‹ Discours sur la théorie de la terreChapitre 29 sur 86 · LIX DISCOURS · texte numérisé non relu

LIX DISCOURS

espèce inconnue ; à son ordre, quand il étoit d’un genre nouveau; à sa classe enfin, quand il appartenoït à un ordre non encore établi, et pour lui assigner, dans ces trois derniers cas, les caractères propres à le distinguer des ordres, des genres, ou des espèces les plus semblables. Les naturalistes n’en faisoient pas davantage, avant nous, pour des animaux entiers. C’est ainsi que nous avons déterminé et classé les restes de près de cent mammifères ou quadrupèdes ovipares.

Considérés par rapport aux espèces, plus de soixante et dix de ces animaux sont bien certainement inconnus jusqu’à ce jour des naturalistes ; onze ou douze ont une ressemblance si absolue avec des espèces connues, que l’on ne peut guère conserver de doute sur leur identité; les autres présentent, avec des espèces connues, beaucoup de traits de ressemblance, mais la comparaison n’a pu encore en être faite d’une manière assez scrupuleuse pour lever tous les doutes. Considérés par rapport aux genres, sur les soixante et dix espèces inconnues, il y en a près de quarante qui appartiennent à des genres nouveaux. Les autres espèces se rapportent à des genres ou sous-genres connus.

Il n’est pas inutile de considérer aussi ces animaux par rapport aux classes et aux ordres auxquels ils appartiennent.

Sur les cent espèces, un quart environ sont des quadrupèdes ovipares, et toutes les autres des mammifères. Parmi celles-ci, plus de la moitié appartiennent aux animaux à sabot non ruminans.

Toutefois il seroit encore prématuré d’établir sur ces nombres aucune conclusion relative à la théorie de la terre, parce qu'ils ne sont point en rapport nécessaire avec les nombres des genres ou des espèces qui peuvent être enfouis dans nos couches. Ainsi l’on a beaucoup plus recueilli d’os de grandes espèces, qui frappent davantage les ouvriers, tandis que ceux des petites sont ordinairement négligés, à moins que le hasard ne les fasse tomber dans les mains d’un

naturaliste , ou que quelque circonstance particulière, comme

PRÉLIMINAIRE. LUI leur abondance extrême en certains lieux, n’attire l'attention du vulgaire.

Ce quiest plus important, ce qui faitmême l’objet le plus essentiel de tout mon travail, et établit sa véritable relation avec la théorie de la terre, c’est de savoir dans quelles couches on trouve chaque espèce, et s’il ya quelques lois générales relatives, soit aux subdivisions zoologiques, soit au plus ou moins de ressemblance des espèces avec celles d'aujourd'hui.

Les Jois reconnues à cet égard sont très-belles et très-claires.

Premièrement, il est certain que les quadrupèdes ovipares paroïssent beaucoup plus tôt que les vivipares.

Les crocodiles de Honfleur et d'Angleterre sont au-dessous de la craie, Les monitors de Thuringe seroient plus anciens encore, si, comme le pense l'École de Werner, les schistes cuivreux qui les recèlent au milieu de tant de sortes de poissons que l’on croit d’eau douce, sont au nombre des plus anciens lits du terrain secondaire. Les grands sauriens et les tortues de Maëstricht sont dans la formation crayeuse même, mais ce sont des animaux marins.

Cette première apparition d’ossemens fossiles semble donc déjà annoncer qu'il existoit des terres sèches et des eaux douces avant la formation de la craie ; mais, ni à cette époque, ni pendant que la craie s’est formée, ni même long-temps depuis, il ne s’est point incrusté d’ossemens de mainmifères terrestres.

Nous commençons à trouver des os de mammifères marins, c’esta-dire, de lamantins et de phoques, dans le calcaire coquillier grossier quirecouvre la craie dans nos environs, mais il n’y a encore aucur os de mammifère terrestre.

Malgré les recherches les plus suivies, il m'a été impossible de découvrir aucune trace distincte de cette classe, avant les terrains déposés sur le calcaire grossier ; mais aussitôt qu'on est arrivé à ces terrains, les os d'animaux terrestres se montrent en grand nombre.

Rapports des espèces avec les couches,

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