‹ Discours sur la situation des canadiens aux Etats-Unis [microforme]Chapitre 1 sur 3 · PRE A · texte numérisé non relu

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d'émettre quelques observations sur la partie du programme de cette Convention qui a trait à la siluation des Canadiens- Français aux Etats-Unis.

« Jetons d'abord un coup-d'œil rapide sur l’émigration de nos compalrioles vers les contrées maintenant comprises dans les limites territoriales de la grande République Américaine : ce sera le moyen de nous bien préparer à apprécier et à comprendre leur position. S'il y a tant d'opinions contradictoires sur le sujet, cela est dà, en grande partie du moins, à ce que l’on ne réfléchit pas sur le fait que la condition des descendants de ceux qui ont émigré il y a cent ans au plus, est nécessairement différente de celle des familles qui ont pris le chemin de l'exil il n’y a que quarante ans, et que la condition de ces dernières est encore d fférente de celles qui se sont expatriées dans le cours des cinq ou dix dernières années. En outre les conditions d'existence d'un groupe dans une section des Etats- Unis, diffèrent nécessairement de celles d'un autre groupe placé à des milliers de milles de distance dans un milieu où le climat, l'industrie, les manières et les sentiments ne sont plus ies mêmes,

« Les limites territoriales du Caneda-frençais ou de la Nou velle France, pour me servir de l'ancienne dénomination, ne sont plus aujourd’hui ce qu’elles étaient il y a deux cents ans, : ni même ce qu'elles étaient à l'époque de la cession en 1760. Le Canada comprenait alors toute la partie nord de ce qui constitue aujourd'hui les Etats de la Nouvelle Angleterre, une portion considérable de l'Etat de New-York et de la Pensylvanie, et la totalité des Etats de l'ouest et du sudiouest, c’està-dire louté cette immense contrée qui s'étend du nord-ouest, depuis les Alleghanys et le golfe du Mexique jusqu'à l'océan Pacifique ét jusqu'aux mérs polaires. On raconte qu'un jour un pauvre vieux pionnier canadien causaut avec un homme distingué, membre de cette Convention, —un compatriote, à qui ses œuvres littéraires ont mérité non-Seulemént l'honneur d'une d'stinction spéciale de la part de notre mère:palrie, mais encore lés applaudissements de tous ses compatriotes de par le monde,—ce vieux pionnier, dis-je, montrant un certain nombre de ces palais du commerce qui font à si bon droit

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l'orgueil et la gloire deChicago, disait: ‘* Voyez.vous, monsieur, ces deux blocs de marbre, ces superbes magasins en fave de Sherman House, qui s'élendent jusq'r'à la rue State ? Eb bien ! tout le terrain, sur lequel ils sont construits, m'a appartenu un jour.” Moi je vous montre un continent entier et comme Rhodier, le vieux pionnier de Chicago, je puis m'écrier avec chagrin elcependan:s avec quelqu'orgneil : ‘* Voyez-vous, messieurs, celle immense étendue de pays avec ses milliers de villes et de villages, ses millions d'habitants, ses innombrables richesses et l'avenir étonnant que tout cela fait présager? Eh bien ! Loule cette vaste contrée avec tout ce qu'elle promet à l'humanité nous a appartenu autrefois !”’

« Les commencements de l'émigration des Canadiens datent de l'établissement des missions parmi les Abénakis, les Hurons et les Iraquois, ainsi que des expéditions de guerre et de découvertes entreprises par les Champlain, les Jolliet et les LaSalle, Les quelques colons qui se groupèrent auprès des missionnaires furent comme eux incapables de se maintenir dans leurs nouveaux établissements ; ceux qui échappèrent aux terribles massacres et aux dévastations infligées aux missionnaires et à leurs catéchumènes retournèrent à Québec, Montréal ou Trois-Rivières, ou seréfugiaient dans les comptoirs des traitants de fourrures ou devenaient coureurs de bois. À la longue, les postes militaires, les comptoirs des compagnies de fourrures se multiplièrent et l'émigration augmenta, Chaque fort, outre sa garnison eut bientôt dans son voisinage le noyau d’un village.

