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Discours sur la loi de l'instruction publique prononcee devant le Conseil Legislative

Nous voici encore une fois appelés à discuter une loi d'instruction publique. Cette grande question est plus que jamais à l'ordre du jour. Elle préoccupe tous les esprits élevés, elle évei^lle la sollicitude de^s P'enseLiii's et des 'hommes d'action, des économistes et des apôtres, elle provoque les études et le dévouement de quiconque a le souci de la grandeur nationale. Dans cette chambre, elle sera traitée, j'en suis convaincu, comme elle Fa déjà été, sans parti pris, sans passion, sans préjugés, à la lumière de la raison, des principes, de l'expérience et du patriotisme.

En entrant dans cette

discussion, ma première parole, Messieurs, sera une parole de satisfaction.

Le bill qui nous est soumis cette année diffère du bill qui nous était soumis rannée dernière en un point essentiel. L'innovation qu'une majorité d'entre nous avait jugée anti-progressive, désastreuse et absolument inadmissible, la création d'un ministère de l'instruction publique, est disparue du projet. Et je dis que nous, qui avons voté contre cette innovation, nous avons le droit d'en éprouver une satisfaction profonde ; non pas une Taine satisfaction d'araour-propre.

non pas une stérile satisfaction de partisans politiques, mais la satisfac-

tion intime et grave du citoyen qui est SÛT d'avoir accompli son devoir et rendu service à son pays. Je me réjouis donc du fond du coeur de ce changement qui s'est produit, sinon dans la pensée, au moins dans l'action du gouvernement. Libre au cabinet de jeter des fleurs sur la tombe de ce ministre mort avant d'avoir vécu, libre à tel ou tel membre de l'administratioij de dire que le bill de l'an dernier était meilleur que celui-ci, d'en appeler à l'avenir, et de nous laisser entrevoir pour plus tard ,1a réalisation du rêve évanoui. Le fait acquis est là, et c'est un fait im.mense : le ministère de l'instruction publique est abandonné ; il est abandonné parce qu'on s'est aperçu que cette réforme tant prônée, au lieu d'être une mesure progressive était un mouvement rétrograde ; il est abandonné, parce que l'opinion publique s'est montrée à son égard hostile ou indifférente. Il est abandonné, et je salue avec joie cet abandon, car je ne suis pas dé ceux qui désirent voir leurs adversaires faire le mal pour avoir le plaisir de les dénoncer et de les combattre. .

Cependant de ce que l'erreur capitale du bill de l'an dernier est disparup» du projet actuellement soumis à cette chambre, il ne s'en suit pas que ce projet soit une oeuvre sans reproche. Bien loin de là, Messieurs, je crois malheureusement pouvoir* dé-

montrer qu'au vice disparu ont succédé d'autres vices et que la mesure du gouvernement est encore entachée de fautes d'omission et de commission, qu'il est nécessaire de dénoncer à l'opinion publique.

Mais,tout d'abord, permettez-moi de «signaler un fait qui se dégage des deux essais de législation scolaire tentés par le gouvernement l'année dernière et cette année; et ce fait,cest l'avortcment pitoyable de la campagne bruyante menée dans une certaine presse et par une certaine école, au sujet de la question de l'instruction publique. Pendant deux ou trois ans.

cette presse et cette école ont fait retentir les échos de leurs clameurs.

Suivant ces dénonciateurs fai-ouches, nous faisions une tache d'ombre au firmament lumineux de la Confédération ; nous étions la province ténébreuse et rétrograde ; tout était à refaire du haut en bas de notre système scolaire. Et voilà qu'au lendemain des élections du 11 mai 1897, un gouvernement libéral venait, dans une largo mesure, donner raison à ces déclamations en présentant un projet de loi destiné, disait-on, il régénérer notre système. Sans doute, ce projet allait pénétrer jusqu'au coeur de la question, apporter des remèdes spécifiques aux maux dont souffrait notre instruction primaire, contenir des dispositions destinées à relever le niveau des études, Ti rectifier les programmes, à fortifier le professorat, Ti améliorer la tenue des écoles ? Erreur, illusion bientôt dissipée ; le gouvernement do la réforme annoncée avec tant de fracas, nous apportait tout simplement une refonte de nos lois scolaires, préparée par d'autres que par lui, et contenant les améliorations de détails que l'expérience avait suggérées au conseil de l'instruction publique. Forcés de descendre des gêné ralités verbeuses pour entrer dans le domaine du réel et du pratique, ces ambitieux novateurs, au lieu de trouver devant eux un champ inculte, oi\ pourrait se donner carrière leur .nrdeur expérimentale, se voyaient on présence d'un champ fertile déjjl couvert d'une abondante moi.sson. C'était une déception cruelle ; et pour ma,squer cette impuissance lamentable 1 laquelle Ils se voyaient ridiculement condamnés après tant de paroles sonores, Ils jetèrent a ceux qui les en-

touraient, et surtout à ceux qui les poussaient, cette proposition malfaisante : le création d'un ministèi-e die l'instruction publique.

