman dans sa mosquée, un Inclous dans
sa pagode ; ce seroit violer nn des plus beaux de leurs droits , celui d’adorer Dieu à leur manière. Si je 111e trompe , dirait alors le citoyen, tu dois me plaindre et m’aimer : instruis - moi ; mais ne me persécute pas. Qtye t’importe d’ailleurs ma croyance, pourvu que confondant mon intérêt dans l’intérêt national , par mes efforts réunis à ceux de mes frères , la liberté prospère et la république triomphe !
Si ces principes , invoqués par tous les philosophes , et proclamés par l’immortel Fénelon , avaient été suivis par le tyran Louis XIV , on n’eut pas vu des milliers de Protestans industrieux , contraints à s’expatrier, porter ailleurs notre commerce et nos arts; et les annales de la France ne seroient pas souillées par les dragonades et les massacres des Cévennes.
C’est par une conduite opposée que la Hollande s’éleva au plus haut degré de richesse. Baltimore et les catholiques qui l’accompagnèrent dans le Maryland, s’empressèrent de consacrer solemnellement les maximes de la tolérance. C’est sur leur adoption que l’Amérique libre a fondé sa puissance et son bonheur ; car cette répu-
folique s’est composée sur-tout de cmx qui fuyoient les persécutions religieuses de l’Europe; et c'est, dit St-John , avec les débris ensanglantés de l'ancien monde, qu’elle a élevé un édifice nouveau*
Appelions l'expérience du passé à la dF rection du présent : or, l’expérience de tous les siècles, de tous les peuples, prouve qu’en froissant les idées religieuses , on leur donne plus de ressort, et, suivant l’expression dii philosophe Forster, on accroît leur élasticité, La persuasion ou l’amour-propre rendent plus chère une croyance qui a coûté des tourmens ; la persécution , en isolant les hommes et les opinions , les entoure d’une vénération favorable au prosélytisme , et multiplie le nombre de ceux qui veulent se dévouer au martyre.
Alors le gouvernement est contraint d*a- Voir une action forcée , qui n’est jamais en équilibre ave<e la vérité , la justice ni l’intérêt national; et quelle tranquillité peut-on se promettre dans un pays où subsiste, sans discontinuer , ce foyer de division ? Tous
les monurnens historiques déposent sur ce sujet, et prononcent sur le sort futur d’un état qui , accumulant victoire sut victoire
âü- dehors, seroit déchiré an -dedans par toutes les horreurs qu’entraîne après soi la haine de tous les cultes contre un gouvernement qui les opprimerait tous. Et réfléchissez bien que les effets inévitables de la persécution sont : i°. de relâcher ou même de rompre le lien social , en forçant d’opter entre rattachement pour la patrie et l’atta* chement pour des principes religieux , attachement qui doit être identique ; 2°. d’abâtardir le caractère national : c’est le premier pas vers l’esclavage. Un peuple qui n’a pas liberté des cultes , sera bientôt sans liberté. Le droit d’exercer librement son culte est d’une évidence telle que , dès la plus haute antiquité , on en fit un axiome du droit des gens , qui devoit être respecté même au milieu des fléaux de la guerre : Cambyse, arrivé en conquérant sur les bords du Nil , tue le bœuf Apis ; toute l’Égypte en fut révoltée , et toute l’histoire répéta d’après Hérodote, que Cambyse étoit un furieux, puisqu’il avoit violé le culte des dieux.
Voltaire avoit raison : la tolérance, dit-il, n’a jamais excité de guerres civiles , l’intolérance a couvert la terre de carnage ; il pouvait ajouter que. l’intolérance , en éle-
vaut des barrières entre les peuples , enfante des haines nationales , et retarde la marche de l’esprit humain. Toutes les annales de la terre attestent cette triste vérité.
La persécution est donc un calcul détestable en politique ; j ajoute que c’est calcule! bien mal pour la gloire. L’inflexible burin de 1 histoire se hâte de graver une flétrissure indélébile sur le front des per$é>cuteurs , et d associer leurs noms à ceux de Néron et de Charles IX.
je crois avoir posé des principes incontestables pour quiconque a cultivé sa raison; je viens à leur application.
