‹ Discours sur la question Riel, prononcé le 17 mars 1886, à la Chambre des communes [microforme]Chapitre 1 sur 9 · MINISTRE DE LA MILICE, OTTAWA · texte numérisé non relu

MINISTRE DE LA MILICE, OTTAWA

Sir ADOLPHE CARON : M. l’Orateur.

Depuis plusieurs jours on a employé le temps de la Chambre à la discussion de cette question importante, et je dois dire que je saisis avec plaisir l’occasion qui m'est fournie aujourd’hui, de soumettre au parlement et au pays l'attitude que j'ai prise depuis le commencement de cette question maintenant historique de Riel, et exposer les raisons qui ont motivé la conduite que j'ai cru de mon devoir de tenir dans cette occasion. De toutes les accusations que l’on puisse porter contre un homme public dans l’accomplissement de ses devoirs, je crois que la plus infamante est celle de traitre à son pays, traître à son peuple. Pendant des semaines non, je me trompe, pendant des mois mes honorables collègues et moi avons été traduits devant l'opinion publique de notre province. Nous avons été accusés de traîtres à notre sang, traîtres à not'e province. Je désire, M. l’Orateur, demander aujourd'hui, comment il se fait que l'on ait porté une semblable accusation contre nous. Je veux savoir comment il se peut que des hommes qui pen‘lant des années et des années ont joui de la confiance de nos concitoyens, des amis qui nous ont supportés en parlement, nous aient rendus responsables de la faute qui nous a été imputée.

M. l'Orateur, dans ces circonstances extrêmes, connaissant comme nous connaissons, et comme il était de notre devoir dé connaitre, l’opinion publique de notre province, nous avons été accusés de traitres envers notre peuple et notre pays, parce nous avons laissé la loi suivre son cours. Nous avons agi ainsi parce que nous considérions de notre dévoir de ne pas intervenir dans l’exécution de la sentence contre Louis Riel. M. l'Orateur. je considère que c’est mon devoir ; de plus, je considère que ce serait pas faire preuve du courage que doit posséder tout

homme public dans l’accomplissement de fonctions qui lui sont confiées, si de mon siège en parlement je n'étais pas prêt à dire que les mêmes événements que ceux de l’année dernière, dussent ils se représenter, ja suivrais exactement la même ligne de conduite. Je ne veux pas être mal compris, M. l'Orateur. J'ai senti,’et je sens aujourd’hui, plus que je ne puis l’exprimer, combien il a été pénible de remplir le devoir qui nous incombait. lJ’ai compris que ce n’était pas peu de chose de briser les liens, tant politiques que sociaux, qui m’attachaient à ces amis et compatriotes qui m’ont.accordé Jeur.confiance.et me la retirent. dans cette. oc-

Oir. 1mpérieux, énvers

casion, Mais j'ai séntique c'était pdur md un devoir

ma propre pos que j'aime tant, dey sui ren tele ligne de couÿuité; etje lé répète, quoidu'en penseñt les hoñôrables méssicürs de là gauche, si les mêrues circonstances se présentaient j'agirais exactement de la même manière.

Je suis content de dire, M. l’Orateur, que depuis le commencement, sauf quelques exceptions, ce débat a été conduit d’une manière digne de la gravité de la question, et dont nous n’aurons aucune raison de rougir. En apportant une faible part à cette discussion, et en exposant mes opinions, j'espère pouvoir suivre l’exemple déjà donnée par plusieurs honorables députés et j'espère exposer mes sentiments saris blesser ceux des personnes qui diffèrent avec moi.

M. l'Orateur, je crois que je suis l'interprète de tous mes amis en exprimant l’opinion, déjà émise par mon honorable collègue le ministre de l'intérieur. que nous sommes tous orgueilleux d’avoir comme membre de cette Chambre l'honorable député de Québec ( M. Laurier). Je ne crois pas me tromper en disant que son discours de l'autre soir est digne de n'importe quel parlement, et en discutant la question qui, pour lui qui vient de la province de Québec, de même que pour moi venant de la même province, est certainement une question qui a dû éveiller ses sentiments, comme il l’a prouvé dans son discours, et je dis qu’il a conduit la discussion d’une manière qui produira, j'espère, un effet avantageux sur tout le débat. lJ’ai dit que j'avais considéré comme un devoir impérieux envers mon pays et ma province de suivre telle ligne de conduite comme conseiller de la couronne. M. l’'Orateur, comme ministres de la couronne occupant les bancs du trésor, nous ne représentons pas seulement une seule province, mais toute la Confédération canadienne. J'ai jugé que c'était une obligation pour nous, dans nos positions, de maintenir la paix et l’ordre dans le Canada. J'ai considéré denotre devoir de sontenir à l’intérieur comme à l'extérieur le crédit du pays. J'ai considéré que c'était notre devoir, comme ministres de la couronne, responsables de la paix aux citoyens habitants de ce pays. Je dis plus. Nous savons, d’après les documents publics de ce parlement, quelle partie considérable du trésor du Canada nous avons affectée pour faire venir dans nos vastes et fertiles prairies de l’ouest l'excédant de population des grandes villes d'Europe. Il est nécessaire, si nous voulons encourager les immigrants à venir s'établir dans notre pays, de leur montrer que le Canada peut défendre ceux qui lui confient leur sort. Il faut que nous montrions que dans l'extrême Nord-Ouest comme dans les vieilles provinces, le gonvernement canadien est assez fort pour protéger son peuple, maintenir l'ordre, faire respecter la loi.