« Les coureurs des bois, les soldats déchargés et les gens libres finissaient par s'établir dans le village. Plus tard des familles entières d'émigrants venaient grossir le nombre des colons. C'est là l'origine des anciennes villes canadiennes de l'Ouest, telles que Kaskakia, Cahokia, Vincennes, Prairie du Rocher, Prairie du Chien, Détroit et nombre d'autres.

« Les historiens américains s'accordent lous à parler avec les plus grands éloges de la simplicité, de l'honnêteté et de l'hospitalité des anciens colons canadiens. Leur amour pour la France et leur attachement à la religion catholique était sans bornes.

« Le Jour où le capitaine Saint-Ange de Bellerive abaissa le dernier drapeau français sur le pays des Illinois, au Fort de Chartres, pour le transplanter sur la rive opposée du Mississipi,

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à Saint-Louis, fut un jour de deuil et de Jlamentations, ct des milliers de co'ons abandonnèrent leurs villages et leurs champs, le suivirent de l’autre côté du Père des Eaux, plutôt que de vivre à l'ombre du drapeau des vainqueurs de leur race et de ieur pays. L'histoire de ces nobles compatriotes, en grande partie oubliée maintenant, est encore à écrire. Ne se trouvera-t-il pas une main sympathique pour tracer cette histoire qui est une des gloires les plus pures de notre nationalité française?

« Le fait que l'Ouest passa aux mains des Anglais et devint plus tard territoire américain, que la Louisiane passa sous la domination de l'Espagne et sous celle des Etats-Unis (après un court intervalle de régime français), ne mit pas fin à l’emigralion canadienne dans celte direction ; l'émigration continua encore à tel point que nulle part maintenant on ne peul voyager, depuis les monts Apalaches jusqu'à la côte du Pacifique, sans rencontrer de nombreux groupes de nos compatriotes,

«De l'insurrection de 1837, date la seconde époque de l’histoire de l'émigration canadienne aux Etats-Unis. Les événements de celte période ont été cause que des milliers de Canadiens se sont expatriés et sont allés rejoindre leurs frères au Détroit, à Bourbonnais, à Chicago, à Saint-Louis et à Saint- Paul, dans les villes frontières de l'Ohio, dans la Pensylvanie, dans l'Etat de New-York, à Sandusky, Erié, Oswego, el dans la région du lac Champlain, où ils trouvèrent un faible noyau de compatriotes, les descendants des Canadiens, qui près de cent ans auparavant s'étaient établis sur des terres qui leur avaient été données par l'Etat de New-York, en récompense de leurs services durant la guerre de lindépendance américaine.

« La guerre de la sécession forme la troisième époque de l'émigration de nos Canadiens dans la République voisine. Un nombre très considérable de jeunes gens traversèrent la fronlière pour s’enrôler dans l'aamée unicniste, et des familles

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sans nombre émigrèrent dans les villes manufacturières de la Nouvelle Angleterre et des Etats du centre, alors à l'apogée de leur prospérité commerciale.

« Pour bien se rendre compte de la position de nos Canadiens oux Etats-Unis au point de vue religieux, matériel et social, il faut les ranger en trois classes correspondant aux trois principales époques de l'émigration que je viens de vous rappeler.

« La première classe, c'est-à-dire celle des découvreurs, des pionniers et des anciens colons de l'Ouest, n'existe plus ; et généralement parlant, leurs descendants ont été absorbés par les autres éléments du peuple américain. Cela est particulièrement vrai de ceux qui, en petit nombre, je suis heureux de le dire, ont apostasié ou ont abandonné la religion catholique.

