LA GRATUITE DES LIVRES
^laiisi à côté de l'uniformité' des livres, il y a dans le bill qui nous est soumis la gratuité des livres. Suivant l'expression d'un ministre " l'uniformité nous permettra d'atteindre un autre but : la gratuité des livres de classe." Da gratudté, c'est un beau mot, un mot sonorei et populaire qui fait b^n dans un discours eit qui figure bien dans uin projet de loi. Je comprends que le gouvernement s'en soit emparé, j*^ comprends qu'il ait jeté à l'opinion oette idée séduisante do gratuité qui. 6e prime abord, ne saurait être qu'agréable si la feule.
Mais il faut avoir le courage d'aller au fond des choses, môme au risque de disisiper das illusions flatteuses. Je vais donc examiner cette question de la gratuité des livres telle que le gouvernement l'a posée, au point de vue du droit nuiturel et de l'écoinioimie politique.
Au point de vue du droit naturel, je dis que l'Etat sort de son rôle et de ses attributions en s' imposant la charge de fonrnir aux enfants les livres de classe. Le rôle naturel de l'Etat consiste s\ faire dans l'intérêt général ce que ne peuvent faire aussi bien que lui ni les individus n,i les famidles.
Les fonctions qui peuvent être rem-
tl
t)lîes p:i ridait emeint par les smdividns ou les familles me soDt pas, ou <^lu nioins me peuveut être qaie par exfceptioin clesi fonctions d'Etat. C'f'st ce que Mouta,lembert faisait excellemniem't ressortir dans ce passa.g'e dun de seis diiseours : " Que nous a enseigné la saig^esise politiquie des générations pasisiées ; -eiile mous a emseiîjjnô que l'Etat ne devailt inteirveiniiir q'ue là où 'les particuliiers me pouvaiemt pas agir miiemx qme liui, aussi bien que lui ou isiams lui, que l'Etïit n'était piasi le tuteur et le pirol'esseur penpéibuel ot.'S citojiems ; qu'il était umiqmetmemt leur pi'otecteur, leur défemiseur, et, dans certaimis cas, leur servitieiu- ; que. partout, ce que les oitoyems pouvaient faire aussi bien que lui, il me devait pas y toucher. " Monseigneur Freppel énonçait Le menue primcipe quand il s'écriaàt dans mme' diseuission bu'dgétaire : *' C'est mme véiifi'tê de sems commun qu'en miatière civile et commerciale.. .l'Etat ne doit emtrepremdre que ee qme les particuliiers et les associatioms naturelleis ou Mbrys ne i>euvent faire par leurs seules lorjes.
L'Eitat msant de ses pouvodirs militaires administratifs, judieiairesi, exécutifs, pour le profit de la cbose publique, rien de mieux ; encore ume rois, c'est sia véràtaMe fomicitîom ; miais l'Etat bamqmier, l'Etat profeisseur, l'Etat miaître d'école, H'Eta-t comimerçant, l'Etat imdusriel, l'Etat manufacturier, l'Etat coimédiem ou tragédiem, l'Etat Imiprimeur "—et voiuis me permettrez d'ajomiter, Messiemirs, l'Eitat fomrmlsseur de livres d'école— "riem de tout cela m'est dams la mature' de® choses, rien de tiomt cela me correspond à une <klée saime 'et coirreicte. '"
Fournir un aliphabet ou une petite histoire sainte à som emfamt, après lui avoir fomrmi la momrriture, le vOtem)>ent, les premières motioms religieuses, m'eist-ce pas là ijm des devoirs C'iémemtaires dm père de faimille, un de ces devoirs que tomis les pères à peu d'exceptions près, peuvent remplir et que presque! tous rempJssemt V Et dès lors, em vertu oe quel primcipe raceompldssement de ce devoir si simple deviemdra,iit-il une fomeitiom de l'Etat ? Si l'Etat prend s-ur lu)i de faire ce que le père doit faire, ce qu'il peiut faire, et ce qu'il fait, en règle générale, isans •rimtierventiom du pomvoir ^;ublic, l'Etat est dans le faux, il em-