On sait quelle fut la triste fortune de ce détestable expédient. Arrêté dans sa marche, le gouvernement s'est recueilli. Il a remis au creuset son oeuvre mutilée. 11 a eu un an pour mûrir davantage sa pensée. 11 a pu solliciter de nouvelles lumières, s'entourer de nouvelles informations, se livrer à de nouvelles études. Et au bout df; douze mois que nous apportet-il ? Un bill comme celui de Tan dernier, à peu de retouches près, une refonte pure et simple de nos lois scolaires. Nouvel aveu d'impuissance, que le gouvernement s'efforce, encore une fois,de masquer, en inscrivant sur son projet de loi, au lieu de son ministère condanmé, cette pompeuse et ti*ompeuse affiche : gratuité et uniformité des livres.

Donc, incapacité d'innover dans le bien, de réformer dans le bon sens du mot, et en même temps esprit d'envahissement et d'empiétement, tendance pernicieuse à usurper pour l'Etat des pouvoirs et un rôle qui ne doivent pas être les siens : tel est depuis deux ans le caractère déplorable de la politique ministérielle sur cette question de l'instruction publique.

Je vais m'efîorcer, honoi'ables messieurs, de faire ressortir ce double caractère en montrant d'un côté ce qui est dans le bill et ce qui ne devrait pas y être, et de l'autre ce qui n'est pas dans le bill et devrait y être.

LES INSPECTEURS D'EICOLE

Et d'abord, comme l'année dernière, le gouvernement veut mettre la main sur la nomination des inspecteurs d'écolo. L'article 76 du projet die : " Le lieutenant-gouverneur en conseil peut nommer des inspecteurs pour les écoles publiques choisis parmi les personnes qui possèdent les qualités prescrites à l'article 78 do cette loi ". I/ancienne loi (article 1042 des Statuts Refondus) disait : "Le lieutenant-gouverneur peut nommer, sur la recommandation de l'un ou de Vauti*e des deux comités du conseil de l'instruction publique un ou plusieurs inspecteurs d'écoles publiques ". On a supprimé les mots : " sur la. recommandation de l'un ou do l'autre des

deux comités du conseil de l'instruction publique. " De plus on a égaiement supprimé rarticle 1940 des Statuts Rerondus qui disait : " Les ins- I)ecteurs d'écoles, les professeurs, directeurs et principaux des écoles normales, les secrétaires, les membres du bureau d'examinateurs sont nommés ou destitués par le lieutenant-gouverneur en conseil, sur recommandation des comités catholique romain ou proleistant, sielon que ces nominatiO'ns ou destitutions concernent les écoles catiioliques romaines ou protestantes.

Enfin l'article 30 du projet actuel dit : " J^e lieutenanti-gouverneur peut, en tout temps et chaque fois qu'il le juge nécessaire, annuler les nominations qu'il a faites et faire de nouvelles nominations à la place de celles qu'il a annulées. '*

De tout cet ensemble savamment combiné de suppressionis et d'additious il résulte que la nomination et la destitution des inspecteurs d'écoles vont dépendre dorénavant du gouvernement, au lieu de dépendre virtuellement, comme jusqu'ici, du conseil de l'instruction publique. Sans doute, il faudra que les inspecteurs d'écoles soient choisis parmi ceux qui rempliront les conditions énoncées à l'article 78, (î'eyt-à- dire qui seront âgés de vins, t- cinq ans au moins, qui auront obtenu un brevet de capacité ou diplôme d'académie ou d'école modèle, qui aiuroiit ensieiigmé au modns pendant cinq ans. qui n'auiront pas quitté Tenseigmemeiit diepuiis plus de cinq ans, enfin quii auront subi avec succès nine examem, conformément au règlement adopté à ce sujet par l'un ou l'autre des comités du conseil de l'instruction publique.

Mais, étant donné l'accomplissement de ces conditions, le gouvernement pourra nommer qui il voudra. Il arrache au conseil la prérogative que la loi lui avait iSiayemient accordée. Il rejette avec mépris la recommandation, la désignation qui était le droit du conseil. Tl s'affranchit de cette entrave salutaire. Il veut êti*e le maître des inspecteurs, avoir le droit de les nom- « mer et de les destituer à, son gré. Il entend que dorénavant l'insiiectorat soit entièrement sous sa main. Eii bien, messieurs, je dénonce cette modification comme un empiétement mauvais. Avec notre système de gouvernement de partis, mieux vaut cent

fois les Inspecteurs d'école soUs iè contrôle impartial du conseil de l'instruction publique que sous le contrôle du gouvernement. La politique est absente du conseil de l'instruction publiq ae ; elle règne trop souvent en souveraine dans le conseil des ministres.

En donnant la nomination des inspecteurs au gouvernement, sans recommandation du conseil, vous vous exposez îl avoir fréquemment des nominations faites uniquement en récomlionse de services politiques. Vous auvez des politiqueurs-inspecteurs, des hommes qui auront politique avant d'être nommés et qui politiqueront après. A l'heure actuelle, parmi tous ceux qui ont subi les examens voulus par la loi et les règlements, le conseil choisit presque à coup sûr les meilleurs sujets ; entre plusieurs aspirants de mérite égal au point de vue de la compétence intellectuelle, il choisit presque infailliblement celui que recommandent en oaiti-e d'autres quaii-ications d'un ordre encore plus élevé, qualités de caractère, qualités religieuses et morales au sujet desquelles le témoignage et l'appi^éciation des évêques, chefs des différents diocèses, sont d'un poids décisif ;— je parle ici spécialement du comité catholique.