Les orages de la révolution ont pu nécessiter quelques mesures de rigueur; des représenta ns du peuple en piission , ont prétendu que le bien public commandoit la suspension provisoire de certaines assemblées religieuses dans plusieurs dépai temens , où le souffle du royalisme empoisonnoit encore i atmospnere ; mais ces mesures doivent cesser avec le besoin: en prolonger la durée, lorsqu elles ne trouvent plus leur excuse dans ie prétexte du bien public, ce seroit jeter dans le découragement , dans le désespoir , des hommes qui n y verroient plus qu’une persécution
cution réfléchie , pour le plaisir de les mettre à la torture; et le zèle aigri , devenant plus industrieux , pms actif , pour éluder une prohibition odieuse , feroit refluer sa haine sur le gouvernement , et calomnieroit
la liberté républicaine.
Quel est l’état actuel des choses à cet égard? Laliberté des cultesexiste en Turquie» elle n’existe point en Fiance: le peuple y est privé d’un droit dont on jouit dans les états despotiques , même sons les régences de Maroc et d’Alger. Ne parlez plus de l’inquisition ; vous en avez perdu le droit : car la liberté des cultes n’est que dans les décrets , et la persécution tiraille toute la France.
La loi ne peut être que l’expre$sion de la volonté générale : or , non - seulement les clameurs de quelques forcenés qui ont jette le peuple dans la stupeur, ne sont pas le vœu national ; mais il a sanctionné 1 opposé dans les loix existantes. Et certes, en choisissant ses mandataires , il était loin de prévoir les attentats multipliés contre la liberté des cultes , attentats dont l’impunité est même un nouveau crime. Arracher au peuple une portion quelconque de ses droits 3 c’est être en révolte contre lui.
Disc . de Grégoire , B
( iS )
Le citoyen le moins instruit sent , que parler ce liberté et lui ravir celle du culte, c’est en même temps une contradiction dans les termes, un outrage à sa volonté et un attentat contre ses droits. Une demi-liberté n en est pas une ; je la veux toute entière , liberté de l’agriculture, du commerce, des arts, de la presse, des cultes, etc.
Depuis trente ans , presque tous les gouvernera ens de l’Europe commençoient à revenir tolérans ; on en faisoit honneur aux f rançais chez qui la philosophie tonnoit contre a rage persécutrice. Eût-on jamais cru que les efforts des philosophes , sur-tout de celui
que vous avez porté dernièrement au Panthéon , aboutiraient à faire demander la tolérance aux fondateurs de la liberté française?
Quelle insulte plus grave pouvôit-on faire au peuple que de lui ravir l’exercice d un droit fondé sur la nature , et consacré par la sagesse de la Convention nationale?
Lorsque, par votre ordre, nous sommes ailes dans le Mont-blanc et les Âlpes-mantimes , leur imprimer les formes républicaines, en votre nom , au nom de la loi , nous avons juré aux citoyens de ces contrées la liberté des cuites dont ils redoutoient la perte;
Ils Pont perdue , et le parjure , ce n’est pas moi. Quand dans les pays où pénètrent nos armées victorieuses, on proclame cette liberté, comment voulez-vous que les peuples ne regardent pas ces proclamations comme une dérision insultante, lorsqu’ils savent que chez nous on a fermé tous les temples , et incacéré ceux qui réclamoient l’autorité de la loi.
Par son heureuse position , la hYance peut devenir le centre commercial de l'Europe ; elle le deviendra, si l'agriculture , les manufactures , les arts et métiers acquièrent tout le développement dont ils sont susceptibles. Ils l’acquerront si nous donnons à l’industrie étrangère la facilité de s’identifier à la nôtre. Maisjamais elle ne viendra se naturaliser chez nous , si l’intolérance la repousse je dis plus , l’industrie nationale auroit bientôt le même sort que lorsqu’on révoqua l’édit de Nantes.
Cette compression intolérante auroit-elle été suggérée par le cabinet de Saint- James * et n*est-eile pas le dernier anneau de cette chaîne que ia faction, abbattue le 9 thermidor, vouloit imposer à la Convention nationale et au peuple français? Vous auriez prompte-
nient la mesure de cette intolérance et de
ses effets contre-révolutionnaires, si des millions d’hommes haletans d’effroi , et tenaillés par la persécution , étoient sûrs de franchir la frontière sans rencontrer la guiR îotine ou les cachots. Et qu’est-ce-donc qu’une liberté , qu’une immensité de citoyens industieux et patriotes s’apprêtent à fuir?