piète 'smr la famille, i)l assume un fardeau qui ne lui imcombe pas, il viole le ipi-einiier d^is principes essuntiels qui dolvemit sierN'ir de règle il ®0)m action. Et ici, que l'iom me ,sie miépiretnnei T)a'S sur ma pen.sée. J'adinets parfaitememt que l'Etat siupplée à. l'insuffisaiLce, à l'indigemee des parents trop pauvreis. Cela est conforme) au primcipe que je vieims d'exposer. Comme l'a écrit um amtemr très compétent, le liév. Père Kouvier, jéismite, dams som iivm remarquaible imititulé : " Da révolution maîtresse d'école, " " c'est au père, c'est à la mère qu'imicombemt le droit et le devoir de façomner l'intelligence et le coeur du petit être auquel ils ont dommé la vie,. . .si les ressources lemr manqueiit absolumaent, nous coimpremoms qu'au sein d'ume société civilisée et chrétiienme, l'Etat Lemr viemne dm laiidie, . . . mais mious ne pouvons pas ladimeittre qu'il aille audelà ; car dans oeis cas l'Etat me supplée plus le père de famillie, il le smpplamte, il premd eomplètemenit sa place, let eela me doàit pas être, soius peime de détruire 1" économie de la famille. "
Donc, que l'Etat consacre ume fraction quelcom'que de isom bmdget à rachat de livrets iscolaireis pomr les emfamts dont les parents trop pamvres ne pemvemt leur em fourmir emx-mêmies, il m'y a rien à redire: C'était i'idéie qui avait imspirô le gomvernement de rhonorable M. Flymm dans la rédaotiom de sa loi siur rimstructiou publique, 60 Victoria, chapitre 3, section 3. jVIais décréter qu'on va grever le budget d'une sommie siuftisamte pour fomrnir des livres à touiSi les omiamts, aux enfants des richeis comnie aux enfants des pamvreiS', c'esit une absurdité, c'est mm excès, c'est Time fauté contre Les lois comsitïitutives de toute société biem ordonnée, c'esit véritable ment dm commmmisrae officiel et dm socialisme d'Etat.
C'est de plus urne im-justiee. Voici un père riche, valamt • quimze mille,
vimgt-einq millei, cinquante mdlle, cent mille dollars, et voici, à côté de ce capitaliste, mn pauvr*^ père, um ouvrier qmi gagne pémiblememt sa vie et celle des siens. Em présemce d^e ces deux hommes de ressources si différentes, qu'allez-vou'S faire ? Vous, Etat, vous allez prendre damis le trésor pmblic, auquel comtribmemit les pauvres comme les riches, vous allez
prendre de l'argent pour dcmneir des livi-es à renfant du riclie quii n'eu a pas besoin, au même titiie quie vous allez en pr^j-ndre pour donner des livres à l'enfant du pauvre qui gagne à la sneur de" son ta-ont un pain souvent trempé de larmes. C'est-à-dire que. le pauvre contribuant pour sa part au revenu public, vous allez le l"aù-e contribuer, dams une proportion quelconque, à payeii* des li^T^^'eis pour renfant du riche. C'est exactemtinit ce que l'illustre M. LePlay, l'éminent auteur de " La Réforme sociale, " dénongîdt dans ce passage relatif à la gratuité de l'enseignement : " Quant à la gratuité, disait-il, elle eisit couti-aire au principe qui commande an citoyen de pourvoir par leuii* propre initiative aux besoins de la vie privée. Il est d'ailleurs inexact d'appeler gratuit un service rétribué par l'impôt, et «'il convient à touis égards, que le riche paye volonitaireraent rieniseignemlent du pauivre, on ne doit pas permettre que le pauvre, toujours atteint en quelques points par le fisc, contribue malgré lui aux frai's de Vinsitruction du riche;. "
