L'INSUFFISANCE DES SALAIRIX DES INSTITUTEURS ET DES INSTITUTRICES
L'insuffisance des salaires de nos instituteurs et institutrices, voilà véritablement le plus grand obstacle au progrès de notre instruction primaire.
Comment veut-on que celle-ci se perfectionne si notre personnel enseignant reste stationnaire au point de vue de la compétence ? Et comment veut-on que le niveau de motre corps enseignant s'élève si ses membres ne trouvent pas dans la carrière professorale une rémunération suffisante ?
Nos instituteurs et institutriles ne Sont pas suffisamment payés, voilà le cri que l’on entend de toutes parts.On ne peut songer à garder dans l’ensei- *nement des instituteurs compétents, à quatre-vingt piastres par année, ni des institutrices compétentes à cinquante piastres par année.
Je lisais dernièrement à ce sujet un excdllent article dont la chambre me permettra de lui donmer un extrait :
“Je recois quelquefois des lettres ‘institutrices, Celles qui m’honorent de leur confiance, jusqu’à me laisser pénétrer um peu dans l'intimité de leur vie m'ont permis de cons-
tater dans l'organisation des écoles primaires un monde d'abus,
“S'il existe une classe de parias ou d'esclaves au sein de notre civilisation seréine, c'est bien celle des pauvres filles qui se sont vouées à la vurrière de l'enseignement,
“Je ne trouve personne à leur comparer dans le nombre des malheureux de toutes sortes sur lesquelles s'exetrce lan conventionnelle compassion publique. Les servanites de nos maisons sont dts rentières auprès d'elles et l'on ne peut s'empêcher «Ge 16liciter les jeunes filles de la campagne qui dans l'obligation de gagner leur vie choisissent la meilleure part en sacrifiant un peu de leur fiertc vour se mettre en service, A celles-l, il‘n'est pas mal aisé de trouver quel:
que bonne famille où elles seront traitées avec égard et chez qui elles jouifont des commodiés inconnues à la vie des campagnes. En outre, étant logées, nourries, blanchies, pour peu qu'elles soient économes, il leur est possible d'épargner la presque totalité des cent ou cent cinquante piastres que représente la somme annuelle de leurs gages.
“Si, par exemple, deux soeurs oni adopté chacune l'un de ces genres de vie, de quel oeil d'envie, celle que son ambition a poussée à la conqué-te du diplôme, ne doit-elle pas regarder l'autre, plus riche qu'elle à Ja fin de l’année, sans avoür subi l’épreuve de son métier ingrat, de ses accaiblantes responsabilités, de ses humiliantes, de ses crutlles privations.
‘“ Sait-on, en effet, que le salaire d’une institutrice varie de soixante à cent et quelques piastres ? Et qu'À inôme cette misérable pitance elle doit pourvoir à son habillement, à l'entretien de l'école et à sa nourriture—ou à sa disette si l'on veut? C'est de la barbarie et l'urgence du cas me semble appeler l'intervention, sinon de la “Société protectrice des femmes et des «enfants ”, au moins du gouvernement.
“De pareils honoraires, il faut l'admettre, c'est la gôme, sinon la misère.
Or. voilà deux choses bien incompatibles avec la dignité de l'emploi d’institutrice, sans compter les risques habituels d’une vie misérable. Il faut plus que de l’abnégation pour persis ter dans une carricre aussi ingrate.”