L'INSTITUTEUR EST J'AME DE L’'ECOLE
je proteste pour ma part contre cette politique du gouvernement. Avaut d'acheter des livres pour les enfants dout les parents ont les moyens de leur en fournir, il y a bien d'autres choses à faire dans l'intérêt de l’instruction publique. Et voilà précisément ce que je reproche au cabinet.
Il fait ce qu’il n’est pas nécessaire, ce qui est plutôt nuisible, et il ne fait pas ve qui est urgent Demandez à
tous ceux qui ont quelque compétence en ces matières, quel est le plus sûr, le plus efficace, le plus puissant facteur du progrès dans l'instruction primaire, Est-ce le programme d’études ?
Certes un hon programme est important, inais il ne crée par la science.
ëst-ce je local de la classe, son amén:gement, son matériel ? Rien de tout cela n’est à négliger, et on dédaigne trop ces moyens de succès dans nos inunicipalités ; mais ce m'est pas encore le principal. Est-ce le choix des livres ? Sans doute, le livre est un des ciéments du progrès scolaire, et c'est avec raison qu’on s'efforce d’avoir les meilleures manuels, les meilleurs traités : mais enfin le livre n’est qu'un outil, il n’est que le ciseau du sculpteur, l'instrument de l'artiste. Le scuipteur, l'artiste, l'âme de l’école, celui sans qui elle serait stérile et infructueuse, celui qui lui communique la iumière et la vie, c'est le maitre.
Le maître, l'instituteur, voilà le facteur essentiel du progrès dans l’oeuvre sacrée de l'éducation. C'est le maître qui fait l’école. N'ayez pas de programme, ou ayez un programme déïceiueux ; n’ayez qu’un local mal améGnagé, mal équipé ; ayez des livres inférieurs, ou même n’ayez pas de livre du tout : tout cela sera bien malheureux et multipliera les difficultés ds l'ocuvre. Mais si vous avez un bon maire, un maître instruit, compétent, dévoué, en dépit de ces déplorables lacunes, tout est sauvé; vous aurez une bonne école. Là-dessus tout le monce est d'accord. Tous les écrivains qui ont écrit sur ces sujets, quels qu:
soient leurs principes et leurs nuances d'opinion, sont unanimes à proclamer cette vérité “Le personnel enseignani, tout est là, lisons-nous dans “l'Enseignement primaire,’ du premier juin 1897. C’est en l’organisant sur des bases rationnelles et pédagogiques que nous parviendrons à améliorer notre système d'enseignement primaire. Le bon maître fait la bonne école : tout le reste de la question scolaire repose sur des détails. ” Voici, sous une autre forme, la mèême idée exprimée par un écrivain pédagogique français, monsieur Michel Bréal : ‘ Jusqu’à présent le livre était le personnage essentiel de la classe, et l'instituteur n’était que le commentatcur du livre. C’est au contraire par la bouche du maître que les en-
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fants doivent d’abord connaître les râgles.’’
Ecoutez maintenant monsieur Guizot : “Tous les soins, tous les sacrifices seraient inutiles si nous ne parvenions à procurer à l'école nublique reconstituée un maître capable, digne de la noble mission d’instituteur du peuple. On ne saurait trop le répéter, tant vaut le maître, tant vaut l’école elle-même. Æt quel heureux ensemble de qualités ne faut-il pas pour faire un bou maître d'école ! un bon maître d'école est un homme qui doit savoir beaucoup plus qu’il n'en enseigne. afin de l’enseigner avec inteliigence et avec goût ; qui doit vivre dans une humble sphèie, et qui pourtant doit avoir l’âme élevée pour conserver sa dignité de sentiment et môme de manières sans laquelle il n’obtiendra jamais le respect et la confiance des familles ; qui doit posséder un rare mélange de douceur et de fermeté, car il est l’inférieur de bien du monde dans une commune, et il ne doît être le serviteur dégradé de personne ; p’ignorant pas ses droits, mais pensant heaucoup plus à ses devoirs ; donnant à tous l'exemple, servant à tous de conseiller, surtout ne cherchant pas à sortir de son état, content de sa situation, parce qu'il y fait du bien, décidé à vivre et à mourir dans le sein de l'école, au service de l'instruction primaire, aui est pour lui le service de Dieu et des hommes.”
Enfin laissez-moi vous ciber encore ne parole de Monseigneur Dunan- Joun : “Parmi les fonctions sociales, écrit-il. il m'en est pas de plus grande. de plus importante au bonheur des hommes. et par conséquent de plus digne du respect et de la reconnaissance universelle que celle des insti-teurs de la jeunesse. “Eh bien, puisaue na fonction d'instituteur est une des plus importantes. au noïnt de vie social, pnisane “tant vaut le maître, tant vaut l’école elle-même,” puis-que “le bon maître fait la bonne érole” il est évident que si l’on veut améliorer l'école, il faut commencer par améliorer Je maître. Au-dessus de la question des programmes, atldessus de la question des maisons d’6cole. au-dessus de Ja question du matériel scolaire, au-desens de la question des livres, au-dessms de tout cela, il y a la question de l’instituteur. Or,
ce point principal, ce point essentiel, ce point urgent et pressant, je de:
mande au gouvernement : où est-il dans votre loi ? Je parcours votre bill, je cherche dans ses divers titres, dans ses divers chapitres, dans ses diverses clauses, et je n’y trouve rien pour les insticuteurs, Rien pour leur prohection, rien pour leur encourage-nent, rien pour l'amélioration de ieur sort ! Vous vous occupez du livre qui n’est que l'outil et vous ne vous occupez pas du maître qui est l’ouvrier, qui est l'artiste, vous suspendez le paie ment des primes, des gratifications aux instituteurs et institutrices qui ont le plus de meme pemdent que vous entreprenez de donner des Tivres à des enfants qui n’en ont pas besoin. Vous allez plus loin, au lieu d'essayer à améliorer le sort des maîtres et maîtresses, vous leur enlevez la protection que le conseil de l'instruction publique avait introduite dans le projet de l'an dernier, Vous supprimez la disposition relative À la axation d'un minimum de salaire.