ilaiis, à ce point de vue, le proj'-it que nous discutons est encoire plus mauvais qu'il ne paraît au premier abord. En effet, si: l'on en ^croit le;s déoliarations ministéirieiles, l'iinttntion du gouvernement est de fommir les livres pour les écoles élémentaires seulement ; les écoles modèles et académiques sont exclues de cette distribution. Or, j'attire isur ce point l'attention de la Chambre : on général, dans notre province, à l'exception des grands centres, par une anomalie singulière ce sont les enfants de la classe la plus pauvre qui fréquentent les écoies modèles et ce sont les enfants de la classe la plus à l'aise qui fréquentent les école,s élémentaires. J'invoque ici le témoignage de tous ceux qui, comme moi, ont gi'andi dans uine de nos paroisses rurales. L'école modèle eut l'écoie du village, les écoles élémentaires sont les écoles des divers arrondissement.^ établis dans les divers rangs de la paroi sisie. Maintenant, tous ceux qui ont vécu à la campagne savent que, géinéralement, dans nosi villages se trouvent surtout lets artisanis, les ouvriers, les journaliers ; à part sept ou buit notabllies, un médecin, un no'taire,
quelques marchands, la populatio'n dé nos villages lest composée de .gens qui gagnent au jour le jour et péniblement un médiocre salaii-e. Tandis que dans les autres arronddssieiments, YCUiS i-encontrez les cultivateui-s dont un grand nombre ont de belleis terres qui leur permettent d'élever aisément leur famille. Eh bien, que veut faire le gouveii-nement ? il a déclai'é, par l:i bouche d'un de st^s membres, qu)! n'entend donner des livres gratuitement qu'aux enfants des écoles élémentaires, c'est-à-dire aux plus riches, à l'exclusion des enfants qui fréquentent les écoles modèles, c'està-dire des plus pauvres. Combler les riches au déti-iment des x>auvres : voilà le projet du gouvernement dans toute sa beauté I
Passons maintenant au point de vue économique. Notre budget est en déiicil chronique. Nous avons eu un déilcit de deux cent trente-neuf mille piastres l'an dernier ; nous avons en perspective un déficit de quatre cent mille piastres pour l'année courante, et un autre déficit de trois cent mdie piasues pour l'année prochaine. Or, avec des finances aussi délabrées, le gouvernement s'en vient tranquillement nouis annoncer qu'il va ajouter cinquai'te-clnq miUe piastres à nos dépenses annuelles. C'est le chiffre quun membre du gouvernement a donné comme estimation probable.
Mais ce chiffre est un leurre. 11 est bien commode de venir mettre devant une Chambre des calculs aventureux faits dans le cabinet, avec la détermination d'aiTiver n'importe comn'.ent à un chiffre minimum et d'établir le bon marché quand même.
I.aispcns de côté ces estimations oftîoie'isftf? faites sur commande et qui ne tiennent compte d'aucune des causes qui contribueront nécessairement à augmenter le prix de revient de ces livres faits pour le gouvernement.
Soyons pratique et raisonnons suivant les données du bon sens et de l'expérience. Il y a actuellement deux cent quatre mille enfants dans nos écoles élémentaires. (Rapport du suri nt«'ndant de l'instruction publique, 189b, page 23).
Youg voulez fournir ces deux cent G antre mille enfants de livres de classe. Eh bien, parlez-nous du système concentrique aussi vaguement
là
qti? Vous voudrez, affichez la prétention d'être économes tant qu'il vous plaira, j'aflirme que vous, gouvernement, dans les conditions où vous êtey placé, vous ne pourrez vous en tirer à moins de cinquante contins par tête, soit, cent deux mille piastres de dépenses ajoutées a votre budget en déiicil. Et encore, je suis modéré. Où ailez-vous prendre cet argent ?