«J'ai eu la bonne fortune de rencontrer dans mes voyages dans l'extrême nord-ouest, ou durant ma longue résidence dans la capitale des Etats-Unis, un certain nombre des descendants des héroïques pionniers dont l’intrépidité, l'énergie et le valeur morale ont été si admirablement décrites par M. Joseph Tassé, dans son bel ouvrage intitulé : « Les Canadiens de l'Ouest» : ce sont des citoyens à l’aise, un certain nombre appartiennent aux professions libérales ou sont fonctionnaires publics ; mais pour la plupart d’entre eux, ceux du moins que J'ai connus, leur nom canadien est tout ce qu'ils possèdent qui rappelle leurs pères. La religion, la langue et la franchise gauloise qui caractérisent la race indomptable dont ils sont issus, ont maintenant peu ou point d'influence sur leur manière d’être ; on en a vu renier leur origine, et outrager la vérilé au point de se proclamer comme descendants des Huguenots qui se sont établis dans le Massachusetts, le New-York, la Pensylvanic et les Carolines à l'origine de la colonie, les ennemis les plus invétérés de la cause française en Amérique.

« Maïs tous les descendants des anciens Canadiens établis dans les Etats-Unis n’appartiennent pas à la classe dégénérée que je viens de vous faire connaître. Non: un nombre considérable parmi eux font honneur à leur race et commandent notre admiration. Cela est particulièrement vrai d'un certain nombre d'anciennes familles de Saint-Louis et de Sainte-Geneviève, dans le Missouri, de Kaskakia, dans l'Illinois, de Vincennes, dans l’'Indiana, de Détroit, dans le Michigan, de Saint- Louis et Saint-Paul de Wallamette, dans l'Orégon, et de Coulsty, dans le territoire de Washington.

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« La présence du prêtre, les écoles françaises ct l’arrivée de temps à autres parmi eux de nouvelles familles de braves Canadiens ont entretenu dans ces villes et villages privilégiés le feu sacré de la foi et de la nationalité. Ces familles, maiueureusement en trop petit nombre, et disparaissant maintenant trop rapidement, tiennent, par leur fortune et leur respectabilité, le premier rang dans la société de leur localité respective. Ce sont elles qui sont le support de la religion, qui patronnent l'éducation et qui sont les types de la vertu et de l'honneur. Elles ont produit des hommes qui se sont distingués dans les conseils de la République.

«Parmi eux on me permettra de citer feu l’Honorabie M. Bougie, du Missouri qui, dans le Sénat des Etats-Unis, a défendu avec une habilité et une prudence consommées l'honneur du Saint-Père et de l'Eglise catholique, contre les agressions fanatiques de législateurs qui étaient prêts, pour satisfaire leurs passions de parti, à plonger leur pays dans une guerre relisieuse, guerre qui heureusement a été évitée par la logique et l'éloquence de ce Canadien, homme d'état et grand patriote.

« La seconde classe, composée de ceux qui ont pris volontairement le chemin de l'exil, après l'insurrection de 1837, forme encore une portion considérable de la population canadienne des Etats-Unis. N'ayant pas d’églises dans lesquelles on parlât leur langue, un bon nombre négligèrent leurs devoirs religieux, et leurs enfants, élevés dans les écoles publiques, devinrent indifférents el à la religion et à la langue de leurs pères.

« Il n’est pas rare de rencontrer des familles dans lesquelles les enfants ne savent pas parler la langue française, ou s'expriment si imparfaitement dans celte langue qu'ils ont honte d’en faire usage en présence de personnes qui la parlent avec la moindre correction. Heureusement pour cette classe, les missionnaires canadiens ont fait leur apparition parmi eux depuis dix ou quinze ans, et le courant de l'indifférentisme a été arrêté, Dans ces familles, les mères ont droit aux plus grands éloges, parce qu’elles maintiennent dans le cœur de leurs époux et de leurs enfants les principes fondamentaux de la foi et des bonnes mœurs, verlus qui sont l'apanage des dames canadiennes à l'étranger aussi bien que dans leur pays. Sans la salutaire influence de ces épouses prudentes et de ces mères dévouées, les missionnaires n'auraient trouvé qu’an sol aride pour y

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