Mais , dit-on , il est permis à chaque citoyen de pratiquer son culte dans sa maison. Quoi! la déclaration des droits, la constitution etdesloix publiées avec appareil , auraient uniquement pour but de statuer que dans ma chambre je puis faire ce que je veux? S’il est permis de déraisonner, qu’au moins ce ne soit pas d’une manière si grossière.
Je ne rappellerai pas d’ailleurs, qu’un espionnage tyrannique a été exercé jusqu’au sein des familles , et que la liberté des citoyens a été outragée dans l’asyle même de leurs foyers.
Rien de plus trivia] désormais que cette phrase bannale : la superstition et le fanatisme relèvent une tête audacieuse : la superstition et le fanatisme..... ce sont - là deux fléaux redoutables , c’sst la peste au moral ;
1 al ] , A'
mais ne seroit-il pas à propos de de-
terminer enfin l'acception fie ces mois j car, en ne les définissant pas, on leur fait signifier tout ce qu’on veut, pour persécuter sans obstacle , et justifier des cruautés? Parce que Voltaire croyoit un dieu , un jour il fut traité de fanatique par un homme encore vivant j et si je veux fixer le sens de ce terme, consulterai -je les discours meiveiileux , concernant le culte abstrait de laraison, et ce ramassis de prostituées appelées déesses de la raison , ou les discours qui célèbrent le dieu de la liberté; choisirai-je dans le bulletin de la Convention nationale laharangue par laquelle Anacharsis Cloots prêche l'athéisme , ou celle dans laquelle Robespierre fait à î’Etre suprême l’honneur de le reconnoître. Comme le* idées fausses sont besoin d’exagération une tactique ordinaire est de crier vite au fanatisme ; mais, parce que des hommes paisibles se seront réunis pour prier à leur manière ,, ne semble-t-il pas que la contre - révolution s’opère? Je le demande aux hommes que n aveugle pas la passion ; vouloir présenter ces réunions calmes, comme un attroupe ment, une faction , n’est-ce pas abuser des termes ?
Mais la guerre de la Vendée.... La Vendée ?
( aa )
c est la pîaie îa plus hideuse que des monstres ayent mite a la révolution , c’est la réunion de tous les maux et de tous les forfaits ; et 1 on pourroit , sans inconvenance , demander par qui ont été commis les plus atroces , ou des prêtres scélérats qui , au nom du ciel prechoient le carnage , ou de faux patriotes qui ont abreuvé de sang et couvert de deuil cette contrée malheureuse ? Carrier et ses
nombreux licteurs étoieut-ils prêtres? Mais si Ton s’obstinoità confondre ces prêtres qu on ne peut appeller des hommes , avec ceux qui , soumis a la loi , ont concouru à fonder la République, ce seroit mettre sur la même ligne, les brigands de la Vendée et les braves défenseurs de îa patrie.
On ne peut se dissimuler , que parmi les associations religieuses qui sont en France , il en est une , contre laquelle ont été plus particulièrement dirigées les mesures de rigueur. Je n'examine pas çi , comme on 1 a prétendu , des hommes caches derrière la toile, conduisent ce mou-
vement dont ils rattacheraient le fil à Tin fluence des puissances étrangères ; il m’es plus doux de penser que cette associatioi étant la plus nombreuse , présentoir aux acte; de sévérité, une surface plus étendue; d’ail- J^uiSj ij etoit a craindre que le souvenu
d'une antique opulence n’eût alimenté, elles bien des prêtres , des regrets inciviques, ict enfin, il falloir déraciner les germes de royalime désséminés par des pontifes orgueilleux de l’ancien régime , qui tenoient leurs richesses de la royauté dont ils étoient les esclaves , les drogmans et les complices.