LES PRIMES ET LES GRATIFI- CATIONS
Ah ! je connais d'avance la réponse ; et ici j'arrive à la dernière partie des observations que je voulais soum.ettre à la chambre. Cet argent, ou va se le procurer en détournant de sa tin légitime le fonds spécial de cinquante mille l'i astres qui été créé en 1897 par le gouvernement dont j'avais riionneur de faire partie. (Statuts (îO Victoria chapitre 3). Ce fonds spécial était destiné à encourager les instituteurs et institutrices en leur accordant des primes, à secourir les municipalités pauvres, îi solder les dépenses (les conférences pédagogiques données aux instituteurs et institutrices par les inspecteurs d'écoles, à suppléer à- l'insuffisance du fonds de pens«ion des instituteurs, etc. Tousi les amis de l'éducation avaient applaudi ù, la création de ce fonds spécial et à la destination qu'on lui attribuait.
Déjà cet acte du gouvernement commençait à produire les plus heureux fruits. Le surintendant de l'instruction publique disait dans son rapport de Tannée dernière : " Jusqu'à Fan passé, plusieurs suggestions importantes faites par les comités du conseil de r instruction publique et par les
inspecteurs d'écoles étaient restéies sans effet à cause de Finsuffisance des
crédits accordés annuellement pour les tins de l'éducation. La somme de cinquante mille piastres ajoutée, l'année dernière, aux allocations ordinaires, a perinis d'adopter certaines mesui*es dont les résultats ne sont pas encore complètement connus, mais qui devront avant peu de temps produir»^ de bienfaisants effets.
*' D'abord par le moyen de cette somme de cinquante mille piastres, Toctioi annuel accordé aux municipalités pauvres a été doublé, c'est-à-dire que de dix mille piastres qu'il était, on l'a élevé à vingt mille piastres. Cet appoint, d'un grand secours pour
nombte d*écoies, a été accueilli aVec joie par les pères de famille dont les ressources pécuniaires peu considérables les contraignaient à trop de sacrifices pour l'instruction de leurs enfants.
" Une somme de quatorze mille piastres a été mise à la disposition de mon département pour être donnée comme gratification aux instituteurs et institutrice;^ laïques qui se sont le plus distingués dans l'enseignement et se sont le plus fidèlement conformés aux règlements du conseil. Elle leur a été disrribuée par montants de trente piastres et de vingt piastres suivant leurs mérites respectifs ; c'est-à-dire que cinq pour cent des mieux notés dans chacun des districts d'inspection de la province ont reçn une gratification de trente piastres, et cinq pour ceni une gratification de vingt piastres.
" Une autre mesure adoptée durant la dernière année par le <îoinité catholique est celle des conférences pédagogiques qui ont remplacé à l'automne, la première visite des inspecteurs au>c écoles de leurs circonscriptions.
Le manque de formation pédagogique de beaucoui» de titulaires d'écoles rendaient ces conférences nécessaires.
Elles ont été préparées et publiées au nombre de quatre pour l'usage des conférenciers. Les instituteurs et les institutrices ont donc été réunis par les inspecteurs d'écoles à l'endroit le plus central lie chaque municipalité pour entendre ces conférences, et leurs dépenses pour assistance à ces réunions vont être payées à même l'allocation de cinquante mille piastres, dont j'ai parlé."
Eh bien, ce fonds qu'on avait commencé à appliquer avec tant d'efficacité, ces cinquante mille piastres dont l'emploi pour les fins indiquées . dans le rapport du surintendant pouvaient prcduire un si grand bien, le gouvernement veut les détourner au profit de sou projet chimérique et funeste.
Déjà un journal ministériel, " Le Soleil " avait fait pressentir ce dessein, il y a qrielques mois. " Chaque année, disait-il, il est voté une somme de cinquante mille piastres pour venir en aide aux écoles primaires. On emploie ce mentant à assister les municipalités pauvres, à acheter de nonveauz livre.^ placés sur le marché, etc. Si le gouvernement laissait accumuler
ées cirquante mille piastres pendant seulement deux ans, il eu aurait peut- OtTe assez pour faire imprimer à uu quart: cle millions eliaeun des livres à être mis eutre les mains des enfants et qui seraient dans Tintervalle préparés avec soin par les pédagogues les plus compétents."