Qui ne voit combien ce mode de nomination est supérieur à celui qu'on désire lui substituer ?

Ce que le gouvernement veut, on Ta die ailleurs, c'est du patronage. Or, le patronage en cette matière n'est pas désirable. Si vous transformez les inspecteurs d'écoles en simples employés publics, vous leur enlevez quelque chose de leur dignité, de leur autorité, de leur légitime indépendance. Vous les exposez â devenir parfois, dans l'exercice de leurs devoirs délicats, des inisitruiments politiques. En un mot, au lieu d'élever la fonction vouis la rabaissez, au lieu d'augmenter son <^fficacité vous l'amoindrissez. Voilà, le résultat inévitable de cet empiétement du gouvernement sur les pouvoirs du conseil de l'instruction publique dans la nomination et la révocation des inspecteurs d'écoles.

L'UNIFORMITE DES LIVRES

Il y a deux auti-es dispositions du projet de loi où les tendances envahissantes du gouvernement se manifestent d'une manière encore plus gra-

ve : ce sont celles auxquelles j'ai fait allusion tout a l'heure, celles qui serveDt d'enseigne au bill et qui se rapportent a Tuniformité et a la gratuité des livres d'écoles. Ici il faut bien s'eutendi'e. Les deux clauses dont je parle ne semblent pas, a première vue, avoir toute la portée qu'on leur donne. En voici le texte :

•' 546. — Le lieutenant-gouverneur en conseil peut acquérir pour la province le droit de propriété des livres, cartes géographiques, et auti-es publications quelconques, approuvés par l'un ou l'autre des comités du conseil de l'instruction publique.

" 547. Le liieuteiMut-gouverneiir en Conseil peut disitribuier gratuit(>ment aux élèves des écoles, sous les couditioin'S qui pourront être iinposépis. des livres ou «éries de livres, cartes géographiques, etc., cho>sis parmi ceux npprouvés par l'un ou l'autre des comités du eonisieil de l'Instiniotioin Publique conformémenit aux dispoi><itions de l'article 5G de cette loi.

L'aii'ticle 50 eist le suivant :

" 50. Chacun des deux comités peut approuver lès livres de; classes.

cartes, globes, modèles ou o-bjete qiielcc-n(iue utiles a l'enseignemeni pour l'usiage des écoles de sa croyance reli.gieuse et, .q^uand il le juge a propos retirer l' approbation qoi'il a donnée."

Ces clamses, pris-es en elles-mêmes, ne paraissent pas sujettes à beaucoup d'objection. Avoir le droit d'acquérir des livres approuvés par le conseil de l'instiruction publique et de les diisrribuiOT gratuitement dans les écoles, céda ne parait pas un privilège bien exorbitant. Mais quelle est lia pensée du gouvei-nemeiit V La voici telle- (lu'elle a été exposée avec autorité par un ministre. Le gouvernement veut avoir le droit d'imposer dans toutes les éeoles élémentaires de la province un livre unique qu'il distribuera gratuiiitemeait. Il veut que l'nnifoi'mito des livreis s-ei-^ie de corollaire à la gi-atuité des livres. Ici, je demande a la chambre Ja peîi*mission de t'i^er cie passa.gei d'un discours pronoi-'M^ i)air un niK^mbri^ du gonivei-nemient :

" T^ bilil résonit aussi l'impoa'tante <ïuestion de l'uniformité des li^^res.

C'est la une quiC'Siliion qud a été beaucoup discutée iC't auisujot dei laquelle il y a bien du iK)ur et filu contre. Nous croyons l'uniformité des livres ué^nw.

saille et nous pensons y arriTeï p.lr la distribution gratuite des livres, tel que mentionné a i'article 544.

*• C'est riuteutjou du gouvernement de choisir parmi les livres actuelh:m.ent appii'ouvés ou auti^es qui pourraient être approuvés une série qui serait la même mise en usage dans toutes les écoles de la province ; et ces livres seront fournis gi-atuitement à tons les élèves. Les livres étant les mêmes partout, nous arrivons par la même a l'uniformité des livres dans nos écoles. "

Donc, dans l'intention du gouvernemcat, le projet de loi décrète l'uniforni'té absolue des livres de classes, au moins pour les écoles élémentaires.

Or, c'est la une question bien débattue et qui ne devrait pas êti-e ti-anchée a la légère. Dans mon humble opinion, honorables messieurs, l'uniformité absolue des livres d'éeoles ne devrait pas être iléci^iée,parce qu'elle est contraire au progrès, contraire a la justice et contraire a la liberté.

Elle est contraire au progrès. Dans io domaine des iiiitelliigences comme dans le domaine des corps, la variété est une des lois de la nature. Tous les esprits n'ont pas la même trempe, la même tournure, le même vol. Ils ne sont pas tous coulés dans le même moule. Ils se développent rarement dans les mêmes mUieux et sous les mêmes influences. Il s'ensuit que leurs manifestations sont diverses dans Tordre scientifique, artistique ou littéraire. Ouvrez un concours a cent ou deux cents hommes d'étude. Vous aurez a coup sûr un certain nombre d'ouvrages excellents, dont 20 ou 30 peutêtre seront a peu près d'égale valeur, mais se recommanderont chacun par toile ou telle qualité spéciale.