Mais vous êtes trop justes pour leur assimiler des prêtres qui avec vous se sont élancés sur la brèche pour combattre le despotisme , et sans lesquels peut-êtic la République n existeroit pas. Ils vous présentent une caution sûre dans leur intérêt propre ; car si la révolution pouvoit échouer, ils seroient
les premières victimes. Des hommes que par l’attrait d une pension on invitoit inutilement au parjure, des hommes qui sont restés patriotes , en perdant place et fortune , pour roient bien en valoir d’autres qui ont le mérite d’être patriotes en obtenant place et fortune ; peut-être même que leur persévérance dans leurs principes , vaut bien ces abjurations et ces déclamations multipliées , il v a un an, à votre barre , et dont la traduction é toit à peu près ceci : £t Je vous >9 déclare que pendant longues années j ai été >2. un imposteur et un fripon ; en conséquence >
« je demande que vous m’estimiez et que » vous m’accordiez une place. » Il y a quatre ans qu’on tourmentoit les prêtres pour prêter 3e serment ; ensuite on les tourmenta pour l’abjurer. La faim , les cachots , les injures, les calomnies , ont été leur partage ; et l’on nous parle de la St. Barthelemi , des noyades de Carrier ! Mais je préférerois périr dans un court supplice , plutôt que d’être pendant des mois, des années , abreuvé d’amertumes et rassasié de douleurs.
La persécution est toujours exécrable, soit qu’elle s’exerce au nom de la religion , ou au nom de la philosophie ; et franchement, dans la supposition de fanatisme , s’il falloii opter entre deux extrêmes que j’abhorre, je préférerois encore le fanatisme des persécutés à celui des persécuteurs ; et je dirois , comme Guise à Poltrot: Si ta religion t’ordonne de m’assassiner , la mienne veut que je te pardonne.
N’appliquons donc qu’avec discernement les épithètes infamantes de fanatique , de superstitieux; car nous aussi nous méprisons les légendes fausses, les reliques controuvées, les fourberies monacales et les pratiques puériles qui rétrécissent i’esprit et dégradent la religion.
Quelqu'un a cru faire preuve de génie , en disant que la religion catholique est ceoe de Catherine de Médicis et de son dis. Cet argument équivaut à celui-ci : la République française est celle oe P^oheispieire. QueLe injustice de rejetter sur elle des forfaits commis en son nom, mais quelle abhorre! Si l’abus criminel d’une chose étoit un argument plausible, il faudrait annéantir le commerce, parce que des ruisseaux de Scuig ont coulé pour en disputer les profits ; anéantir îa justice , parce la chicane nous a dévorés , et maudire la philosophie , la liberté meme , parce que des sophistes, de faux patiio«.e3
en ont abusé.
Puisque le culte catholique est celui d une grande partie de la nation, et puisqu on la, présenté comme incompatible avec la République , le devoir d’un législateur est de discuter cette objection, qui le sera bientôt dans un ouvrage approfondi.
Dans cette discussion , les taits répondent à tout : voyez les catholiques des Etats-Unis de l’Amérique et des petits Cantons-Suisses , et trouvez-moi des hommes plus attaches simultanément à leurs principes religieux et républicains ? Avec quels transports, au sein
de LHelvétie, jai vu, dans les temples, associer aux signes religieux les héros du calendrier politique! Là, Guillaume Tell , A inkelried et Melchtal respirent sur la toile et le marbre, et commandent encore à leurs en i ans 1 amour de la République et la haine de la maison autrichienne.
Je n aime pas à parler de moi ; mais , permettez qu’ici j'invoque le témoignage de mes co-députés et de tout le département qui m a procuré l’honneur de siéger parmi vous ; qu ils disent si dans le tems que vous aviez encore un roi , je n’a vois pas moi , catholique de cœur et d’esprit , célébré chez eux les funérailles de la royauté, et proclamé 1 existence anticipée de la république !
Teis hommes, dont le prétendu patriotisme fascine encore d’autres jeux que les miens , ont peut-etre donné dix mille hommes à la Vendée , par des discours qui serviront à 1 histoire. Et moi , par mon obscure correspondance , j’ose dire que j’ai empêché des *V endées. Lors de la subversion du culte autour de moi se pressoient des hommes qui vouloir rit on réclamer la liberté. Je leur disois : vous êtes catholiques ; par vos vertus forcez f estime de vos ennemis! Il est un
caractère auquel je veux qu’on vous reconnoisse, c’est en redoublant d'amour pour la République , c’est en multipliant les sacrifices , en vous sacrifiant vous-mêmes , s il le faut, pour l’affermissement delà liberté. Et certes , elle a été sublime la conduite des partisans des diverses cultes ; ils pouvoient dire que quand un membre du corps social est opprimé, tous le sont. Plus sages que leurs persécuteurs , ils ont souffert , iis souffrent en attendant le retour de la justice ; et si l’imposture répétoit que parmi ces associations religieuses, l’une est- incompatible avec la liberté , de tons les coins de la France, des millions de catholiques éiêveroient une voix comprimée par la douleur, pour réitérer le serment que tous les cultes répéteront , celui de vivre et de mourir républicains.
