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XXXVI DISCOURS

anciens, sous les noms de pithèques, desphynx, de satyres, de cebus, de cynocéphales, de cercopithèques(r).

Is ont connu et décrit jusqu’à d’assez petites espèces de rongeurs, quand elles avoient quelque conformation ou quelque propriété notable (2). Mais les petites espèces ne nous importent point relativement à notre objet, et il nous suflit d’avoir montré que toutes les grandes espèces remarquables par quelque caractère, que nous connoissons aujourd'hui en Europe, en Asie et en Afrique, étoient déja connues des anciens, d’où nous pouvons aisément conclure que s'ilsne font pas mention des petites, ou s’ils ne distinguent point celles qui se ressemblent trop, comme les diverses gazelles et autres, ils en ont été empêchés par le défaut d’attention et de méthode, plutôt que par les obstacles du climat. Nous conclurons également que si dix-huit ou vingt siècles, et la circumnavigation de l'Afrique et des Indes, n’ont rien ajouté en ce genre à ce que les anciens nous ont appris, il n’y a pas d'apparence que les siècles qui suivront apprennent beaucoup à nos neveux. :

Mais peut-être quelqu'un fera-t-il un argument inverse, et dira que non-seulement les anciens, comme nous venons de le prouver, ont connu autant de grands animaux que nous, mais qu'ils en ont décrit plusieurs que nous n’avons pas ; que nous nous hâtons trop de regarder ces animaux comme fabuleux ; que nous devonsles chercher encore avant de croire avoir épuisé l’histoire de la création existante; enfin que parmi ces animaux prétendus fabuleux se trouveront peutêtre, lorsqu'on les connoîtra mieux, les originaux de nos ossemens d'espèces inconnues. Quelques uns penseront même que ces monstres

divers, ornemens essentiels de l’histoire héroïque de presque tous les

(1) Voyez Lichtenstein, Comment. de Simiarum quotquot veteribus innotuerunt formis.

Hamburg. 1791.

(2) La gerboise est gravée sur les médailles de Cyrène, et ndEquee par Aristote sous le

nom de rat à deux pieds.

PRÉLIMINAIRE. XXXVII peuples, sont précisément ces espèces qu'il a fallu détruire, pour permettre à la civilisation de s'établir. Ainsi les Thésée et les Bellérophon auroient été plus heureux que tous nos peuples d'aujourd'hui, qui ont bien repoussé les animaux nuisibles, mais qui ne sont encore parvenus à en exterminer aucun.

Il est facile de répondre à cette objection en examinant les descriptions de ces êtres mconnus, et en remontant à leur origine.

Les plusnombreux ont une origine purement mythologique, etleurs descriptions en portent l'empreinte irrécusable; car on ne voit dans presque toutes que des parties d'animaux connus, réunies par une imagination sans frein, et contre toutes les lois de la nature.

Ceux qu'ont inventés ou arrangés les Grecs ont au moins de la grâce dans leur composition; semblables à ces arabesques qui décorent quelques restes d’édifices antiques, et qu'a multipliés le pinceau fécond de Raphaël, les formes qui s’ÿ marient, tout en répugnant à la raison, offrent à l’œil des contours agréables; ce sont des produits légers d’heureux songes; peut-être des emblèmes dans le goût oriental, où l’on prétendoit voiler sous des images mystiques quelques propositions de métaphysique ou de morale. Pardonnons à ceux qui emploient leur temps à découvrir la sagesse cachée dans le sphynx de Thèbes, ou dans le pégase de Thessalie, ou dans le minotaure de Crète, ou dans la chimère de l’Epire ; mais espérons que personne ne les cherchera sérieusement dans la nature : autant vaudroit y chercher les animaux de Daniel, ou la bête de Papocalypse.

N'y cherchons pas davantage les animaux mythologiques des Perses, enfans d’une imagination encore plus exaltée ; cette 72artrchore ou destructeur d'hommes , qui porte une tête humaine sur un

corps de lion, terminé par une queue de scorpion(1); ce griffon ou

(1) Plin., VI, 31 ; 4rist., Wb. IT, cap, XT; Pho., Bibl., art. 92; Ctes., Indic.; Ælian., anim,, IV, 21.

XXXVIIT DISCOURS gardeur de trésors, à moitié aigle, à moitié lion(1); ce cartazOn0n (2) ou âne sauvage, dont le front est armé d’une longue corne.

Ctésias, qui a donné ces animaux pour existans, a passé, chez beaucoup d'auteurs, pour un inventeur de fables, tandis qu’il n’avoit fait qu'attribuer de la réalité à des figures hiéroglyphiques. On a retrouvé ces compositions fantastiques sculptées dans les ruines de Persépolis (3); que signifioient-elles ? Nous ne le saurons probablement jamais; mais à coup sûr elles ne représentent pas des êtres réels.

ÆAgatharchides, cet autre fabricateur d'animaux, avoit probablement puisé à une source analogue : les monumens de l'Égypte nous montrent encore des combinaisons nombreuses de parties d’espèces diverses : des hommes avec des têtes d'animaux, des animaux avec des têtes d'hommes, qui ont produit les cynocéphales, les sphynx et les satyres. L’habitude d’y représenter dans un même tableau des hommes de tailles très-différentes, le roi ou le vainqueur gigantesque, les vaincus ou les sujets trois ou quatre fois plus petits, aura donné naissance à la fable des pygmées. C’est dans quelque recoin d’un de ces monumens qu Ægatharchides aura vu son taureau carnivore, dont la gueule, fendue jusqu'aux oreilles, n’épargnoit aucun autre animal (4), mais qu'assurément les naturalistes w’avoueront pas, car la nature ne combine ni des pieds fourchus, ni des cornes, avec des dents tranchantes.

Il y aura peut-être eu bien d’autres figures tout aussi étranges, ou dans cèux de ces monumens qui n’ont pu résister au temps, ou dans les temples de l'Éthiopie et de l'Arabie, que les Mahométans et les

(1) Ælian. , anim. , IV, 27.

(2) AElian., anim., XVI, 20; Photius, Bibl. , art. 72 ; Ctes. , Indic.

(3) Voyez Corneille Lebrun, Voyage en Moscovie, en Perse et aux Indes ;t. IT; et l’ouvrage allemand de M. Heeren , sur le commerce des anciens.

(4) Photius, Bibl., art. 250; Agatharchid., Excerpt. hist., cap. XXXIX ; Ælian., anim., XVII, 45; Plin., VIII, 21.

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