Cette diversité féconde dans les oeuvres de l'intelligence est Time des forces et Tune des gloires les plus incontestables des sociétés civilisées. Bossu,pt et Racine Shakospea.re et XeAvt^on, I^'ibnitz et Huraboildt, Cuvier et Arago, Chateaubriand et de Maistre, Lamartine et Veuillot, orateurs, penseurs, poètes, sîivants, écrivains sublimes, ont atteint les plus hauts sommets où le g;' nie de l'homme puisse planer. Et cependant quelles étonna'? tes différences, quelles frappantes oppositions, quels merveilleux contrastes ne trouvons-nous pas dans leurs écrits immortels î C'est de cette

vari/été multliple d'aptitindeis et 6v.

iravaux que sont nés, dans le cours ùes âges, les inventions, li3s découvertes, l'accroissement des connaissances et des lumières. Ce qui est vrai dans le domaine des arts, des sciences et des letti-es, ne l'est pas moins dans celui de renseignement. Là aussi la variété des modes eufante l'améliorauon des résultats. La concurrence dos méthodes et des manuels produit le perfectionnement pédagogique, l'elle grammaire de mérite sup&rieur paraît aujourd'hui, parce que telle autre grammaire relativement très bonne, a paru, il y a deux ou trois ans ; et c'est ainsi que le mieux succède au bien, et que le progTès s'accomplit.

Poin-quoi donc venir déclarer la guerre à cette variété qui est une loi de la natme humaine V pourquoi veniiproclamer dans l'école primaire le rè gne du livre unique qui écarte aujourd'hui le livre au^si bon let peut-être demain fermera la porte au livre meilleiu'... L'uniformité absolue des livres est une meisure contraire au progi-èi^.

Klle est contraire à la justice. Bea.icoup de professeurs ont écrit d'exceîleuis manuels. Des hommes qui ont blanchi dans le professorat, d'autres qui ont conquis par le travail une ma turité précoce ont mis le meilleur de leur intelligence dans tel ou tel ouvrage Scolaire destiné à renseignement de la jeunesse. Ils retirent do leur oeuvre une modeste et légitime rémunération. Soudain le gou^'ernement s'en vient décréter la suppression de tous ces livres pour y substituer isoin fameux livre unique. 11 tarit un revenu honnêtement gagué ; il rend infructueuse une propriété hono rablement acquise ; il crée sans nécessité un monopole en faveur d'un individu ou en sa propre faveur : il se sert des deniers publics pour paralyser une industrie privée. Il dépasse son droit, il sort de ses attributions, il viole la justice.

T/unifoimité absolue des livres est contraire h la liberté. De quel droit l'Etat viendrait-il imposer à un père •de famille le livre qui, servira ti instruire son enfant ? De quel droit viendrait-il imposer à une municipalité scolaire le livre qui seul devra entrer dans l'école ? Le choix des livres ne doit pas appartenir à l'Etat.

Nous comprenons qu'un corps comme

le conseil de l'instruction publiqu<5 soit chargé d'approuver les livres et les siéi'ies de i.i'\^reis parmi 'leisq'uciik'^ les commissions scolaires, qui veulent recevoir une subvention oflicieile, feront leur choix. Mais, sous ces conditions qui garantissent la valeur des livres et constituent une direction éclairée, le choix définitif reste aux commissaires on auxmaîtres,et la liberté n'est point confisquée par l'arbitrai re. La liberté ! on en parle beaucoup de nos jours, on écrit son nom partout, on se réclame de sou drapeau, on se par»^ de ses couleurs, on essaie bien souvent d'exploiter au proiit d'une cause la noble passion que ressentent pour elle les fîmes généreuses.

La Jibertô, elle a servi de tiième à bien ,des livres décevants et à hUiji des discours trompeurs. La liberté, elle a été. en théorie drt moins, 11dole de ce dix-neuvième siècle qui va bientôt finir. Et cependant lorsque le peuseur ou l'historien jette un coup d'oeil sur lo théâtre mouvementé des événements contemporains, bien des fois son regard s'arrête avec tristesse sur des crimes commis contre la liberté. Monarchies et républiques, rois et dictateurs, parlements et congrès, en un mot l'Etat, sous quelque forme Qu'd se présente, l'Etat moderne s'est trop souvent rendu coupable de cet attentat. Il a violé la lilierté des individus, il a violé la liberté des familles, il a violé la liberté des corpo- Tii+ions, il a violé la liberté de l'iiglise. Et ce qui est remarquable, c'est que les plus audacieuses entreprises contre la liberté ont été trop de fois commises par des hommes qui avaient toujours il la bonche l'évangile du libéralisme. Yoilà ce qui faisait dire à Jules Simon : " C'est en vérité un beau spectacle que nous donnent à tcrites les époques les libéraux qui ont peui de la liberté." Avoir peur de la liberté, ce n'est petit-être pas le cas des ministres actuels ; mais violer une liberté légitime, ils le font certainement par la loi qui nous est soumise. Non, non, je ne reconnais pas à l'Etat le droit de dire aux enfnnts de ce pays : vous apprendrez la lecture dans un seul livre et ce sera mon livre : vous apprendrez la grammaire dans un seul livre, et ce sera mon li- Tre • vous apprendrez l'histoire dans un seul livre, et ce sera mon livre ; vous apprendrez la géographie dans

tin seul li-^re, et ce sera mon livre ; vous apprendrez la morale dans un seul livre, et ce sera mon livre. Je ne TOUX pas do votre syllabaire d'Etat, de votre grammaire d'Etat, de votre histoire d'Etat, de votre géographie d'Etat, de votre morale d'Etat. Je m' Insurge de toute mes énergies contre cette prétention tyrannique, contre ce monopole insolent, contre ce servage intellectuel et ce nivellement despotique qu'on veut infliger à nos générations étudiantes, à notre jeunesse canadienne.