Ce qui n'était qu'une conjecture est devenue une certitude depuis la réponse que le gouvernement a faite ;l une interpellation durant le cours de cette session. Voici la question et la réponse :
" l'ar monsieur Tellier :— lo. Le gouvernement a-t-il fait la distribution pour l'année courante (189S-99), de la somme de cinquante mille piastres, votée par l'acte 60 Victoria chapitre 3, pour les fins d'éducation élémentaire ?
2o. Dans l'affirmative, cette somme a-t-elJe été entièrement dépensée ? oo.
Dans la négative, quel montant a été ainsi dépensé ?
" Képcnse par Flion. M. Robidoux :
— lo. In on. 2o. Non. 3o. Aucun montant."
Ainsi donc le gouvernement a pris sur )ui d'arrêter la distribution de ces cinquaivte mille piastres. Cette mesure qui avait fait naître tant d'espérances, qur^ les inspecteurs d'écoles avaient accueillie a\ec enthousiasme dans leurs rapports, que les membres du corps enseignant avaient saluée comme une radieuse aurore et la promesse de jours meilleurs, que les pauvres municipalités de la province avaient bénie parce qu'elles y voyaient
lo j^alut et la régénération de leurs écol(-s en détresse, cette mesure bienfaisante, le gouvernement en suspend l'application, s'il n'y renonce pas pour toujours, et cela, afin de se jeter dans une aventure néfaste et anti-progressive.
T/INISTITTTTEUR EIST Jj'AME DE L'ECOLE
Je proteste pour ma part contre cette politique du gouvernement. Avant d'acheter des livres pour les enfants dont leù parents ont les moyens de leur en fournir, il y a bien d'autrc^s choses à faire dans Tintérêt de l'instruction publique. Et voilà précisément ce que je reproche au cabinet.
Il fait ce qu'il n'est pas nécessaire, ce qui est plutôt nuisible, et il ne fa't pas 00 qui est urgent. Demandez à.
tons ceux qnî ont quelque compétence eu ces matières, quel est le plus sûr, If- plus efficace, le plus puissant facteur du progrès dans l'instruction primaire. Est-ce le programme d'études V Certes un bon programme est important, mais il ne crée par la science.
Est-ce Je local de la classe, son aménagtîraent, son matériel ? Rien de tout cela n'est à négliger, et on dédaigne trop ces moj^ens de succès dans nos mircniicipiailités ; maiis- ce m'esit pai» encore le principal. Est-ce le choix des livres '? Sans doute, le livre est un d(îs éléments du progrès scolaire, et c'est avec raison qu'on s'efforce d'avoir les meilleures manuels, les meilleurs tiaités : mais enfin le livre n'est qu'un outil, il n'est que le ciseau du sculpteur, l'instrument de l'artiste. Le sculpteur, l'artiste, l'ame de l'école, celui sans qui elle serait stérile et infructueuse, celui qui lui communique la lumière et la vie. c'est le maître.
Le maître, l'instituteur, voilà le facteur essentiel du progrès dans l'oeuvr.3 sacrée de l'éducation. C'est le maître qui fait l'école. N'ayez pas de programme, ou ayez un programme défectueux ; n'ayez qu'un local mal aménagé, mal équipé ; ayez des livres inférieurs, ou même n'ayez pas de livn* du tout : tout cela sera bien malheureux et multipliera les difficultés de l'oeuvre. Mais si vous avez un bon maître, un maître instruit, compétent, dévoué, en dépit de ces déplorables lacunes, tout est sauvé; vous aurez une bonne école. Là-dessus tout le monde est d'accord. Tous les écrivains qui ont écrit sur ces sujets, quels que soient leurs principes et leurs nuances d'opinion, sont unanimes à proclamer cotie vérité. " Le personnel enseignant, tout est là, lisons-nous dans '' l'Enseignement primaire," du premier juin 3897. C'est en l'organisant sur des bases rationnelles et pédagogiuues que nous parviendrons à améliorer notre système d'enseignement primaire. Le bon maître fait la bonne école : tout le reste de la question scolniire rei)()iS'e suir des dtitaiils. "
Voici, sous une autre forme, la même idée exprimée par un écrivain pédagogique français, monsieur Michel Bréal : " Jusqu'à présent le livre était le personnage essentiel de la classe, et l'instituteur n'était que le commentateur du livre. C'est au contraire par la bouche du maître que les en-
fants doivent d'abord connaître les rèvgles."
