‹ Discours sur la théorie de la terreChapitre 23 sur 86 · PRÉLIMINAIRE. XXXIX · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRE. XXXIX

Abyssins ont détruits par zèle religieux. Ceux de l'Inde en fourmillent ; mais les combinaisons en sont trop extravagantes pour avoir trompé quelqu'un; des monstres à cent bras, à vingt têtes toutes différentes, sont aussi par trop monstrueux.

Il n’est pas jusqu'aux Japonois et aux Chinois qui n’aient des animaux imaginaires qu'ils donnent comme réels, qu’ils représentent même dans leurs livres de religion. Les Mexicains en avoient. C’est l'habitude de tous les peuples, quand leur idolâtrie n’est point encore raffinée. Mais qui oseroit prétendre trouver dans la nature ces enfans de l'ignorance et de la superstition ?

Il sera arrivé cependant que des voyageurs, pour se faire valoir, auront dit avoir observé ces êtres fantastiques, ou que, faute d’attention, et trompés par une ressemblance légère, ils auront pris pour eux des êtres réels. Les grands singes auront paru de vrais cynocéphales, de vrais sphynx, de vrais hommes à queue; c'est ainsi que saint Augustin aura cru avoir vu un satyre.

Quelques animaux véritables mal observés et mal décrits, auront aussi donné naissance à des idées monstrueuses, bien que fondées sur quelque réalité ; ainsi l’on ne peut douter de l'existence de l'hyène, quoique cet animal n’ait pas le cou soutenu par un seul os (1), et qu'il ne change pas chaque année de sexe, comme le dit Pline ; ainsi le taureau carnivore n’est peut-être qu'un rhinocéros à deux cornes dénaturé. M. de Weltheim prétend bien que les

fourmis aurifères d' Hérodote, sont des corsacs.

(1) J’ai même vu, dans le cabinet de feu M. Adrien Camper, un squelette d’hyéne où plusieurs des vertebres du cou étoient soudées ensemble. Il est probable que c’est quelque individu semblable qui aura fait attribuer en général ce caractère à toutes les hyenes. Cet animal doit être plus sujet que d’autres à cet accident , à cause de la force prodigieuse des muscles de son cou et de l’usage fréquent qu’il en fait. Quand lhyène a saisi quelque chose , il est plus aisé de l’attirer toute entière que de lui arracher ce qu’elle tient, et c’est

ce qui en a fait pour les Arabes l'emblème de l’opimätreté invincible.

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