Actuellement j’adresse le dilemme suivant aux violateurs des droits de la nature et des sages décrets de la Convention naionale ; ou vous ne voulez pas détruire certaine association religieuse; alors, pourquoi la persécutez-vous ? eu votre projet est de la détruire ; alors, pourquoi le taire? Expliquezvous , et qu’enfin nous sachions si Charles IX et Louis Xi Y sont ressucités * et s’il
faut, comme les Protestans , après la révocation de l’édit de Nantes , nous arracher à une patrie que nous chérissons , pour nous traîner sur des rives étrangères en mendiant un asyle et la liberté.
Si vous étiez de bonne foi , vous avoueriez que votre intention, manifestée jusqu’à l’évidence , est de détruire le catholicisme. Vous êtes embarassés sur le choix des moyens , et vous avez la cruauté lâche de le cacher, pour îi’être pas frétris du caractère infâme de persécuteurs , auquel vous n’échapperez pas; car le plus curieux dans l’histoire de la révolution n’est pas ce qui est imprimé , mais c’est ce qui ne l’est pas , et qui le sera.
Je fais ensuite un rapprochement de faits incontestables; i°. la liberté des cultes est proclamée par la nature , et sanctionnée par la loi; a°. cette liberté n’existe nulle part en France ; 3° c’est en ravissant au peupie ce droit inviolable , que des contre-révolutionnaires vouloient faire hair la démocratie
et provoquer des troubles.
On a rendu justice à Chaumette , en l’envoyant à l’échafaud: par quelle fatante veut*
on justifier ses continuateurs f Qu il jouissent
de la liberté , de la paix ; mais qu au moins nous partagions cet avantage !
Bayle s’efforce d’établir qu’un état peut exister sans religion; quand même il pourroit étayer son système par le fait de quelques bordes sauvages , il lui resteroit à prouver que la . même chose peut avoir lieu chez un grand peuple civilisé. Si les premiers, vous prétendez résoudre ce problème , l’exemple de tous les législateurs anciens et modernes , tous les évènemens de l’histoire déposent un animent contre le succès, et bientôt avec Plutarque , vous serez contraints d’avouer qu’il seroit plus facile de bâtir une ville en l’air. Le publiciste Bielfeld prétend qu’un peuple , chez qui les principes religieux s’éteignent , marche rapidement vers sa décadence. Pour justifier son assertion , il suffit de jetter un regard sur les mœurs actuelles comparées k leur état avant la révolution. L’époque de la destruction des cultes est celle de la démoralisation la plus alarmante ; le frein étant rompu , tous les vices ont inondé la société : on fera des loix ; mais nous demanderons avec un ancien , que peuvent les loix sans les mœurs , et nous ajouterons, que sont les mœurs sans les sentimens réhgieux ?
Il faut donc un principe actif qui, suivant l’homme dans la solitude et les ténèbres, entre dans son cœur pour y créer des vertus
ou des remords; qui place les qualités sociales dans le cercle des devoirs ; et qui , en les faisant chérir , en facilitant les moyens de les accomplir , mette du prix , du plaisir aux sacrifices que l’on fait pour la chose publique ; alors la conscience mêle sa voix à celle du législateur, et ses peines à celle dont la loi punit les infracteurs. Qui peut nier que deux liens ne soient plus forts qu’un ? La religion , en dirigeant la conduite des parens , les rend plus attentifs à l’éducation de leurs enfans 9 et par-là s’établit dans le sein des familles , une tradition de vertus , un héritage de bonnes mœurs qui sont les pierres angulaires de la liberté. La loi est alors dans le cœur, et la conscience en est Je magistat le plus éclairé, le plus intègre ; sur elle repose la fidélité des traités , et des contrats. Quand un Turc a juré sur l’Alcoran, la sécurité de ceux qui contractent avec lui, résulte de la vénération qu’imprime dans son ame un livre qu’il regarde comme sacré. Et quel peuple voudrait traiter avec un peuple dont les principes ne présenteraient aucune garantie de cette nature à la bonne foi commerciale et diplomatique ? Ignorez - vous donc que le fanatisme persécuteur est le texte sur lequep
les ennemis de la révolution ont établi le plus d impostures et 1 un des moyens les plus puissans par lesquels ils ont accru leur parti et coloré leurs forfaits.