J'espère avoir réussi à indiquer quels graves principes sont en cause dans cette question de l'uniformité al-isolue des livres.

Je pourrais citer bien des autorités û. l'appui des considérations que :;e viens d'exposer à cette honorable chambre. Un écrivain d'une haute expérience en cette matière, M. Rapet, insjiecLeur général de l'instruction primaire en France, a écrit au sujet do l'uniformité de l'enseignemenr, dans un livre intitulé : " Pian d'Etudes " ;

" L'ensemble de ce travail a mis, ce nous semble, hors de doute qu'une réglementation uniforme de l'ensei- ^îaoment dans toutes les écoles est aujourd'hui impossible. Elle ne pourrait avoir lieu sans faire violence aux individus, et, par conséquent, sans iinire au progrès de l'enseignement.

Mais indépendamment de cette considéi'L'tion dont tout le monde reconnaît la valeur, il est une foule d'obstacles à l'établissement d^une uniformité qui est pourtant le rêve de quelques personnes . . .

" L'état général de l'instruction n'est pas le même dans nos difCérentes provinces, il ne comporte donc pas encore partout les mêmes développements ; il y a d'ailleurs des besoins locaux auxquels on doit avoir égard.

Les maîtres et les maîtresses se trouvent en outre les uns et les autres, pour des raisons qu'il est inutile de rappeler, dans des conditions tellement différentes, qu'il serait impossible de leur imposer le même enseignement. Toutes ces différences s'affaibln-ont sans doute avec le temps, et, sans arriver jamais il une uniformité absolue, qui est une chimère, et qui serait un obstacle au progrès si ou pouvait jamais la réaliser, on peut

espérer que nos écoles Uniront par se rapprocher de plus en plus de l'unité, qui est avec raison dans les désirs «le l'administration. Défions-nous en atten^.ant de cet amour de l'uniformité qui comprime le zèle et étouffe toute spontanéité, en faisant violence aux esprits parce qu'il veut tout faire entrer dans le même moule. Etablissons dans l'ensemble l'unité qui est indispensable dans un système destiné â récir un pays comme la France, mais sachons accepter dans les détails la variété qui est à la fois un indice et un élément de vie et d'activité."

Cette question de l'uniformité des livres a. déjà été discutée dans notre province. Dès 1877, monsieur Ohan-

donnet, ancien principal de l'Ecole Normale Laval, la traitait incidemment dans un travail d'assez longue haleine sur nos lois scolaires : " Une mesure qui amène l'uniformité des livres d'école, pour tout le pays, disai! il, tue la concurrence, détruit l'ém.ulation, décourage le talent, établit infailliblement le règne fatal de la

médiocrité. Toutes' les intelligences seront coulées dans le même moule ; elles en auront les perfections, mais h.s imperfections aussi sans presqu'aucun moyen d'augmenter les premières ou de guérir les secondes."

Nous avons en outre sur ce sujet l'opinion d'hommes bien compétents, de membres du corps enseignant euxmêmes, A la lOfiiême réunion des instituteurs de la circonscription de l'école normale Laval, tenue le 27 janvier 189t, l'uniformité des livres de classe fut discutée : la chambre me permettra de citer quelques extraits du compte-rendu de cette assemblée que j'emprunte à " l'Enseignement Primaire," du 15 février de cette année : . ' . , i^i^T-;

•• Monsieuî Laçasse demande il mon- S'our Lefebvre si en Europe l'tmiformité des livres existe ?

** Monsieur Lefebvre : Plusieurs gouvernements ont tenté cette réforme, mais sans succès. L'idée est sans doule magnifique, mais elle n'est pas réalisable. En France où la centralisation scolaire est il peu près parfaite, l'uniformité des livres n'existe pas, on n'a jamais pu opérer cette réforme.

Ici il nous faut d'abord des programmes : a,lors on fera des livres conformes à ces programmes.

T:.[ fri;

" Monsieur Laçasse désapprouve complètement le projet, car en le mettant à exécution on commettrait de criantes injustices et le succès des écoles n'y gagnerait rien. L'uniformité des livies est désirable dans une institution ; dans les autres cas il vaut mieux laisser toute liberté à ceux qui se sentent la force de publier des livres : libre au conseil de ne pas approuver ces livres.

"Monsieur Toussaint croit qu'une telle réforme ferait plus de mal que de bien à la classe enseignante, car un changement complet de livres bouleverserait les maîti'es, les maîtresses ■1 les élèves.

" Monsieur Prémont ne partage pas cet avis, mais il n'entrevoit pas la rossibilit=> d'obtenir îimiformité des 1.-1 res classiques dune manière absolut Ce n'est pas ce qui presse le plus dans notre prov.'rce : on devrait commencer par encourager convenabloinef.t les instiîitcurs et les institutrices qui font leur devoir.

"M. T. Tromblav pst en faveur de co projet qu'il préconise longuement.