Ecoutez maintenant monsieur Guizot : " Tous les soins, tous les sacrifices seraient inutiles si nous ne parvenions à procurer à l'école publique reconstituée un maître capable, digne de la noble mission d'instituteur du peuple. On ne saurait trop le répéter, tant vaut le maître, tant vaut l'école elle-même. Et quel heureux ensemble de qualités ne faut-il pas pour faire un bon maître d'école ! un bon maître d'école est un homme qui doit savoir beaucoup plus qu'il n'en enseigne, afin de l'enseigner avec intelligence et avec goût ; qui doit vivre dans une humble sphère, et qui pourtant doit avoir l'âme élevée pour conserver sa dignité de sentiment et môme de manières sans laquelle il n'obtiendra jamais le respect et la confiance des familles ; qui doit posséder un rare mélange de douceur et de fermeté, car il est l'inférieur de bien du monde dans une commune, et il ne doH Pire le serviteur dégradé de personne ; n'ignorant pas ses droits, mais pensant beaucoup plus à ses devoirs ; donnant h tous l'exemple, servant à tous de conseiller, surtout ne cherchant pas à sortir de son état, content de sa situation», parce qu'il y fait du bien, décidé à vivre et à mourir dans le sein de l'école, au service de l'instruction primaire, oui est pour lui le service de Dieu et des hommes."
Enfin laissez-moi vo'uis citer encore iTne paroile de Monsieiigneiir Dupan- 'loui:> : " Parmi les fomoti'oms sociales, écrit-il. il !n'en est pas de pMis grande, de pil'Uis limportante atui bonheur d^es hommeis. et par conséquent de phi s digne du respect ett die la recon-naîs- »«anioe universiellie qute celle des in.Sititeiiirs de la iefuiniesise. " Eh bi'ein,, pui?;oiue lia fonction d'inistituitenr est unie des pU'US importa in tes. an po<iint de vu'e fiocial, puiiisnuie "tant vaiut le maîtTO. tamt -^aut l'école «eine-méme. " puisque " T!e bom maître fait la bominie é'cole" il eist évident qaiie si l'on v^^ut améliorer l'école, il faait commencer par laméiliorer le maître. A'u!-d"e!S.sus de la qnief^ion des programmiez, audessnis de la question des maiiS'ons d'écoile. lau-diesisuis de la iq-iTestiion du matériel scolaire, au-d'elsisnis de la question des îlivres. an-ciesisaiis de tout cela, il y a la qoiiestiioin de a'inistituiteuir. Or,
ce poiint priinioipal, oe point essentiel, ce point uirgent eit presisant, je de'mandie au gouvemement : où est-U dams votre loi ? Je parcoursi votre biill, je cherche dtans ses divers titres, dans ses divers chapitres, dans ses diverses clauisicis, ot je n'y trouve rien pour les iiisti tuteurs. Riien pour leur protection, rien ponr leur cnioouragenvoint. rien pour l'amélioratiion de leur sort ! Vons vous occupez du livre (lui n'eist que Foutill et vous ne vous oceupira pas du maître qnà est Tonvrier, qmî est l'artiste, vons siu,Sipentlez le piaie m'fnt de;s primesi, des .gi-atiifi cations aux instiituteursi et institutrices qui ont le pluis die miemte pendant que vous entreprenez die donner d'Ois livreis à dteis lenfamtis qui n'en ont pas besoin. Vous allez plu-s loin, au lien d'eisisiayer à aiméliorer le sort dies .maîtres et maîtresses, vonis leur enlevez la protection qme le conseSl de l'instruction publique avait introduite dans îe projet de l'an dernier. Vous supprimez la dispestitiion relative ^ la fixation d'un minimnim de salaire.