Partant de ce point de vue il importait que l’action du gouvernement fût décisive. 1l importait que l’on sût à l'étranger et dans tout le Canada que la Confédération était assez forte, vastes comme sont ses territoires,

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pour maintenir l’ordre dans toutes les parties des ses domaines. Nous avons de plus, -et ceci, je crois, est un point important du débat— nous avons, dis-je, des milliers de sauvages dans le Nord-Ouest. Je crois que

tout homme qui désire l'avancement et la prospérité du pays compren-

dra que, ayant acquis ces territoires qui étaient auparavant la propriété incontestable des sauvages, nous devons être francs et loyaux envers ceux quenous avons pris sous notre protection. Nous avons date ce ter-

ritoire un bon nombre de sauvages qui ont le droit d'attendre de nous. la toyauté et la bonté, qui ont le droit d'espérer que les traités qu'ils on& conclus avec le gouvernement seront scrupuleusement observes ; mais: il est aussi important qu’ils apprennent que la paix et l’ordre doivent être: maintenus dans ces territoires Il est de la plus haute importance qu’ils comprennent que quelles que soient les raisons pour s’agiter,il y a des: moyens constitutionnels. Une agitation constitutionnelle aura toujours: des résultats plus satisfaisants que ceux obtenus par la violence ; et PA conséquent je dis, que quels que puissent être les griefs, le peuple doit: comprendre qu’it peut s’agiter par des moyens constitutionnels sans avoirrecours à la force, à la violence et aux armes. Dans ces circonstances: nous avons cru qu’il était de la plus haute nécessité de laisser la loi sui-vre son cours, dans le cas de Louis Riel, et ne pas empêcher l'exécution: de la sentence prononcée. Après tous les discours qui ont été faits déjà, il me serait inutile de traiter la question de l’origine du soulèvement de

Riel dans le Nord-Ouest Nous connaissons toutes les circonstances qui

ont conduit au premier soulèvement. Nous savons que, en 1870, Louis Riel organisa une rébellion au Nord-Ouest; et il est bon de se rappeler

pendant que cette question est devant le parlement, que la seconde révolte: qui à eu lieu était l'ouvrage de l’homme qui avait organisé et conduit: la première. En organisant ces deux révoltes chez les métis qu'ila sx hautement trompés, et qui, pendant un moment, menacèrent de soulever-

les populations sauvages du Nord-Ouest, on ne peut nier que kiel se rendait coupable d’un des crimes les plus atroces. Je considère qu'il à trompé son peuple et qu’il a cherché à le vendre en consentant à abandonner sa cause, et à le laisser à ses propres ressources, s’il recevait de l'argent du gouvernement. En agissant de la sorte, je crois qu’il n’est pas digne des: sympathies de ceux qui veulent étudier la question froidement et sans passion, qui veulent l’envisager au point de vue des intérêts du pays, au point. de vue unique du devoir que doivent remplir ceux qui occupent des posi-tions responsables comme conseillers de la Couronne. Quand nous con-. sidérons, comme nous l'avons fait, l’histoire de ces guerres sauvages, qu’en serait-il résulté si ces tribus sauvages, qui heureusement sont très. tranquilles, ce qui n’est pas dû à Riel, qui s’est efforcé de les soulever et. de les déterminer à l’aider contre le gouvernement de son pays—qui, disje, après avoir considéré quelles auraient pu être les conséquences d’une: guerre sauvage, peut un seul moment éprouver quelque sympathie pourle mouvement soulevé par Riel? Nous savons parfaitement qu’au commen cement de la révolte, après qu’il eut réussi par ses machinations en forçant les métis à retirer leur confiance au clergé, aux missionnaires qui durant tant d'années ont travaillé avec désintéressement aux intérêts de l2 nation métisse, quand nous considérons qu’au commencement de la rébellion les premières victimesde Louis Riel furent deux missionnaires, le père Marchand et le père Fafard, je me demande comment ont peut accorder à Riel la sympathie à laquelle on s’est efforcé de faire croire dans quelque quartier. Quand nous étudinns toutes les circonstances de cette:

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æ Révérend Père Fafard vole au secours des blessés, et est assassiné’par les sauvages, le Jeudi ‘Saint à la sortie de l’église. ;

{Le Révérend Père Marchand, assassinéfpar les sauvages'soulevés par Riel au moment.où il allait porter secours au Révérend Père*Fafard qui venait d'être tué,

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