" M. Magnan : l'uniformité des livres ofCre de grands avantages et de t'es grands désavantages : lo. le concours proposé permettrait à bien des talents ignorés de se faire jour ; 2o. les primes et les bénéfices réalisés par la vente des livres profiterait directement aux instituteurs et aux institutrices en augmentant leur traitement ; 3o. l'uniformité des livres amènerait l'uniformité des méthodes pédagogiques et probablement l'amélioration des procédés d'enseignement :

4o. la que>?;tion économique aurait tout à, y gagner.

" D'un autre côté : lo. T uniformité des livres tuerait l'initiative personnelle. Lorsqu'une série de livres aura été adopté*^ indéfiniment, personne n** songera à, étudier, ou à faire profiter les autres de ses talents, de son travail et do son expérience. On aura donc imposé une barrière au génie.

mis des bornes à l'intelligence. Les générations d'instituteurs et d'institutrices qui nous suivront se verront d'avance marquées d'incanacité : 2o.

nti ne pourrait mettre la loi de l'imifomiité en force sans commettre dv^ L'-raves inlustices envers les auteurs dont les livres sont actuellement approuvés : ?.o. Cette nouvelle loi seraitelle plus applicable que celle qui exis-

te déjà et qui décrète l'uniformité par municipalité ?

•• Ce qu'il y aurait de mieux à faire, ce serait : lo. De mettre à exécution, d'un»' manière sérieuse la loi déjà existante ; 2o. Choisir avec la plus grande sévérité les nouveaux livres classiques et reviser sérieusement ra'icienne liste de manière à jeter au panier tous le/s manuels qui ne sont pas coutormes aux règles de la méthodologie ; 3o. Indiquer les principes pédug{îgiques qui doivent présider à la composition de tout livre de classe laissant à chaque auteur une grande liberté dans l'exécution du plan. Ainsi, il y aurait uniformité de méthodes, mais diversité d'application.

" Monsieur Lefebvre est d'avis que l'instituteur doit être libre de se servir de l'outil de son choix : tout ce qu'on peut exiger de lui, c'est qu'il se conforme aux programmes. Du moment que les résultats désirés sont obtenus, on n'a pas à s'inquiéter de la route qui a été suivie. Avant de songer à Funiforniilé des livres, que Ton nous donne des programmes clairs, détaillés c" accompagnés de conseils pédagogiques.

'• M. J. B. Cloutier ne croit pas le projet réalisable. Les ennuis de toutes sortes qu'occasionnerait un changement radical de livres, ne seraient pas coinppnséii par une somme égale de bons résuïtaîs."

Il ressort évidemment de toute cette discussion une condamnation pratique de l'uniformité des livres par la conférence des instituteurs.

MaiR voici une autorité encore plus haute. Le comité catholique du conseil de l'instruction publique a repoussé énergiquement ce système. En 1880, la législature adopta une loi où se trouvait la clause suivante :

" Sur cette liste (la liste des livres ap])rouvé2 par le Conseil de l'Instruction publique) il ne devra être inscrit tUi'un ouvrage par matière d'enseignement, ou deiiix idansi le cas où l'uin serait élémentaire et l'autre plus complet pour les classes avancées, et nul autre ouvrage ou livre ne sera en usage dons les écoles."

C'était pratiquement établir l'uniformité des livres. Le comité du conseil de l'instruction publique s'énnit de cette législation. Et dans sa séance du 21 octobre 1880, à laquelle assistaient Nos Seigneurs les Archevêques

et Evêques Taschereau, Laflôche, Lange vin, Duhamel, Fabre, Racine, (de Sherbrookej. Moreau, et Racine, (Cliicomiiiii), les lionorables messieurs P.

J. (.». Cbauveau, Jette, Routbier, MM.

P. S. Miu-pby, docteur Paincbaud, et rboD. M. Ouimet, surintendant, les résolutions suivantes furent unauimen.ent adoptées :

" Considérant qu'à sa dernière session la législature de cette province a passé un acte dans lequel ont été iniroduites des clauses concernant ce Conseil et l'approbation des livres à l'usage des écoles ;

" Considérant que ces clauses ont été introduites sans que le surintendant m les membres de ce Conseil aient été consultés, ou aient eu occasion de faire connaître leurs objections ;

" Qu'il soit résolu que le comité catholique de ce Conseil présente une h\imbie requête à la dite législature, a la prochaine session lui représentant ; '• lo. Que dans l'opinion de ce Conseil l'adoption d'un seul ouvrage pour chaque branche d'étude dans toutes les écoles de même degré présente des difficultés insurmontables dans la pratique ;

" 2o. Qu'elle tend à froisser les communautés religieuses dont plusieurs ont d'excellents ouvrages propres à leurs classes ; à nuire considérablemenr aux auteurs dont les ouvrages sont déjà approuvés aussi bien qu'aux libraires qui en ont beaucoup à vendre et qui d'ici à un an, sont exposés à des pertes considérables et immenses par la défense d'employer dorénavant ces livres dans les écoles do la province ; à étouffer la louable émulation qui devrait exister entre les diverses institutions d'éducation pour le choix des meilleurs ouvrages ; à arrêter les efforts vers le progrès et l'amélioration des livres et des méthodes •

"3o, Qu'une mesure d'une telle sévérité n'a encore été adoptée dans aucun pays, à ce que oroit ce comité.

