‹ Discours sur la théorie de la terreChapitre 14 sur 86 · XXII DISCOURS · texte numérisé non relu

XXII DISCOURS

nière analyse, en silice; et voilà pourquoi les plus anciennes montagnes sont plus siliceuses que les autres. Toutes les parties solides de la terre doivent donc leur naissance à la vie, et, sans la vie, le globe seroit encore entièrement liquide (1).

D'autres écrivains ont donné la préférence aux idées de Kepler : comme ce grand astronome, ils accordent au globe lui-même les facultés vitales; un fluide, selon eux, y circule ; une assimilation s’y fait aussi bien que dans les corps animés ; chacune de ses parties est vivante ; 11 n’est pas jusqu'aux molécules les plus élémentaires qui n'aient un instinct, une volonté; qui ne s’attirent et ne se repoussent d’après des antipathies et des sympathies ; chaque sorte de minéral peut convertir des masses immenses en sa propre nature, comme nous convertissons nos alimens en chaïr et en sang ; les montagnes sont les organes de la respiration du globe , et les schistes ses organes sécrétoires ; c’est par ceux-ci qu'il décompose l’eau de la mer pour engendrer les déjections volcaniques ; les filons enfin sont des caries, des abcès du règne minéral, et les métaux un produit de pourriture et de maladie : voilà pourquoi ils sentent presque tous simauvais (2).

Il faut convenir cependant que nous avons choisi là des exemples extrêmes, et que tous les géologistes n’ont pas porté la hardiesse des conceptions aussi loin que ceux que nous venons de citer ; mais, parmi ceux qui ont procédé avec le plus de réserve, et qui n’ont point cherché leurs moyens hors de la physique ou de la chimie ordinaire, combien ne règne-t-il pas encore de diversité et de contradiction !

Pivergens Chez l’un, tout est précipité successivement, tout s’est déposé à peu

de tous les sys-

[en

temes. Ù (x) Voyez la Physique de Rodig, p. 106, Leipsig, 18or ; et la page 169 du deuxieme tome de T'elliamed, ainsi qu’une infinité de nouveaux ouvrages allemands. M. de Lamarck est celui qui a développé dans ces derniers temps ce système en France avec le plus de suite et la sagacité la plus soutenue dans son Hydrogéologie et dans sa Philosophie zoologique. (2) Feu M. Patrin a mis beaucoup d’esprit à soutenir cette manière de voir dans plusieurs

articles du Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle.

PRÉLIMINAIRE. XXIÏI près comme il est encore ; mais la mer, qui couvroit tout, s’est retirée par degrés (1).

Chez l'autre , les matériaux des montagnes sont sans cesse dégradés et entrainés par les rivières, pour aller au fond des mers se faire échauffer sous une énorme pression, et former des couches que la chaleur qui les durcit relèvera un jour avec violence (2).

Un troisième suppose le liquide divisé en une multitude de lacs placés en amphithéâtre les uns au-dessus des autres, qui, après avoir déposé nos couches coquillières, ont rompu successivement leurs digues pour aller remplir le bassin de l'Océan (3).

Chez un quatrième, des marées de sept à huit cents toises ont au contraire emporté de temps en temps le fond des mers, et l'ont jetté en montagnes et en collines dans les vallées, ou sur les plaines primitives du continent (4).

Un cinquième fait tomber successivement du ciel, comme les pierres météoriques, les divers fragmens dont la terre se compose, et qui portent dans les êtres inconnus dont ils recèlent les dépouilles l’empreinte de leur origine étrangère (5).

Un sixième fait le globe creux, et y place un noyau d’aimant qui se transporte, au gré des comètes, d’un pôle à l’autre, entrainant avec lui le centre de gravité et la masse des mers, et noyant ainsi alternativement les deux hémisphères (6).

Nous pourrions citer encore vingt autres systèmes tout aussi divergens que ceux-là ; et, que l’on ne s’y trompe pas, notre intention

(1) M. Delamétherie admet la cristallisation comme cause principale dans sa Géologie.

(2) Hutton et Play fair, Mustrations of the Huttonian Theory of the Earth, Edimb. 1802.

(3) Lamanon, en divers endroits du Journal de Physique, d'après Michaëlis et plusieurs autres. ,

(4) Dolomieu, ibid.

(5) MM. de Marschall, Recherches sur l’origine et le développement de l’ordre actuel du Monde, Giessen 1802.

{6) M. Bertrand, Renouvellement périodique des Continens terrestres. Hambourg 1700.

Causes de ces divergences.

Nature et conditions du pro-

bleme.

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