D ailleurs , pour tous les individus de notre espèce , la carrière de la vie est semée de peines; il seroit bien impolitique , le législateur qui tenteroit d’atténuer les sentiment capables d’en tempérer l’amertume. L’homme abandonné des hommes, dirige sa pensée vers cet etre invisible dont faction est partout. Barbare ! oserois-tu lui ravir les douces consolations de la vertu persécutée et du malheur? si tu veux lui arracher l’idée d’un Lieu, donne-lui un ami plus fidele, un père plus tendre, un consolateur plus puissant! Permets qu’il se réunisse à la société religieuse de ses frères , et que dans ce rapprochement d individus animés du même esprit, il trouve un adoucissement aux angoisses qui sans cela tourmenteroient son existence. Eli ! dans quelle circonstance ridée consolante de la divinité fut-elle plus nécessaire au peuple français, qu’à l’époque où tant de cœurs déchirés , tant de familles mutilées
ont des pleurs à essuyer et des plaies à cicatriser ?
Ne comptez donc pas sur l’existence d’une République sans religion; et s’il vous plan s©it d’en organiser une , en supposant meme que vous fussiez d’accord sur les principes , c&qui ne sera jamais, chaque citoyen auroit droit de vous faire la question que tant de fois on a faite à d’autres: de quel droit prétends-tu interposer ta volonté entre Dieu et moi ?
Un sage politique doit calculer d’ailleurs le caractère d’une nation ; dans des circonstances données et absolument parallèles , il est le même. Pendant un siècle les Protestans furent l’ob)et d’une persécution atroce; on cbassoit , on emprisonnoit , on pendoit leurs ministres , on fermoit leurs temples , leurs assemblées étoient traitées de séditieuses. Après un siècle de tourmens , lorsqu'à 1 aurore de la liberté ils purent respirer, parurent tout-à-coup trois millions de Protestans en France : et l’on prétendrait que quelques années de déclamations et de violences ont changé la masse des citoyens ! Non , ne le croyez pas , la persécution a heurté leurs opinions , mais elle n a ni convaincu les esprits , ni persuade les cœurs.
Que faire donc dans l’impossibilité d’éteindre
teindre les principes religieux , ou de réunît tout-à-coup les citoyens ci la meme cioyance? C’est de rattacher tons les cultes à la République, en garantissant Rentière et indéfinie liberté de tous les cultes , sauf a rappeller dans une adresse au peuple , les réglés de sagesse que commande cet ordre de choses > dont la direction sera confiée aux représentans du peuple , qui dans les divers départemens iront exercer leur mission.
Proposer un ajournement sur cet acte de justice après lequel la nation soupire , ce seroit compromettre la liberté en outrageant tous les principes. Il est tems enfin de leur faire amende honorable , et de se rappeller que la philosophie dévoue les persécuteurs à l’exécration de 1 univers , tandis quelle présente les fondateurs, les défenseurs de la liberté à l’estime de tous les siècles.
Il ne suffit pas de passer a 1 ordre du jour motivé sur Rexistence de la loi , puisque malgré la loi, par-tout on persécute. Il s’agit de garantir l’exercice de ce droit. S il est encore des agitations intestines , , ce moyen est le plus efficace pour les calmer; par-là vous arracherez aux malveillans un prétexte pour calomnier la convention nationale et
Disc, de Grégoire: G
inquiéter le peuple : d'ailleurs la publicité appelle les regards et rend linspeetion du magistrat plus facile que sur ces réunions sourdes où les persécutés vont exhaler leur douleur et contracter , par l’habitude de la clandestinité , une physionomie qui n’est pas celle de la franchise.
Et qu’on ne dise pas que les citoyens ayant été pendant un an privés de l’exercice public , cet état de choses peut persévérer : ce raisonnement seroit celui d’un voleur qui voudrait retenir son larcin, ou du tyran qui tenterait de perpétuer sa domination sur un peuple résolu à secouer le joug.