En France, en Belgique, en Prusse, etc., il est laissé» une pleine liberté de choisir entre les divers ouvrages approuvés pour chaque matière.

" 4o Qm^ si la troj) grande multicipli-

cité d'ouvrages peut offrir peut-être

des inconvénients, il est encore plus

dangereux de tomber dans l'excès

contraire eu en restreignant le nombre à un seul pour chaque branche.

"5o. Que ce comité a déjà passé des règlements obligeant à ne se servir dans chaque école que d'un seul et même livre poui- chaque classe d'élèves ;

"Go. Qu'il est à propos de tenir compte de la préférence que l'on peut avoir dans les différentes parties de la province pour certain ouvrage plutôt que pour tel autre, l'appréciation des livres étant une chose bien délicate, qui dépend de beaucoup de circonstances de lieux et de personnes ;

' 7o. Que Fadoption d'un seul ouvrage pour chaque matière donnerait naissance à un monopole odieux et peu^être à des spéculations scandaleuses."

Ces résolutions furent proposées par Monseigneur l'évêque de Rimouski,-— un ancien principal de l'école normale, auteur d'un excellent traité de pédagogie,—appuyées par Monseigneur d? Montréal, et adoptées

" nemine contradicente."" C'esfc-à-dire que des hommes éminents et compétents comme Monseigneur Taschereau, comme Monseigneur Tvangevin, comme l'hon. Monsieur Chauveau et tous ]enr«; collègues se prononcaientpéremptoirement contre l'uniformité des livres. En présence d'une manifestation aussi imposante, les dispositions de la loi 43-44 Victoria, chapitre 1(1 restèrent lettres mortes, jusqu'à ce qu'elles fussent formel-ement rappelées par la loi 51-52 Victoria oha,pitre 50, et remplacées par la clause suivante :

" Les sections S-9 et 10 de l'acte 40 44 Victoria, chapitre IG sont remplacées par ce oui suit :

" Chacun des deux comités doit pré- T^nrer et réviser de temps à autre, la liste des livres de classe, cartes, globes, modèles, ou objets quelconques utiles à l'enseignement ;

" La liste des livres approuvés doit être revisée tous les quatre ans, et les changements qui y sont faits doivent êtr-e publiés par le surintendant dans la " Gazette Officielle " de Qnébec :

" Tmiit lifvrt^ d'écoîiP' ;rnvé de la liste ne peut être exclu de l'enseignement avant une année à compter de La date de la révision de la liste."'

L'unifoi*mité absolue des livres d'école, contraire au progrès, à la justi-

ce et à, la liberté^ a donc été condamnée par des écrivains très compiétents, par les représentants du coi-ps enseignant, par le conseil de l'instruction publique, et par cette législature elle-même. Elle n'existe ni en France, ni en Belgique, ni en Allemagne, ni en AjQgleterre, ni aux Etats- Unis. Pourquoi donc le gouvernement de cette province veut-il nous imposer ce régime étroit et exclusif ?. . . C'est, nous dit-on, pour obvier à un inconvénient dont souffrent bien des familles.

Souvent lorsqu'un enfant change d'écolo par suite du changement de domicile de ,sa famille, .ses parents sont obligés de lui acheter de nouveaux livres parce que ceux qu'il avait ne sont pas en usage dans la nouvelle école où il entre. De là, des dépenses inutiles et relativement très onéreuses pour les familles dont les ressources sont précaires.

.î'admets immédiatement que cet inconvénient peut se produire et qu'il est opportun d'y remédier dans la mesure du possible et du raisonnable ; mais pour y remédier il ne faut pas violer les principes essentiels ni sortir du droit. Le conseil de l'instruction publique s'est préoccupé de ce griet dent il a été saisi, et il s'est efforcé d'y porter remède. A sa séance du 0 mai 1895. il a adopté la résolution suivante : "Que ce comité n'étant pas prêt à adopter le principe de l'uniformité des livres, le rapport (il s'agissait d'un rapport du sous-comité dos livres de classe) soit référé au sous comité, avec instruction de l'étudier de nouveau, et de faire rapport quant aux moyens à prendre pour n'avoir dans les écoles que les meilleurs livres, et restreindre autant que' possible la diversité des livres dans les écoles d'un même district." Ceci avait pour ob.iet d'arriver â rendre moins fréquents les changements de livres d'école ; et pour mettre à exécution cette idée, le Conseil introduisît dans son projet de refonte des lois scolaires, l'article suivant :

"214. Il est du devoir des commissaires et des syndics d'écoles d'exignr que dans les écoles sous leur contrôle, on ne se serve que de livres autorisés par l'un ou l'autre des comités du Conseil de l'Instruction publicïue, selon le cas, et déterminer pour chaque matière de l'enseignement, parmi

les livres ainsi autorisés un ouvrage ou une série d'ouvrages qui doit être le même ou la même pour toute la municipalité et qui seuls peuvent être employés dans ces écoles."

A.-nsi, d'après cet article du projet, on établissait l'uniformité des livres dans les limites d'une municipalité, ce qui est bien différent de l'uniformité décrétée pour tout un pays. On donnait aux commissaires d'école, à Montréal ou à Québec, par exemple, le pouvoir de déterminer l' usage d'un livre uniforme pour chaque branche dons toutes les écoles sous leur contrôle. De cette manière Tenfant de l'ouvrier qui changerait de quartier, ncî serait pas obligé d'acheter de nouveaux livres en entrant dans une nouvelle école. Seulement, comme on voulait respecter tous les droits, on ajoutait, dans cet article 214 du projet de refoute, le paragraphe suivant : ** Cependant, dans le cas d'engagement de membres d'une institution ou corporation enseignante se servant de livres ou séries de livres approuvés, les commissaires ou syndics pourront permettre dans les écoles confiées a ces institutions ou corporations enseignantes l'usage de tels de ces livres ou séries de livres."

Ce paragraphe avait pour objet de protéger la liberté deis congrégations tmse!i,gnantes.,En un mot, le conseil de riinstii''uetion publique, touit en n'admettant pas ile primcâpe de Tuiniformité absolue des livnes, allait aussi loin que possible dans la voie d'une uiiiformi;té restreînteV' afin die venir en aide aux familles pauvres. D'autre part, il introd;uii,sait dans la loi une disposition desftinôe à sauvegîirder lesi droits légitimes desi congrégations lenseiignanitesL Je nie dis ]>a s 'quie tout delà fût parfalt.q uie tout cela fût l'idéal ;. moin goût personnel et l'étude que j'ai faite de la qiiestiion m'inclimeraietit plutôt vers iTiie liberté plus gi-ande. sauf, bien entendu le contrôle de l'autoTfi'té compéteinte au point de vue reUlgfiieux et moral. Mais je dis que cet article 214 du projet de refonte éitait une solution raisonnable d'um cas difficile, un " modlisi op^randi " diicté par le désir de faire disparaître un sujet de plainte dont assez souvent on me saurait contester le blien fondé).

Eh bien, qu'a fait le gouverijiem'Sînt ?

Par l'article 215 de som bill, il a mutilé l'articlie 214 du projet d-e refonte préparé par le conseil. Il a retranché le paragraphe destinié à sauvogardelr les eongréga tiens enseignantes. Ici nous touchons à une question très grave et qui demiainde à être traitée arec la plus absolue franchise. Il y a dams la proviiTiee de Québt^c un grand nombre de congrég-atioins religiiCU'ses d'hommes et de femmeis <iui se comsacrent à renisieiignemieiit, non pas seulement à l'e^nseignemenit secondaire, mais 11 renseignement primaire. Plusieurs ae ces congre galions ont leurs livres, leurs manuels, leurs méthodes. Oes livres, ces méthodes sont des éléments constitutifs de la foi'mation pédagogique qu'elles donnent à leurs membres, dans leurs noviciats ou dans leurs juvénats. Et, après leur temps d'épreuA^, cieis instituteurs et institutrices congréganistes tniseigneuit naturellement avec les livres et d'après les méthodes de leurs instituts. 11 est manifeste (lue l'Etat n'a amcuin droit sur leis constitutionis, les règlements, la directioii I>édagogiquje de ceis congrégat;ioi]S. Mais quelle sera sa position s'il déci'ète l'uniformité absolue des. livres dans tontes les écoles élémientadres ':' Il y a dans la province une multitude ' d'écoljeis subveationinéies, ternies par des frères des Ecoles Chrétiennies, par des frères IMaristies, par des frères die St-Viateur, pair desi frères du Sacré-Coeur .par des isoeurs de Chalité, par de» soenrs de la Congrégation, par de» soeurs du Bon Paisiteur.

par des soeurs Marianifceis. par des soieurs de la Pi-'oviaence, «te, etc.

L-a plupart de ces congrégatioms ont leurs livres et leurs manuels auxquels ellles ttiennent. Que» 'cela vonii^ convienne ou non, c'est un fait aiuiqueil voniS ne changerez rien et qui a pour lui la consécration de la discipline, du temps et de l'expérâienoe. Maintenant, je suppose que votre loi est adoptée ; vous avez lancé l'utoasie décrétant votre chère et inflexible uniformisé, vous avez faiit préparer votre phénomène, ce famieux livre unique et uniforme qui doit e/nifanter tant d'O mierveilles, et vous allez l'imposer a tontes les écoles subventionnées. Oui ; mais voiiei cinquante écoles, cent écoles, deux octots écoles, €Jt dies plus impod^tantes, où de-

puis des années des instituteurs et des institutrices congréganistes distribuiant renseignement pour le plus gi-anid bien des enfante et à la plus grande satisfaction des familles. Ils ne voudront pas de votre livre unique et uniforme. Et alors, qu'aJlezvous faii"« 'i Allez- vous ordonner aux comimissions scolaires, sous peine de perdi-e La subvention officielle, de chasser lesi SO'eurs et les; Frèi"«is de nos écoles ? Allez-vous avoir l'audace d'entrer dans cette voie de tyrannie et d'ostracisme ? AllLez-vous avoir le tristie courage d'asisnimer ici Je rôle de ces potentats au petit pied qui, ailleurs, ont provoqué tant de luttes déplorables et accumulé tant de ruines ? Je vous le demande, qu' allez-vous faire ? Il vous fondra avancer ou recuLer : or, dans le premier cas, vous serez odieux, dans le second cas, vous serez ridicules. Persécution ou capitulation, voilà où vous allez avec votre îprojet.i-

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