Traitez comme séditieux quiconque troublerait l’exercice de cette liberté ; mais qu’aucune religion ne prétende usurper la domination ni forcer la volonté de personne ; aux yeux du législateur , elles ont toutes des droits •égaux. Si des nïalveillans , des royalistes , qui veulent se rattacher à tout , s’irïsinuoieht dans ces assemblées , l’intérêt de toutes sera d’accord avec leurs devoirs ; elles s’empresseront de les dénoncer à l’autorité civile.
S’il est une religion qui s’occupe sans cesse à consoler l’humanité , en défendant celui qu’on outrage , en soulageant celui qui souffre ;
Si elle commande aux citoyens de s'aimer ; de se respecter , quelle que soit la disparité de leurs opinions; p
Si elle épure ja morale privée et publique > en proscrivant tous les vices qui altèrent l’ordre social , en prescrivant toutes les vertus qui raffermissent ;
Si elle arme la raison contre les secousses des passions, les illusions de la prospérité es les angoisses du malheur ;
Si elle agrandit l’aine , en rattachant toutes ses allé et ions, au principe intelligent duquel tout émane ; y
Si elle augmente la propension à faire le bien , par des motifs qui , suivant l’expression d’un orateur , retentissent dans l’éternité ;
Si , reportant sur la société ces motifs , qui émeuvent puissamment l’esprit et le cœur, elle fortifie l’attachement du peuple pour ses loix , et sa confiance dans ses' représentans ;
Si , donnant plus d’énergie à l’amour de la république , à la haine de la royauté -, elle dispose le citoyen à se sacrifier sans cesse pour celle-là et contre celle - ci ; certes , une telle morale consolidcroit les institutions sor ciales , elle seroit une des plus fermes co-
lonnes du gouvei ncmcnt. Or , telles sont les sentimens de toutes les sociétés religieuses qui sont dans la République, foulez-vous séréniser les cœurs , répandre la joie dans les familles , imprimer* un nouvel élan vers la liberté , et consolider la démocratie , qui n’aura presque plus de contradicteurs, assui ez la liberté des cultes. Les français sont bons; ils feront un effort d’indulgence pour se persuader que des raisons d’interet public avoient décidé la clôture de leurs temples. Ils recevront comme une grâce 1 exercice d un adroit que personne ne peut leur ravir , et sans lequel un gouvernement , de quelque nom qu’on le décore , ne sera jamais qu une tyrannie. Qu’à la voix paternelle de la Convention tous les cœurs se raniment donc , et se dilatent ! Disons aux citoyens :
« Sous l’ombre tutélaire des loix , il vous est libre d’accomplir les actes de votre culte ; mais écartez ces dissentions qui ont si souvent consterné la raison , troublé les peuples et ensanglanté le monde , point de rivalité que celle du patriotisme et de la vertu !
» Cultivez vos champs, perfectionnez le»
arts , animez l’industrie , soignez 1 éducation de vos enfans , qui doivent transmettre , aux
hommes de l'avenir , l’héritage de la liberté. Quelles que soient vos opinions religieuses, aimez-vous , puisque le père commun vous aime. La patrie est notre mère commune ; autour d’elle doivent se rallier tous les cultes amis de l’ordre , du bonheur et de la gloire nationale. Appuyés sur vos vertus et votre courage, vos représentai* terminèrent une révolution glorieuse ; et le faisceau repu blicain sera le lien indissoluble de tous es fi •ancais ».
projet de decret.
La convention nationale décrète .
Les autorités constituées sont chargées de garantir à tous les citoyens l'exercice libre de leurs cultes , en prenant les mesures que commandent l’ordre et la tranquillité publique.
Le i nivôse et les jours svuvans , on me gratifia de beaucoup d'injures , pour a\on demandé la liberté religieuse. Les mêmes hommes qui m’outragèrent ont concouru au décret du 3 ventôse , cela prouve que si les principes sont invariables . tes hommes ne ■* sont pas. Voici le décret :
décret
sur l’exercice des cultes .
Lci Convention nationale , après avoir entendu le rapport de ses comités de saint public , de sûreté générale et de législation réunis , décrète :
Art. I. Conformément à l’article VII de la déclaration des droits de l’homme , et à I article CXXII de la constitution , l’exercice d’aucun culte ne peut être troublé.